Naâman rafraîchit le reggae en France

Naâman rafraîchit le reggae en France
Naâman © FayaBurnProd

Au cœur d’une dynamique intense qui, en à peine un an, a fait de lui l’un des nouveaux espoirs de la scène reggae française, Naâman s’est doté d'un solide album respectant les canons du genre, intitulé Deep Rockers –Back A Yard. Le chanteur qui a grandi au bord de la Manche sera au Garance Reggae Festival, dans le sud de la France, le 27 juillet.

Dans le parc Arthur-Rimbaud de Bagnols-sur-Cèze, où la tribu des amateurs de reggae a pris l’habitude de se retrouver chaque été depuis 2002, Martin "Naâman" Mussard montera sur scène samedi, quatrième et dernier jour du festival. Sa présence est d’autant plus significative que les organisateurs successifs de l’événement ont toujours fait montre d’une certaine réticence à programmer des artistes français. Ce soir-là, le jeune Normand de 23 ans ouvrira pour John Holt, vétéran de la musique jamaïcaine des années 60 et 70 dont les apparitions outre-Manche font tomber en pâmoison le public féminin de sa génération.

Encore une étape supplémentaire franchie dans un début de carrière aux allures de sucess story filmée en accéléré, si rapide que cela conduit même l’intéressé à estimer qu’"il se passe quelque chose d’étrange".

Il a vingt ans quand il décide de se consacrer à la musique : cette nuit-là, à Caen où il a démarré des études de graphisme après avoir laissé tomber celles en communication, il vient encore de “mettre le feu” dans un bar où il avait pris le micro. A ses parents, il annonce sa décision et précise qu’il se donne deux ans pour que ça marche. "Ça les a rassurés", confie-t-il.
 
Chez lui, son père écoute à la fois du jazz et des groupes de rock progressif comme Led Zeppelin et Pink Floyd. L’album Uprising de Bob Marley, qu’il achète à douze ans, l’a "complètement hypnotisé". L’adolescent se met à jouer de la guitare à la même époque, avant de découvrir l’univers instrumental des faces B des vinyles jamaïcains, sur lesquelles tant de deejays ont appris à poser leur voix.
 

Sa première chanson parle de spiritualité. "Ça n’a pas changé, au final", observe celui qui explique avoir pourtant "refusé la religion" quand il était scolarisé dans un établissement privé catholique. “Je m’en suis éloigné alors que mes frères et sœurs l’ont suivie, mais ça m’a permis de découvrir seul ma spiritualité, et le reggae m’y a beaucoup aidé, car le rapport avec Dieu est très présent dans cette musique.” Au point de lire de lui-même la Bible.
 

C’est sûrement dans ces pages qu’il a trouvé son nom de scène : "Naâman, chef de l’armée du roi de Syrie, jouissait de la faveur de son maître et d’une grande considération ; car c’était par lui que l’Éternel avait délivré les Syriens. Mais cet homme fort et vaillant était lépreux", raconte le Deuxième Livre des Rois.
 
La droiture, l’exemplarité sont des valeurs que le chanteur a à cœur de défendre, conscient que sa notoriété naissante lui confère aussi une responsabilité dans ses propos. Son street CD Deep Rockers a servi d’élément déclencheur l’an dernier. Sans album dans les bacs, il enchaine 70 prestations live, passant par le Reggae Sun Ska Festival, autre rendez-vous majeur rassemblant plus de 30 000 spectateurs dans le sud-ouest de la France !
 
Sa cote de popularité se mesure sur le Web : lors des Victoires du reggae, qui comptabilisent plus de 11.000 votes, il remporte le trophée honorifique dans la catégorie "révélation", tandis que la vidéo de Skanking Shoes a été vue près d’un million de fois.
 
Un reggae à l'ancienne

Entre identification et imitation, le cocktail fonctionne à plein, car si Martin est en phase avec une partie de ses contemporains qui se sont tout à coup reconnus en lui, sur le plan musical son reggae à l’ancienne – qu’il maitrise parfaitement, comme l’Allemand Gentleman ou l’Italien Alborosie – s’inscrit dans le moule fabriqué à Kingston. “Je respecte énormément le reggae français, mais ce n’est pas quelque chose vers lequel je me dirige ni que j’écoute", dit-il avec diplomatie, même s’il reconnait avoir aimé le style de Puppa Leslie ou connaitre les textes de Pierpoljak en qui il voit "un vrai poète".
 

Dans sa playlist, on trouverait plutôt Damian Marley ("son flow m’a beaucoup inspiré"), le reggae californien de Groundation, celui des Néo-Zélandais de Fat Freddy’s Drop ou celui de Midnite, formation venue des Iles Vierges. Naâman a une affection toute particulière pour cet archipel caribéen où, sac au dos, il est venu se ressourcer fin 2012. "Le rythme de vie est tellement différent qu’il a fallu que j’apprenne à tout faire plus lentement, à ne pas être un obstacle à ce qui se passe, à ne pas peser dans la vie des autres", se souvient-il.
 
Durant ce break, il est contacté par un label français pour enregistrer son premier album officiel en Jamaïque, avec quelques pointures du genre comme le batteur Sly Dunbar. Les sessions de Deep Rockers – Back A Yard se déroulent au "mythique" studio Harry J, remis en marche il y a quelques années, où les Wailers ont fait résonner quelques-uns de leurs classiques il y a quatre décennies. De quoi constituer un redoutable arsenal pour le général Naâman, demandé sur tous les fronts et prêt à repartir à l’assaut des scènes.
 

Naâman Deep Rockers –Back A Yard (Soulbeats records / Harmonia Mundi) 2013
En tournée européenne
 
Page Facebook de Naâman
Site officiel de Naâman