Bigflo et Oli, junior flow

Bigflo et Oli, junior <i>flow</i>
Bigflo et Oli © G. Lopez Manas

Ils sont si jeunes et ont l’air si gentils qu’on leur donnerait le Bon Dieu sans confession, mais attention : sous leurs airs d’anges se cachent des exterminateurs du micro. Bigflo et Oli, les deux frères Florian et Olivio, originaires de Toulouse, ont triomphé dans de multiples Open Mics grâce à leur sens de la rime et à leurs punchlines sévères. Après un essai remarqué, ils sortent ces jours-ci leur premier album, La cour des grands.

En 2014, on avait déjà remarqué le duo Bigflo & Oli avec un premier EP, Le trac. Bigflo : "Ça a été assez dingue, ça nous a un peu dépassés. C’était risqué, on a voulu étonner les gens. On ne s’attendait pas à ce que ça marche aussi bien, notamment grâce au clip de Monsieur Tout le monde avec Kjan (de Bref) en guest. Nous avons fait beaucoup de vues en peu de temps. Nous avons été repérés par des médias qui ne nous connaissaient pas avant, plus adultes". Et Oli d'ajouter : "On a vite enchainé avec un deuxième clip et on a fait plein de scènes un peu partout. On s’est régalé. Putain d’année !".

Cette fois, c’est avec un album longue durée qu’ils reviennent. La cour des grands est un disque éclectique, avec quelques tubes légers, mais surtout des textes durs, des raps de rôle racontant des histoires sombres, leur marque de fabrique. "On a un côté un peu comme ça. Les gens ont pu le voir avec Monsieur Tout le monde. Depuis qu’on commence à écrire, on aime bien les thèmes durs, les histoires qui prennent aux tripes. On écoutait Sinik et Diam’s quand on était jeunes, Kery James aussi. Ils étaient assez tristes, ça nous a peut-être influencés" explique Bigflo.
 
Il raconte le processus d’écriture, très démocratique. "C’est 50/50, chacun écrit son couplet. On aime bien la thèse/antithèse. Pour Le Cordon, j’étais tranquille devant la télé et Oli me dit : 'J’ai une idée de thème, ça serait ouf. Je voudrais écrire le couplet d’un enfant avorté qui parlerait à sa mère'. J’ai réfléchi et je lui ai dit : 'Si tu écris ça, moi je fais le couplet de la mère qui lui répond'. C’est un jeu, au final".
 
Débarrassés des postures que leurs collègues se sentent parfois obligés de tenir, Bigflo et Oli n’hésitent pas à dire qu’ils ont commencé à écouter du rap avec Manau, dont les histoires de druides et de guerriers les ont marqués. Une autre caractéristique qui les distingue des artistes hip hop souvent autodidactes : eux ont fait leurs gammes et connaissent le solfège. Bigflo : "C’est toujours Oli et moi qui composons les musiques. On crée la mélodie, les accords, le beat. On a un instru qui tient à peu près la route, mais qui n’est pas sortable. On a rencontré des New-Yorkais de Brooklyn pour notre EP et notre directeur artistique voulait les faire venir quatre jours en studio à Toulouse. On a commencé par refuser, on a dit : 'Non, on ne veut personne !' On nous propose des Américains qui viennent chez nous et on ne veut pas ! (rires) On est très sectaires, mais on a bien fait de tester parce qu’au final, on a créé quatre, cinq instrus en trois jours et ils ont bossé sur quasiment tout l’album. Nous sommes allés à New York avec eux dix jours, c’était un rêve ! On pensait le faire quand on aurait 30 ans et la barbe. Une expérience de fou".
 
Le résultat : un disque étonnamment mature pour ces kids aux grandes oreilles et au talent fou qui ont déjà tout des grands.
 
Bigflo et Oli La cour des grands (Polydor) 2015
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