Sinsemilia, vingt ans de scène.

Sinsemilia, vingt ans de scène.
© j-p angei

La tournée française d’une quinzaine de dates que vient de démarrer Sinsemilia, et qui passe ce vendredi 18 novembre par l’Olympia à Paris, a une saveur spéciale : celle des vingt ans d’existence du groupe grenoblois, événement accompagné par la sortie inévitable d’un best of. Entretien-bilan avec Mike, porte parole et l’un des chanteurs de cette formation marquée par le reggae et dont le nom reste pour beaucoup associé à son tube, Tout le bonheur du monde.

RFI Musique : Que reste-t-il en 2011 du Sinsemilia de 1991 ?
Mike : Les quatre membres initiaux, et deux autres qui nous ont rejoints en 1992. Ce qui reste d’autre : une énorme amitié entre nous, qui existait déjà mais qui n’a fait que décupler vingt ans plus tard, de façon plus solide : nous sommes passés d’une amitié d’ados à une amitié profonde d’adultes qui viennent de vivre vingt ans ensemble. Et il reste aussi le plaisir à faire ensemble.

Qu’est-ce qui ressemble aujourd’hui au Sinsemilia de 1991 ?
Contrairement à moi, Riké et Natty qui n’ont pas trop vieilli ! Plus sérieusement, notre conception de la scène est restée très proche de ce qu’elle était, avec l’envie de donner le maximum et que les gens passent un vrai bon moment. Partager de la bonne humeur et des sourires. Le discours a évolué avec le temps, en fonction de notre compréhension du monde. Il a mûri, mais les valeurs restent les mêmes.

La musique était-elle prétexte au départ pour passer du temps ensemble ?
Je ne peux pas dire que la musique était un prétexte ni à l’inverse, que c’est elle qui a fait de nous des amis. Les deux allaient de paire. On aurait pu se contenter de continuer à faire du foot ensemble. Ou continuer à écouter de la musique ensemble. Or non, on s’est mis aussi à en jouer. Elle s’est imposée.

Quelle a été la décision la plus compliquée à prendre au cours de ces deux décennies ?
Les premières fois où nous avons accepté d’aller jouer à la télé. Nous étions invités dans l’émission de Michel Drucker. Je crois qu’à première vue, on avait tous envie de répondre “non” mais ça a créé de longs débats. Je ne peux pas me plaindre tout le temps de ce qui passe à la radio comme à la télé et ne pas y aller quand on me le propose. Ça me gênait. À l’époque, on avait aussi l’envie d’utiliser le media le plus puissant pour faire passer certaines idées. Mais il y a des limites à ce raisonnement : on n’a jamais mis les pieds sur TF1.

L’aventure live de Sinsemilia démarre lors de la fête de la musique, sur un trottoir, devant un sex-shop. Quand vous repassez à cet endroit, de quoi vous souvenez-vous ?
J’ai un flash, l’image du tout premier morceau qu’on joue, le Dub Fire d’Aswad. Je mets vingt secondes à lever la tête de ma guitare et il y a un spectateur : mon père. Je me souviens surtout de la sensation de la journée : c’est une des plus grandes peurs de ma vie. Dans la voiture qui nous emmenait jusqu’à cet endroit, aucun de nous n’a eu le courage de dire "on n’y va pas". Si un seul l’avait fait, on aurait tous été d’accord et fait demi-tour ! C’était la peur d’aller jouer devant des gens, nous, les jeunes beatniks en boubous, qui faisions une musique dont tout le monde se fichait, qui répétions dans une grange devant quelques copains fumeurs de joints. Et là, on faisait un concert dans la rue, au centre-ville de Grenoble.

Quelle a été la chanson la plus simple à faire dans ces vingt années ?
La Flamme a été écrite très vite mais elle a été très dure à réaliser. Le texte était sorti d’une traite. J'étais à la terrasse d’un petit bar à Grenoble, c’était le lendemain d'une date de concert, j'étais encore dans cette énergie-là. A cette période, des mairies venaient de tomber aux mains du Front National.
Il y a aussi La Nausée, un morceau que j’avais écrit à l’époque de l’album Résistance mais que les autres m’avaient refusé – ce qui est très rare chez nous, ça n’est arrivé que deux fois. Ils l’avaient trouvé trop glauque. Quand je l’ai reproposé deux ans après pour l’album suivant, il avait finalement fait son chemin dans les têtes de tout le monde.

Et qu’en est-il de l’autre texte refusé que vous venez d’évoquer ?
C’était un texte très sombre sur l’avenir du continent africain. Ils ont eu raison de le refuser. Je ne suis pas sûr que j’avais complètement tort sur ce que j’écrivais, mais quel intérêt d’en faire une chanson ? Du coup, le texte n’est jamais ressorti.

Quelle est la critique la plus sensée qu’on vous a adressée et qui vous a fait avancer ?
C’est une autocritique, entre les albums Première Récolte et Résistances : on est Français et on a grandi ici. Aussi amoureux du reggae qu’on soit, il faut qu’on s’éloigne de l’anglais, notre langue maternelle est le français. Surtout vu comment on parle l’anglais. Il ne faut pas que notre musique ressemble le plus possible à ce qu’on aimerait être, mais à ce qu’on est. C’est ce qui donne cette couleur-là à Résistances et à la suite de notre parcours.

A quand ce concert dont vous avez tant envie au Sénégal, au stade de Dakar ?

Je ne sais pas. Est-ce que ce n’est pas une bonne chose qu’il nous reste un rêve inassouvi ? Ça nous oblige à continuer. Je rigole : on n’a pas besoin de ça, mais c’est vrai que c’est un rêve. On en parlait encore récemment avec Tiken Jah Fakoly, il faut que je lui redise de nous donner un coup de main !

Sinsemilia en concert à l'Olympia le 18 novembre 2011 et en tournée française
Sinsemilia Best of (Jive/Sony music) 2011