Takana Zion, aux sources du reggae

Takana Zion, aux sources du reggae
Takana Zion © Kanamacina Record

Programmé il y a quelques semaines en clôture de la deuxième édition de l'Abi Reggae Festival en Côte d’Ivoire, le Guinéen Takana Zion vise à s’exporter davantage hors de son continent avec son cinquième album Good Life, pour lequel il est retourné à Kingston.

"Pour avoir le bon son reggae, franchement, il faut aller en Jamaïque." Les propos de Takana Zion ont le mérite de la franchise, à défaut de ménager les musiciens de son continent qui se sont convertis à la musique popularisée par Bob Marley depuis quatre décennies.

Le Guinéen avait déjà fréquenté les studios de Kingston pour en rapporter Rasta Governement, paru en 2011, et montré ainsi tout le bénéfice qu’il pouvait tirer d’une telle expérience – d’autant plus mis en relief par le niveau de l’album suivant, Kakilambe, fait chez lui à Conakry. De retour dans les Caraïbes avec son nouveau projet, le reggaeman trentenaire n’a pas opté pour la continuité, voire la facilité, qui l’aurait conduit à reprendre la même équipe.
 

Cette fois, il s’est appuyé sur son guitariste attitré, natif de l’île, lequel a joué les intermédiaires et réuni quelques anciens, plus que réputés : le batteur Horsemouth Wallace, le clavier Obeah Denton ou encore le bassiste Flabba Holt, qui avaient tous trois accompagné le Français Pierpoljak sur ces premiers enregistrements à succès. "Le travail avec eux m’a permis de me discipliner dans le chant", estime Takana, même s’il reconnait qu’accepter leurs conseils, lui a demandé "beaucoup d’humilité".

Au-delà de leurs qualités artistiques et de leur expérience, il sait que ces valeurs sûres "ne jouent pas le reggae d’une façon commerciale, mais pour exprimer leur liberté en voulant la partager et la faire ressentir à tous ceux qui écoutent cette musique". Pour que Bunny Wailer, figure du reggae et dernier survivant du trio avec lequel avait démarré Bob Marley au début des années 60, apporte sa bénédiction en psalmodiant sur When Jah Speaks, il aura fallu passer toute une journée chez lui à le convaincre !
 
La sincérité de la démarche du Guinéen est indéniable, et elle s’entend dans ses chansons qui montrent à quel point il a parfaitement intégré la rhétorique rasta, à coup de Africa Unite, Real Black Man, ou Jah Will Be There, trois des morceaux de ce CD particulièrement dense en paroles. Lui qui ambitionne d’être davantage présent sur le plan international s’est doté d’un album dont le manque d’originalité, hormis le timbre de voix qui fait le cachet de l’artiste, ne dévalue pas sa solidité et atteste de la fidélité de son auteur aux principes premiers du reggae. Quitte à faire, pour la bonne cause, quelques compromis avec le système tant dénoncé, puisque Good Life a été produit financièrement par Antonio Souaré – que Takana a remercié tel un griot reggae en donnant son nom à un titre diffusé au pays. Si ce généreux mécène fut longtemps un des intimes de la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, il est aussi le patron de la loterie Guinée Games ! Mais Bob Marley n’a-t-il pas vu sa carrière décoller après avoir fait affaire avec le Britannique Chris Blackwell, issu d’une des familles les plus puissantes de cette colonie qu’était la Jamaïque ?

Takana Zion Good life (Soul Beats/Harmonia Mundi) 2016
Page Facebook de Takana Zion