Neg’Marrons, retour dans les bacs !

Neg’Marrons, retour dans les bacs !
Les Neg'Marrons © Fifou

Huit ans après leur dernier disque Les Liens Sacrés, les Neg'Marrons reviennent, en grande forme, avec Valeur sûre, un opus qui rappelle leurs fondamentaux et réveille leur lot de bonnes vibrations : une potion magique à base de reggae-rap-dancehall, de bonne humeur, et de punchlines audacieuses… Pour l’occasion, les deux lascars Jacky et Ben-J se confient à RFI Musique, et font le bilan. Calmement !

Il a fallu être patient ! Depuis leur dernier disque, Les liens sacrés, huit années se sont écoulées, avant que les Neg'Marrons ne soient à nouveau, gonflés à bloc, "back dans les bacs". Loin du temps mort, les deux frères de son, Jacky et Ben-J ont cumulé les expériences, toujours en musique.

Avec le recul d’un vieux sage, le premier précise : "Après une tournée phénoménale autour du monde, nous avons pris du temps pour profiter de nos proches, pour porter nos projets musicaux respectifs. J’ai fait trois enfants… Bref ! La vie !" Régulièrement, les deux potes se téléphonent, galvanisés par le lot de nouvelles inspirations que leur confère l’existence !
 
Et puis, un beau jour, surgit le moment des retrouvailles, le tempo qui égrène à nouveau, en duo, leurs beats ensoleillés. "Ça fait longtemps qu’on existe ! (Rue Case Nègre sort en 1997, ndlr), ajoute Jacky. A l’orée du cinquième disque, il nous paraissait important d’arriver régénérés, d’avoir la foi, d’innover, tout en gardant nos identités vocales, musicales et textuelles".

Rapper les fondamentaux
Comme le titre de ce cinquième opus, et la chanson éponyme, Valeur sûre, les deux rappeurs avancent donc, à pas de danse, sur un socle solide, sur leur bande-son mixée de rap-reggae punchy, revisitée par des lumières électro plus actuelles, prêts à mouiller le maillot sur les planches, pour défendre leurs fondamentaux.
 
J’arrive comme je suis !, clame ainsi, en ego trip, leur premier titre. D’un calme lumineux, Ben-J explique : "Avec Valeur sûre, on réaffirme nos bases, nos références intemporelles. En ces périodes moroses – politiquement, économiquement –, nous avons, plus que jamais, besoin d’unité, d’amour, d’amitié, de solidarité : autant de valeurs sur lesquelles s’appuyer pour se (re) construire quand tout part en vrille…"

A l’unisson, Jacky au regard clair évoque la transmission de ces bases morales aux enfants, dans un monde, où elles tendent à disparaitre. Pourtant, loin de "glorifier la misère", les deux lascars, à rebours de la sinistrose, préfèrent l’aura solaire de vibrations positives ! Le philosophique Fonce prône ainsi les pouvoirs de l’action, la capacité à métamorphoser son existence, l’incitation joyeuse ; J’aime trop la life se clame comme une ode à la vie ("J’respire/L’air est gratuit/ Pour l’oxygène, on est tous VIP") ; Vous les femmes, comme un cri d’amour ; Destinée raconte, elle, la réussite d’une fillette des banlieues

 
Neg’Marrons présidents !
 
Dans le même temps, le duo continue, inlassable, de pourfendre les injustices, de dénoncer, en un large sourire, parfois carnassier, toujours contagieux, les aberrations de ce monde. Un exemple ? Président. Dans ce titre bien chaloupé, Jacky et Ben-J, hypothétiques "candidats" à la présidentielle, déroulent, funky, leur programme : "Si j’étais président, Amer serait mon ministère (…)/J’ferai des soundsystem à l’Elysée ….)/ Du reggae sur les ondes, pour que les gens soient zen (…)/ J’mettrai un STOP à toutes les magouilles politiques."

Derrière la blague potache et l’utopie façon "Bisounours", se trament pourtant des problématiques sérieuses, comme l’explique Ben-J : "Les Français espéraient avec François Hollande, un changement de vie, un quotidien pacifié ! Au contraire, le chômage augmente, les licenciements deviennent pléthore, la loi Travail avantage les patrons. Le gouvernement paraît ne plus avoir de direction… Du coup, nous avons établi notre propre programme, avec une grosse charge de dérision". Cathartique ! Il y a aussi La Monnaie 3.0 (feat. Passi) réminiscence actualisée de leur ancien tube ("La suprématie de la finance est toujours autant d’actualité", commente Jacky) ; ou encore Le Monde bouge, sur l’accélération et les désastres d’une société en mutation…

Toujours dans le "game"
Au sommet de leurs valeurs cardinales, trône, bien sûr, la sacro-sainte musique, leurs amours, hip-hop-reggae-dancehall, déclinés dans le titre Ma Playlist : la BO de leur vie, thérapeutique. Et puis, dans Fast Food Music ("On entend trop de fast-food musique, alors on envoie un classique, ça fait clic-clic, Boum ! Dans leur face"), ils dénoncent les escrocs du son, ceux qui bossent à l’arrachée, déclament des "punchlines débiles", sans dimension artistique.

Le rap d’aujourd’hui ? Le duo nuance. "On cible surtout les directeurs artistiques des maisons de disque, qui produisent des artistes immatures, sans passion, avec la seule vision du business. Nous ne sommes pourtant pas des pros du "C’était mieux avant" ! On reste avant tout des compétiteurs. C’est une manière aussi de montrer qu’on est toujours dans le game !"
 

Dans le game, les deux lascars le sont plus que jamais, entourés de nombreux rappeurs, et artistes en featuring – Wayne Beckford, Dry, Passi, Eloïsha, Purple Star, etc ! Toujours parés, aussi, de l’amitié tangible et quotidienne de leurs potes du Secteur Ä. Et toujours très complices : "Notre duo se révèle de plus en plus complémentaire, affirment-ils.  Avant, nous avions une vie similaire ; désormais, nos expériences, nos points de vue différents, nos constructions en parallèle s’éclairent, se complètent ! Chacun rebooste l’autre. Eternels insatisfaits, on se challenge… On tire le meilleur de chacun d’entre nous". Leur dernier disque le prouve : des valeurs sûres !

Neg’Marrons Valeur sûre (Warner Music) 2016
En concert le 2 juin au Trianon (Festival Paris Hip Hop)
Page Facebook des Neg'Marrons