Yann Tiersen, du rock vers l’infini

Yann Tiersen, du rock vers l’infini
Yann Tiersen © K. Rose

Étonnant Yann Tiersen qui se rappelle à nos bons souvenirs avec Infinity, un huitième disque en clair-obscur. Le multi-instrumentiste breton, qui avait dû dissiper bien des malentendus après le phénomène "Amélie Poulain", est parti dans les contrées de la noise puis du post-rock. Creusant désormais ce sillon d’une musique expérimentale, il nous raconte pourquoi il s’est tourné l’Angleterre et comment il a –toujours- mis de l’électronique dans ses violons.

RFI Musique : Pourquoi avoir choisi le nom d’Infinity pour ce disque ?
Yann Tiersen : C’est mon huitième album. Le huit, c’est le signe de l’infini, et il se trouve que ça correspond pas mal au processus de composition que j’ai utilisé pour ce disque. C’est-à-dire enregistrer des bases acoustiques, mais ne pas m’en servir telles quelles, les traiter, les modifier, pour créer de nouveaux morceaux, et ainsi de suite. C’était comme un processus infini où je revenais toujours sur les éléments pour les transformer.

Cela veut dire que vous avez utilisé une nouvelle manière de composer…
Non, non, ce n'est pas ça ! L’idée, c’était juste de me servir de choses enregistrées en live et d’un synthétiseur modulaire pour modifier électroniquement les sons de base. C’est comme faire un album de remixes de chansons qui n’existent pas et qui n’existeront jamais. Il fallait trouver des idées, mais les utiliser comme une matière sonore à modeler.

Travaillez-vous depuis longtemps sur l’électronique ou au contraire, est-ce assez nouveau ?
J’ai un projet parallèle qui s’appelle ESB avec Lionel Laquerrière et Thomas Poli (guitariste de Dominique A.- ndlr) où il n’y a que des synthés. Et moi, j’ai commencé par l’électronique en fait. Quand j’ai débuté la musique, j’étais "sound machine" et c’est par le sampleur que j’ai décidé d’utiliser un piano, des violons, un accordéon, etc. Et puis, dans mes derniers albums, il y a beaucoup d’électronique. Sur Skyline, le dernier morceau est fait à partir de samples pris dans tout l’album. C'est justement ce qui m’a donné l’idée d’appliquer ce principe sur un disque entier.

C’est la première fois aussi que vous utilisez le chant en breton sur le morceau Ar Maen Bihan. Pour quelles raisons ?
Ça se prêtait bien à cet album qui tourne autour du minéral, de la pierre. J’habite sur une île en Bretagne et je voulais qu’il y ait une chanson en breton, une chanson en féroïen, la langue des îles Féroé, et une autre en islandais. J’ai toujours été attiré par les langues anciennes – le breton est une langue plus ancienne que le français- et ma compagne a écrit ce texte. Il parle d’une maison et d'une pierre. Il y a un personnage qui prend la pierre et qui la remet à la base d'une autre pierre. C’est une boucle infinie, en réalité.

Ce disque évoque aussi les paysages de Bretagne : les falaises, les îles, l’océan…
Ce qui est certain, c’est qu’il ne sonne pas très urbain et après, la Bretagne, oui… J’ai enregistré une grande partie de cet album chez moi, à Ouessant, et une autre partie en Islande. Je suis parti dix jours à Reykjavik avec des jouets pour faire ces fameuses boucles acoustiques dont je ne me servirai pas telles quelles et je suis rentré (sourire). J’aime partir ailleurs pour le tout début d’un album, pour fixer quelque chose de nouveau et ne pas avoir la pression de se retrouver chez soi en se disant : "Ça y est, maintenant, je commence à écrire."

Vous êtes désormais signé sur le label anglais Mute (Depeche Mode, Nick Cave, Goldfrapp…) et la plus grande partie de votre tournée se fera à l’étranger, notamment aux États-Unis. Pourquoi ?

Parce que c’est là qu’on nous demande et c’est là aussi qu’est le public. C’est aussi simple que ça…(agacé)

Mais vous avez l’impression qu’on ne vous comprend pas en France ?
Pas du tout ! Je pense plutôt qu’on fonctionne désormais comme un groupe international et si je tourne moins qu’avant ici, on ne fait pas moins de concerts en France qu’en Allemagne. Le problème en France n’est pas le public, c’est que dans le métier, les gens ont tendance à ne penser qu’à la France, ce qui est plutôt un handicap. Il n’y a que les Français qui font ça !

Infinity a un son très particulier, c’est un disque assez expérimental. Si on reprend votre trajectoire, on a l’impression que vous n’avez jamais cessé de changer de voie, de prendre des risques…
Il n’y a pas une plus grande prise de risques au fil du temps, il y a que la musique, c’est un peu ma vie, c’est quelque chose dont j’ai besoin. Je prends énormément de plaisir à faire ma musique. Donc je veux toujours être aussi enthousiaste. J’ai besoin que les choses évoluent et de redevenir comme au premier jour. C’est ce qui se passe tout le temps ! Là où j’ai pris du plaisir sur ce disque, là où il s’est vraiment passé quelque chose, c’est lorsque j’étais derrière mon ordinateur ou avec mon synthétiseur modulaire, pas derrière mon instrument.

Yann Tiersen Infinity (Mute) 2014
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