Paris Velvet, l’hommage généreux de Rodolphe Burger

Paris Velvet, l’hommage généreux de Rodolphe Burger
Rodolphe Burger et Emily Loizeau en concert à la Philarmonie de Paris © A. Lemancel

Auteur d’un disque de reprises du Velvet Underground, il y a deux ans, Rodolphe Burger a investi ce dimanche 22 mai, la Philharmonie de Paris, pour célébrer l’un de ses groupes fétiches. En compagnie de Bertrand Belin, Theo Hakola, Emily Loizeau, Poni Hoax, Swann, Mark Tompkins, Black Sifichi, et Sarah Yu Zeebroek, il a délivré une fête joyeuse et orgiaque, à la fois musclée et tendre, fidèle à l’esprit du Velvet. Récit.

 "Le rock'n'roll est tellement génial, des gens devraient se mettre à mourir pour lui. Il faut que les gens meurent pour la musique ! Des gens meurent pour n’importe quoi, alors pourquoi pas pour la musique ? Vous ne voudriez pas mourir pour quelque chose de joli ?" Dans la salle comble de la Philharmonie, ce dimanche soir 22 mai, ces mots de Lou Reed, prennent corps dans la bouche gourmande de Rodolphe Burger, dans sa voix ronde, dans son regard malicieux de gosse amoureux…

Chez cet alchimiste du rock français, la jubilation se fait pudique : elle n’en éclate pas moins, précieuse. Il y a deux ans, ce rockeur esthète, ex-leader de Kat Onoma, groupe à l’origine de reprises quasi cubistes du Velvet, sortait un hommage de fan, un disque de reprises du Velvet*.

Jouer sur les reliefs

Ce jour, à la Philharmonie, le maestro orchestre une célébration jouissive, hétéroclite, en l’honneur de cette formation, Paris Velvet, à laquelle se joint une ronde d’invités. En fond de scène, sur un canapé, sorte de "backstage à vue ", probable métaphore de la Factory de Warhol, ils patientent, dansent, claquent des doigts, boivent quelques bières.

La musique éclate, son noyau dur vrombit : Burger maîtrise la scène, sa guitare rugit. Il sourit. Sur ses accords, sa voix se pose comme du velours, épaisse, chaude. A la grâce de son chant, les incontournable Sunday Morning, Stephanie Says, Waiting for my man, ou Pale Blue Eyes, se parent de nuances rares, de lueurs différentes.

Le Velvet, ici, sonne plus charnu, plus joufflu, confine parfois au chaos sonore d’où filtre souvent la lumière, une générosité palpable. Burger joue sur les reliefs : la tendresse, la complicité, qu’il partage avec la choriste-chanteuse à la voix claire, enfantine, au tambourin et au déhanché sexy, Sarah Yu Zeebroek, comme sur Satellite of Love ; le rock tellurique, rugueux, qu’il délivre… Nuages, rages, éclaircie. 

Un processus chimique
 
Et puis, dandy classieux, Bertrand Belin pose son violon sur All Tomorrow’s Parties, Venus in Furs, lit en un débit habité, une traduction française du poème The Gift, sur fond de rock hallucinatoire.

Peu avant le show, il nous confiait : "Le Velvet, c’est d’abord un groupe intensément littéraire, qui sut mêler à la perfection le rock et la langue. C’est aussi un processus chimique, opéré par la réunion de quelques personnalités, bénie par Warhol : une déflagration puissante. Par cet hommage, j’ai exploré plus avant leurs chemins harmoniques : des matériaux simples, agencés de telle manière, à produire les fruits les plus beaux, à créer cette grâce invraisemblable, loin du romantisme langoureux. Une explosion des limites, une idée d’absolu."

À sa suite, la jeune chanteuse folk, Swann la sensuelle, enchante de sa voix pop, d’une justesse et d’une fraîcheur désarmante, I’ll be your mirror. Et puis, l’ingérable Nicolas Ker (Poni Hoax), caracolant tel un cheval fou, investit, convulsionné, les paroles du Velvet. La découverte de Lou Reed et ses acolytes lui firent arrêter Math Sup, se lancer corps et âme dans la musique, dans la fête et ses excès, nous a-t-il conté. Le Velvet en un mot ? "L’élégance, sur un seul accord. L’élégance !".

Heroin la troublante, est, elle, portée par le danseur et chorégraphe Mark Tompkins, au charisme solide, ancré, galvanisé par les mots. Et puis, il y a l’artiste de spoken word et écrivain Black Sifichi qui déclame quelques poèmes enivrés ; et Théo Hakola, chanteur, musicien, homme de théâtre et écrivain, surnommé "Le Baudelaire du Rock ", silhouette dégingandée, filiforme, burlesque, pâleur excessive, qui donne vie à Sister Ray, avec une précision d’orfèvre.

Enfin, à l’origine d’un hommage au Velvet intitulé Run Run Run, la dynamique Emily Loizeau s’empare de cette chanson, à bras le corps, courant de tout son souffle, jusqu’à l’envol. Ainsi voit-elle son Velvet : "C’est un cabaret noir, avec une identité rock, dépressive, acide, insolente, irrévérencieuse ; une poésie d’une hallucinante profondeur d’où jaillit, parmi la noirceur, une infinie tendresse, un amour bouleversant pour l’être humain : une quête de vie sans la moindre once de cynisme".

Finalement, la fête, orgiaque, se clôt sur le titre White Light/White Heat. Chacun cède à son gimmick, se contorsionne sur les riffs des guitares survoltées et des claviers psychés. Le public, debout, galvanisé par les musiciens dans la fosse, cède à la transe, Burger lance des baisers… La Philharmonie se laisse chavirer par cette catharsis, cet exutoire joyeux, cette liberté totale, généreuse, et sans entrave : la leçon, l’héritage du Velvet.
 
* Rodolphe Burger This is a Velvet Underground song that I’d like to sing (Dernière Bande) 2012
 
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The Velvet Underground, New York Extravaganza : une exposition pluriartistique  
 
Jusqu’au 21 août, l’exposition consacrée au Velvet Underground retrace, à travers des films, des œuvres, des portraits, et bien sûr de la musique, l’itinéraire d’un groupe qui changea la face du rock’n’roll et de l’art.
 
L’album "à la banane ", le premier du Velvet Underground, produit par Warhol, fête ses 50 ans : l’occasion de consacrer une exposition, à ce groupe qui bouleversa le visage du rock'n'roll ! Le Velvet ne saurait pourtant limiter son influence aux seules frontières de la musique.
 
Dès sa création en 1965 par John Cale, et Lou Reed, il se nourrit, anthropophage, des poètes de la Beat Generation, d’Allen Ginsberg, du cinéma expérimental, de la peinture, des expérimentations de La Monte Young.
 
En retour, ces arts s’abreuvent à celui, écorché-vif, du Velvet, à sa puissance de glace, à ses chants bleutés et ses guitares-fils barbelés. Warhol les prend sous son aile, leur adjoint Nico  comme chanteuse. Groupe fulgurant, confidentiel durant sa brève existence (1965-1970), puis à la source d’une légende inextinguible.
 
Voici l’histoire folle, à multiples facettes, que retranscrit l’exposition Velvet Underground, New York Etravaganza, à travers des films, du cinéma d’art underground, des archives télévisuelles, des œuvres d’artistes contemporains, des photographies, des pochettes de disque, des portraits et bien sûr, une immersion musicale, au casque.
 
Impressionniste, riche, elle traverse l’enfance et l’adolescence de Cale et Reed, les années Factory, les réinventions du Velvet, ses héritages. Surtout, elle dresse le portrait d’une époque, l’Amérique de la contre-culture, la naissance de la société de consommation, et revisite l’esprit d’une ville, New York, dont émane ce son si particulier. Plonger dans l’aventure du Velvet revient à s’immerger dans l’essence de la pop-culture, et celle de l’avant-garde, dont les échos, vivaces, résonnent encore aujourd’hui…
 

The Velvet Underground, New York Extravaganza, exposition jusqu’au 21 août 2016 à la Philharmonie de Paris.