Maitre Gims, le retour du poids lourd

© Fifou

Après avoir tutoyé le million d’albums vendus avec Subliminal, son premier solo, Ghandi Djuna alias Maître Gims a mis un pied hors du système. Une période un peu floue avec une tournée annoncée, puis repoussée. Les rumeurs allaient bon train, certaines annonçaient même un départ de la Sexion d’Assaut. Tout faux : au contraire, Lefa revient dans le groupe (et sur un titre de Gims, Longue vie) et le Maître propose un double CD, Mon cœur avait raison, divisé en deux "pilules", rouge et bleue (en référence au film Matrix), pour marquer ses deux pôles musicaux, la variété mélodique et le rap plus rythmique. L’occasion de parler au Maître de cette schizophrénie bien assumée et de ses méthodes de travail.

RFI Musique : Que s’est-il passé pour vous après le carton de Subliminal ?

Maître Gims : Je n’ai pas eu envie de faire un nouvel album juste après, j’ai même eu envie d’arrêter plusieurs années, de prendre du recul. Je suis parti un an, je faisais autre chose, je voulais sortir de ce monde-là. J’aime la mode, je me suis penché sur ma marque Vortex, et puis ça a commencé à me manquer. J’avais des idées, je continuais à composer, et l’envie du deuxième album est venue progressivement.
 
Le succès peut-il être dangereux ?
Le succès d’un des membres de la Sexion, quel qu’il soit, ne peut qu’être un bien pour la Sexion elle-même. C’est prestigieux. Ça peut mettre le groupe en danger si l’artiste y prend goût, vu qu’en solo c’est différent, tu gagnes plus d’argent, tu fais ce que tu veux, il y a moins de barrières, plus de propositions. C’est ça qui est dangereux. Et puis je ne m’y attendais pas. Je sortais de Sexion d’Assaut, ça n’était pas garanti, je ne pouvais pas savoir que j’aurais le même succès tout seul. Partir en solo était le plus gros risque que je pouvais prendre, ça pouvait casser le groupe ou être mal interprété.
 
D’où est venue cette idée de "pilule rouge/pilule bleue" ?
C’est un concept qui s’est imposé vu le nombre de musiques qu’on avait et mon envie de rapper. Je voulais des sons où ça rappe, et je ne pouvais pas faire un seul CD de 26 titres. D’où l’idée des deux parties, l’une très pop et variétés et l’autre urbaine. Et comme je suis fan de Matrix, j’ai eu cette idée de la pilule rouge et la pilule bleue. Je suis conscient de mon public, la dimension de ma musique, je sais que je suis classé dans la variété sur certains titres, c’est très large. Un Kendji Girac qui réussit sa carrière sur une reprise de Bella et fait The Voice après, que lui-même en parle dans les interviews, ça veut dire qu’on est sorti de l’urbain. On est face à du Obispo, du Bruel. Oui, dans certains de mes morceaux, je suis dans la variété.

Une des surprises du premier CD est ce featuring avec Sia, Je te pardonne.

Il y a deux versions du morceau. J’étais parti sur ce son avec mon producteur Renaud Rebillaud un soir au studio, c’était une pure ballade. Je n’avais que la mélodie et des paroles en yaourt. On a vraiment kiffé le son et on se vendait du rêve, on pensait le faire en anglais, avoir un feat, et on pense à Sia. C’était désespéré en vérité, on en parlait comme ça, on rêvait. J’en touche un mot au patron chez Sony, qui est aussi le label de Sia. On balance le mail à son manager, rien à perdre. Sia est tout de suite partie au studio enregistrer ses voix "def" qu’elle nous a fait parvenir dans la nuit. Un truc de fou. Elle nous a envoyé un mail pour nous dire qu’elle adorait le son, et par la suite elle nous a demandé de le garder pour son album parce qu’elle veut le faire seule, peut-être pour un single. Enorme. On ne s’est pas rencontrés physiquement, normalement on doit faire le morceau ensemble le 7 novembre pour l’ouverture des NRJ Music Awards. C’est l’idée. Ce qui l’a séduit, c’est mon côté rumba congolaise. On ne trouve pas ça aux Etats-Unis. Comme elle est très mélodiste, elle a été touchée. La mélodie, c’est un langage international, au-delà des langues. Le yaourt était suffisant pour qu’elle voit où je voulais en venir, qu’on puisse communiquer. Que nos chakras s’ouvrent ! Sia a une voix rare, très forte.
 
Y a-t-il eu des changements de conception musicale par rapport à votre premier ?
Ce qui a changé, c’est qu’il y a du meilleur matos au niveau des synthés, des subs et des kicks, mais sinon je n’ai toujours pas des vraies cordes, ça reste des plugs, des machines. À chaque fois, je suis pris par le temps. Mon cœur avait raison aurait été bien en live mais j’ai manqué de temps. J’ai eu une extinction de voix en dernière minute, il me restait trois morceaux à finir. On a du me faire une piqure de cortisone, c’était terrible. Ma voix est revenue dans la soirée et je suis reparti en studio finir l’album.
 
Vous pensez que votre album est attendu ?
Je ne sais pas. Je suis toujours très stressé, je ne sais pas comment ça va être reçu. Je sais que je ne suis plus un artiste à découvrir, il n’y a plus le même engouement que quand j’ai fait Subliminal. Mais je n’ai aucune idée de ce qui m’attend réellement.
 
 
Maître Gims, Mon cœur avait raison (Wati-B/Sony Music) 2015
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