Lëk Sèn, le reggae à l'instinct

Lëk Sèn, le reggae à l'instinct
Puppa Lek Sen, Sweet & Tuff, 2016. © DR

Tombé dans la marmite du reggae en entendant, mais surtout en comprenant, quelques-uns des classiques du Jamaïcain Burning Spear qui lui ont soudain donné de l'espoir, le productif chanteur sénégalais Lëk Sèn sort son cinquième album solo, intitulé Sweet and Tuff.

Quand on fait du reggae, qu'on vient du Sénégal, arborer une coiffe de Sioux sur la pochette de son album ne correspond pas vraiment aux clichés. Ça tombe bien, car c'est exactement ce que Lëk Sèn s'efforce de faire à travers sa musique. Lui qui considère que le reggae africain n'a pas besoin de jouer la carte de la tradition ancestrale à coup de boubou coloré, de kora ou de balafon a voulu rappeler par cette image que son regard ne s'arrête pas aux seuls maux de son continent natal.

"Nous, les Africains, on a tendance à croire qu'on est le peuple qui a le plus souffert. Mais on oublie que les Indiens ont été exterminés" relève le trentenaire, marqué notamment dans sa jeunesse par la chanson Slavery Days de Burning Spear qui lui a permis de relever la tête alors qu'il avait "fini par faire comme tout le monde : accepter qu'on était né pour souffrir".
 

Clairement orienté vers le reggae roots, option déjà de mise sur Jaam Dong en 2014 et qui est ici un peu plus affirmée avec une équipe de musiciens reconduite, Sweet and Tuff donne à LëK Sèn l'occasion de partager le micro avec deux générations d'artistes : d'un côté, le jeune saint-martinois Ilements (pour Rasta Time) ; de l'autre, le vétéran Cedric Myton au falsetto si reconnaissable qui a fait la particularité du trio vocal jamaïcain The Congos, et qui s'en prend aux Pirates.

 
L'ex-finaliste du Prix Découvertes RFI, du temps où il faisait parie du groupe SSK, revendique une démarche instinctive, tant sur le plan artistique que dans la façon dont il entend mener sa carrière. Ce sentiment d'urgence, qui est l'un des marqueurs de sa voix au-delà de son registre grave, correspond à sa philosophie : tout doit être fait aujourd'hui, car il n'y aura peut-être pas de lendemain. Et de rappeler qu'il a été rappeur "à la base" avant de se retrouver davantage dans la musique jamaïcaine. Un chemin qui a été aussi celui de ses compatriotes Naby et Meta Dia, issus de la même génération.


Lëk Sèn Sweet and Tuff, 2016
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