Hippocampe Fou, poète des deux éléments

Hippocampe Fou, poète des deux éléments
Hippocampe Fou © Fifou

Après l’eau, le grand air… Après Aquatrip, le rappeur Hippocampe Fou dévoile aujourd’hui son second album, Céleste, inventif mélange de flow fluide, de rythmes et de sourires décalés, qui fait du bien les jours de ciel bouché. Les autres aussi, d’ailleurs.

Depuis cinq ans, Hippocampe Fou dresse des ponts aériens entre la chanson et le rap. Hippocampe Fou n’est ni un scout ni un chef indien, mais un rappeur un peu délirant qui, depuis 2010, sur Internet, puis en albums et sur les radios, nous abreuve de morceaux solaires et aquatiques, comme une rencontre entre MC Solaar et Boby Lapointe sur une table (à repasser) de mixage - avec quelque chose en plus.

"A l'origine, vers 2007, précise Hippo, j'avais choisi comme pseudo Hippocampe tout court : j’ai toujours eu un coup de cœur pour cette créature. Ses déplacements sont profondément rêveurs. Et puis 'Hippo', ça sonne 'hip hop'. Ensuite, j'ai ajouté Fou pour la folie douce… Évidemment, ce pseudo conviendrait mal à un gangsta rappeur... "
 
Le petit Hippo naît un peu avant les années 1990 en région parisienne. Son père, Francisco Gonzalez, guitariste et compositeur colombien venu en France vers 1980, aura une importance déterminante : "J’ai découvert grâce à lui, la musique baroque, classique et latino-américaine. Il a fait partie de nombreuses formations, notamment Recoveco. Et un jour, alors que nous étions en voyage en Colombie, je lui ai fait écouter deux morceaux de rap dont j'étais fier et qui ont reçu son 'approbation'. Cela m'a ravi et encouragé."
 
Sa mère, elle, est plutôt branchée chanson et rock. En vrac, The Eagles, Santana, Georges Brassens, Barbara, Jacques Dutronc – et Jacques Brel : "Je l’ai découvert grâce à une VHS qui traînait. J'ai aussitôt reçu une très grosse claque : c'étaient ses Adieux à l'Olympia."
 
Les goûts "hippocampiens" le dirigeront cependant d'abord vers des études de cinéma : l'université Paris III, Paris VIII : "J’y ai appris tous les rudiments de la réalisation et du montage, que j’ai ensuite réutilisés dans mes textes – montages de mots et de situations – et dans mes albums, composés de morceaux que je monte pour leur donner une ligne directrice, un sens."

 
Le verbe premier

Pour Hippocampe Fou, contrairement à bien d’autres chanteurs, le verbe est premier : "Ce sont les mots qui, petit à petit, m’ont mené à la musique." C’est à 19 ans qu’il commence à écrire. Puis, il  met tout ça sur des rimes et des rythmes ("J’étais proche d’un slam qui n’existait pas encore"). Il écoute aussi l’Américain Busta Rhymes, commence enfin à enregistrer des morceaux "en essayant de transmettre une émotion a cappella". Vient alors, de 2007 à 2010, son aventure fondatrice avec le groupe de rap/ beatbox La Secte Phonétik et leurs géniales harmonies vocales.

 
À partir de 2010, l’hippocampe vole de ses propres ailes à travers la toile… sa web série Vidéo Rap lui permet de faire découvrir son travail à une génération qui ne tarde pas à en redemander. L’aventure des premiers shows débute en 2011 avec la parution du minialbum Vaccin contre l’automne. Tout l’univers décalé d’Hippocampe Fou est déjà là. Il ne lui reste plus qu’à rencontrer son alter ego (son "backer"), le graphiste Céo, et son DJ, Aociz… Et en octobre 2013, son premier album, Aquatrip, apparaît comme une révélation pour le grand public : enfin un rappeur à la voix douce et au flow impressionnant nous raconte des histoires fantaisistes, poétiques et, souvent, humoristiques (Le Marchand de sable)…
Aujourd’hui, Hippo décoche Céleste. Paradisiaques, les titres se succèdent : La Grande Évasion, orientaliste et rentre-dedans, Chasse aux sorcières, sombre, drôle et engagé, Si j’étais, disco, faussement puéril, réellement introspectif, La Chorale des Orphelins, chef d’œuvre d’humour noir… Cerise aérienne sur le gâteau de sable : Las Estrellas, mélodique, mélancolique et beau, donne la parole, dans son hispanique refrain, à M. Francisco Gonzalez… La voix du père.

Hippocampe Fou Céleste (30 février/ PIAS)

Page facebook d’Hippocampe Fou