La guitare Bleu Blanc Rock

Exposition "Guitar On/Off" à la Philharmonie de Paris © Diverse Images/UIG

La guitare est l’objet d’une exposition itinérante, Guitar ON/OFF, qui se déroule à la Philharmonie de Paris jusqu’au 4 septembre.

À cette occasion, RFI Musique retrace l’épopée de la six cordes dans le rock français. De Johnny Hallyday à Feu ! Chatterton, en passant par Noir Désir, il y a de l’électricité dans l’air.

"Bras de bois/Des clés aux doigts/Et des cordes pour tendons/Agite-nous/Agite-moi/Fais l’arpège/Sature le son". Dans la chanson Qui de nous deux ?, -M- raconte la relation intime et souvent passionnelle entre un guitariste et un instrument dont les formes généreuses sont très souvent un objet de fantasmes.

Envisagée comme un symbole phallique ou encore comme une femme joliment replète, la guitare électrique accompagne depuis plus de soixante ans le rock’n’roll. Accueillie actuellement dans le hall de l’ancienne Cité de la musique, l’exposition gratuite Guitar ON/OFF fait la lumière sur un instrument tellement populaire qu'on ne l'aurait pas imaginé si méconnu.

Du jazz au yéyé

Histoire essentiellement américaine, l'implantation en France de la guitare électrique a été relativement peu étudiée par les musicologues. Si elle apparaît dans les années 1930 aux États-Unis, c'est par Django Reinhardt et les ensembles de jazz qu'elle arrive dans l'Hexagone.

Le premier modèle électrique français vendu dans le commerce est fabriqué par des luthiers d'origine italienne, les frères Jacobacci, au mitan des années 50. Inspirées des modèles d'importation encore inaccessibles, la mythique Gibson "Les Paul" et la Fender "Stratocaster", les Jacobacci "Texas" et "Ohio" figurent parmi les instruments emblématiques des yéyés. Le jeune Jean-Philippe Smet, fasciné par le mode de vie américain, l'American way of life figuré par la six cordes, utilisera très régulièrement les modèles Jacobacci.

En 1966, Johnny Hallyday rencontre à Londres un jeune guitariste américain, Jimi Hendrix, qui est engagé en première partie de quelques-uns de ses concerts à la fin de la même année pour les premiers tours de chauffe de l'Experience. Johnny, qui a "une énorme admiration pour les guitaristes", s'entoure généralement d'orfèvres sur scène et en studio.

"Quand je jouais avec lui, j'avais carte blanche, raconte Norbert Krief, ancien guitariste du groupe Trust, qui l’a accompagné entre 1986 et 1994. On me pose souvent la question : 'Mais Johnny, il sait jouer de la guitare ?' Bien sûr ! Ce n'est pas un soliste en tant que tel, mais il pourrait s'accompagner tout seul sans soucis durant toute une soirée."

Téléphone/Trust, des guitar hero à la française

Au début des années 80, deux groupes de rock squattent massivement les lecteurs de cassette des jeunes Français : les grands ados de Téléphone et les mauvais garçons Trust, avec leurs revendications sociales et les riffs acérés de Norbert Krief, alias Nono. "Au départ, j'étais fasciné par les voix, mais je me suis vite aperçu que le rôle de chanteur n'était pas fait pour moi, explique ce dernier. Je n'ai pas pris la guitare pour devenir un guitar hero mais simplement pour me faire plaisir. Quand on a fondé Trust, Bernie (Bonvoisin, le chanteur de Trust, ndla) était fan du punk et d'AC/DC. Moi, j'aimais Ten Years After et je voulais faire un groupe à la Led Zeppelin."

Les références des guitar hero à la française sont majoritairement anglo-saxonnes. Norbert Krief est à l'image de Louis Bertignac, de Téléphone, un guitariste de blues qui a monté le volume de son ampli et ne rechigne pas devant un bon solo.

Mais tandis que la décennie 80 s'évanouit dans les sonorités synthétiques de Taxi Girl ou Indochine, d'autres perspectives s'ouvrent pour les guitaristes. Accompagnateur d'Alain Bashung durant les dernières années de sa vie et d'une chanson plutôt rock (Thiéfaine, Miossec, Brigitte Fontaine...), Yan Péchin observe : "Quand je suis arrivé dans le métier, il y avait les guitaristes de studio qui jouaient sur les enregistrements et avaient une culture jazz-rock, et puis les guitaristes des groupes de rock, qui n'étaient pas assez polyvalents pour jouer comme musiciens de studio. Avec ma génération, on a commencé à voir arriver des guitaristes de rock en studio." Marquée par les éclairs de vibrato et les geysers d'électricité de Noir Désir imaginés par Serge Teyssot-Gay, la fin du siècle plébiscite plutôt les solos à tendance bruitiste.

La guitare au temps de l'électro

Aujourd'hui, la guitare électrique aborde le creux de la vague. Organisé à la Philharmonie par des universitaires au même moment que l'exposition Guitar ON/OFF, le colloque Quand la guitare [s']électrise aurait pu laisser penser à un regain d'intérêt, mais pas vraiment. "Il y a quelques années, il y avait des guitares dans les magazines de mode pour symboliser le rock, ce n'est plus le cas", relève Thomas Baltes, rédacteur-en-chef adjoint du magazine spécialisé Guitar Part.

Du côté des jeunes groupes, l'identité de la guitare s'est clairement éclatée. Quoi de commun en effet, entre la scène metal, le stoner de Last Train ou la chanson pop lettrée de Radio Elvis ou Feu ! Chatterton ? Au sein de Feu ! Chatterton, les deux guitaristes arrangent leurs parties de guitare sans se soucier du tout d'une répartition des rôles, guitariste rythmique/guitariste soliste.

Clément Doumic note : "Nous, on fait autant de claviers que de guitares. Donc, il y a toujours un moment où on se demande : 'Est-ce que ça ne sera pas mieux si on joue cette partie au clavier ?'" "Je pense que ça vient aussi du fait qu'on a grandi dans la musique électronique, qui laisse grande place aux synthés. La guitare devient donc un instrument parmi d'autres", reprend Sébastien Wolf.

Face à face sur scène, les deux musiciens aiment jouer en miroir, dans un jeu permanent de questions/réponses. Ils ont amené cette bonne vieille six cordes vers des contrées lointaines, ayant trouvé des ponts très aériens.

Exposition Guitar ON/OFF à la Philharmonie de Paris jusqu'au 4 septembre