Le rock fédérateur de Skip the Use

Le rock fédérateur de Skip the Use
Skip the Use © Slam

Depuis trois ans, Skip the Use est devenu populaire grâce à ses concerts à l’énergie folle et à sa musique sans manières. Amené par son chanteur bondissant, le charismatique Mat Bastard, le groupe de rock originaire du Nord de la France sort son troisième disque, Little Armageddon, et entend rester fun… malgré tout.

Cela fait maintenant un mois que Skip the Use est en plein marathon promotionnel mais au téléphone, Mat Bastard a l’air toujours aussi détendu. La pression autour de ce troisième disque ? "On se la met nous-mêmes pour faire un truc incisif et dans l’état d’esprit du groupe mais bon, voilà, on est très heureux. On est assez impatients de sortir cet album, très excités." Son titre, Little Armageddon ? "C’est surtout l’oxymore ‘petit apocalypse’ qui nous intéresse, ce côté soleil noir qui est assez à l’image d’un album où l’on aime brouiller les pistes."

Depuis un taxi qui l’amènera on ne sait trop où, le chanteur de Skip the Use a ce calme qui laisse entendre à son interlocuteur que, quoi qu’il arrive, tout va bien aller. Après avoir été la révélation du festival Solidays un soir de l’été 2010, son groupe a été mis sur orbite et ne devrait pas s'en détourner, sauf accident industriel majeur. Victoire de la Musique du meilleur album rock l’an passé avec le disque Can be late (80.000 exemplaires vendus en France), Skip the Use a rencontré un succès populaire grâce à son rock électro dansant et à ses concerts diablement énergiques.

Des racines punk

Bien avant que ses tubes (Ghost, Cup of coffee, Nameless world...) n’occupent les ondes des radios pop-rock, la scène a en effet été le premier terrain de jeu de la formation venue de la banlieue de Lille. Skip the Use, qui s’appelait alors Carving, entraînait le public avec un ska-punk brut de décoffrage ou appelait – déjà en anglais dans le texte – à la "social rebellion". "On a fait plus de 5.000 concerts, joué pendant 16 ans, on a appris notre métier. C’est comme quand tu changes de bagnole, ce n’est pas pour autant que tu dois repasser le permis", résume aujourd’hui le chanteur à propos du groupe devenu Skip the Use en 2008.

Sur ses terres du nord de la France, "un carrefour à une heure de Paris, deux heures de Londres et une demi-heure de Bruxelles", Skip the Use apparaît désormais pour La Voix du Nord, le journal régional, comme le digne successeur des jeunes retraités de Marcel et son Orchestre. Il n’y a peut-être rien de commun musicalement entre la joyeuse bande reprenant tous les codes du carnaval et le groupe de rock à l’anglaise, mais les deux formations ont partagé les mêmes affiches, les mêmes scènes.

Du rock "populaire"

C’est peu dire que ces trois dernières années ont été celles de Skip the Use tant on aura vu le groupe partout et entendu parler de "son chanteur qui saute dans tous les sens". Bien dans la lignée de ce qu’il a fait jusqu’à présent, son troisième disque ne surprendra pas ceux qui ont déjà accroché à l’énergie communicative et résolument positive de Can be late. Little Armageddon est un album de rock sans prise de tête qui touche souvent au but en trois/quatre minutes et autant de refrains accrocheurs.

S’il revendique l’adjectif "populaire", Skip the Use mêle néanmoins l’héritage du punk hardcore (Black Flag, Antiflag, Leftöver Crack), des classiques du rock anglo-saxon (Blur, The Clash, Led Zeppelin, Motörhead, Rage Against the Machine) à des influences plus variées : reggae, disco, funk. "Certains titres sont fédérateurs, et comme beaucoup de gens nous ont découverts par le live, ils vont retrouver cette énergie, mais je crois que Skip the Use, c’est la possibilité de faire des choses très différentes dans un même album", avance Mat Bastard.

Un "projecteur" sur la société

Enregistré en compagnie du producteur Dimitri Tikovoi (Placebo, Goldfrapp, The Horrors…) et d’un ingénieur du son anglais, Little Armageddon a été conçu à Londres et à Bruxelles. Pour autant, ses chansons ne sont pas tout à fait détachées de la réalité politique et sociale française. Tandis que le titre 30 years "parle des gens qui se font virer après 30 ans de boîte dans les usines", Être heureux, l’unique ballade en français de l’album, évoque à mots couverts la montée du Front National de Marine Le Pen et la triste banalisation des idées racistes du parti d’extrême-droite.

"Il est beaucoup plus facile de montrer du doigt une couleur de peau, une sexualité ou un statut social que de se remettre en question, constate Mat Bastard. En tant que black aujourd’hui en France, oui, c’est difficile, et moi, en tant qu’enfant adopté, j’ai en plus cette double casquette, avec toutes les questions qui se sont posées sur l’adoption au moment du débat sur le mariage gay (…) Comme artistes, on n’a pas un rôle politique à jouer mais on peut mettre en lumière les choses, on est un projecteur."

Quand il sera à nouveau dans la lumière pour la prochaine tournée de Skip the Use, Mat Bastard promet en tout cas de continuer à "mettre ses tripes" sur scène. À ce moment, il pensera sans doute qu’il a toutes les raisons d’être heureux.

Skip the Use Little Armageddon (Polydor / Universal Music) 2014
Actuellement en tournée en France
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Site officiel de Skip the Use