Laetitia Shériff ou le chemin des étoiles

Laetitia Shériff ou le chemin des étoiles
Laetitia Shériff © Yoann Buffeteau

Depuis une bonne décennie, Laetitia Shériff trace en toute discrétion, une route singulière… Après six ans de relatif silence discographique, elle revient avec son troisième disque, Pandémonium, solace and stars, pour lequel elle s’est plongée dans les films et la littérature de science-fiction. Elle nous parle de ce voyage au cœur de la nature humaine et des heureuses rencontres qui sont allées avec.

Ce lundi matin ensoleillé, elle arrive avec une guitare acoustique sur le dos et un grand sourire qui finalement ne contrastera pas avec son propos. "Je crois comprendre un truc dans le titre de mon album : en fait, c’est comme une journée qui commencerait mal et qui se finirait bien. On pourrait se dire : ‘La vie est pourrie’. Mais je pense qu’il faut savoir observer les choses un peu plus heureuses. Au départ, je voulais partir des étoiles et aller vers les portes de l’enfer, mais j’ai préféré le parcours inverse." Soit frapper à la porte de l’enfer, Pandémonium, trouver l’apaisement, Solace, et se tourner vers ce qui nous dépasse…

Pour son troisième album en une bonne décennie de rock, la discrète Laetitia Shériff a donc choisi le chemin des étoiles comme la seule voie imaginable. Pendant six années durant lesquelles elle a multiplié des projets et s’est nourrie de science-fiction, la chanteuse a laissé venir à elle des nouvelles chansons qui parlent de cette "nature humaine" qui la fascine. "En allant chercher l’inspiration dans des sociétés futures inventées par d’autres, j’ai essayé de comprendre pourquoi le monde tournait mal. C’était à cause de qui ? À cause de quoi ?", résume-t-elle.

Du rock et des guitares

L’homme dans toute sa chair, des mondes parallèles qui vont comme ils peuvent, et au centre, une fille bien inspirée… Dans la lignée du rock des années 1990 (PJ Harvey, Nick Cave, Sonic Youth), Laetitia Shériff écrit des histoires qui trouvent une continuité dans des tempêtes de guitares et les relâchements. À ce sujet, elle précise : "J’avais besoin de choses soniques. Cela peut paraître abstrait comme ça, mais j’imagine très bien ce son-là être l’équivalent d’une mini-révolte, l’aspect distordu peut remplacer tous les mots, ce côté sombre. Cela dit, je me connais maintenant, je préfère aller vers la lumière… "

Au même titre que sa voix fêlée alternant entre le grave et des aigus animaux, ces guitares rugissantes se sont retrouvées au cœur du processus de création. Suite au désistement de son vieux complice, le guitariste Olivier Mellano, la chanteuse a dû enregistrer elle-même toutes ses parties et découvert le fait d’être partout à la fois.

Elle en rit aujourd’hui, en enchaînant cigarette sur cigarette : "J’ai pris de bonnes leçons d’humilité. Il faut avoir cela en soi en permanence, ne pas douter et au moment des prises, aller du début jusqu’à la fin de l’histoire. Comme je suis autodidacte, ça marche à l’énergie, je dois attendre le bon moment pour y passer."

Des rencontres et une histoire de fidélité

Toujours très bien entourée, cette fille du nord de la France installée depuis quelques années à Rennes, en Bretagne, a quand même pu compter sur la présence de bons camarades : le batteur d’Eiffel, Nicolas Couret, la multi-instrumentiste du duo Mansfield Tya, Carla Pallone, et surtout Thomas Poli. Orfèvre du son, homme de l’ombre idéal, vu entre autres chez Dominique A, le musicien a réalisé cet album à la maison et pris une place plus importante encore au côté de miss Shériff.

"Il y a quelques années, il m’a proposé d’enregistrer des morceaux à la guitare baryton, à la chapelle Saint-Jacques de Vendôme. On a enregistré cette session qu’on a sortie en 250 exemplaires dans une édition vinyl très limitée et ça a été les prémices de son label, Impersonal freedom. Dans la foulée, je suis repartie toute seule sur la route et ça a déclenché quelque chose. L’idée d’enregistrer ensemble n’est pas venue tout de suite. J’aime bien me fidéliser aux gens… Thomas est quelqu’un de très respectueux, il n’essaie jamais de vous imposer ce qu’il a en tête, il est d’une patience d’incroyable. La relation que j’ai avec lui pour l’enregistrement, c’est celle d’une grande confiance."

D’une décennie à l’autre, d’une rencontre à d’autres tout aussi déterminantes, celle qu’on découvrait voici dix ans en jeune femme timide au milieu d’un concert de filles qui font du rock, s’est bien affirmée. Elle n’a pas eu tort de regarder vers les étoiles, loin de là…

Laetitia Shériff Pandemonium, solace and stars (Impersonal freedom/Yotanka) 2014
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