La ville en Zone Libre

La ville en Zone Libre
Zone Libre. © Ced Forban

Il continue son chemin à l'écart des sillons creusés par une industrie musicale dont il s'est affranchi. Avec Zone Libre, son groupe à géométrie variable, Serge Teyssot-Gay explore le rap/rock et les banlieues par le versant positif. Le guitariste qui a été le "son" et une bonne partie de la conscience politique de Noir Désir évoque son tout nouveau PolyUrbaine.

Quand on l'avait quitté il y a deux ans, Serge Teyssot-Gay était au troisième jour d'Interzone, le duo qu'il forme avec le joueur d'oud syrien Khaled Al Jaramani. Il cherchait alors "une ouverture maximum" dans sa musique. Les années se sont écoulées, durant lesquelles il a eu mille et un projets, et elles ont confirmé que le guitariste est désormais libéré des contraintes qui pesaient sur lui, au temps où Noir Désir était le plus grand groupe de rock en France.

"Dans le monde de la musique, les majors tuent littéralement l'espace qui est dédié à la diversité musicale et c'est super grave, attaque-t-il. Forcément, je m'oppose à ça parce que je défends 'une musique qui est à vivre, pas à vendre', comme le disait Bernard Lubat. 80 % de ma musique est improvisée. L'industrie attend des artistes qu'ils se vendent comme des produits, qu'ils fassent des shows. On est loin d'une création libre."
 
La voix est douce, il y a de grands éclats de rire qui viennent en contrepoint des silences, mais le discours est remonté contre un "monde marchand, ultralibéral" dont il s'est affranchi en créant notamment son label indépendant, Intervalle Triton. Côté musique, "Sergio" l'assure, cela fait belle lurette qu'il n'a pas pensé à refaire de "la chanson", ce qu'il faut comprendre par du rock, tout court.
 
Zone Libre, sur le front du rap/rock
 
Avec son groupe à géométrie variable, Zone Libre, s'est volontairement exilé "ailleurs" et c'est l'expérimental qui a pris le dessus. Déjà périodiquement rejoints par des rappeurs auparavant, le collectif a confié cette fois-ci son flow à Marc Nammour de La Canaille et à l'Américain Mike Ladd, deux rappeurs qui gravitaient depuis un moment dans son orbite.
 

"J'ai pensé à Marc (Nammour) par rapport à Mike (Ladd), et inversement, parce que je trouvais intéressant de les réunir sans qu'ils se connaissent. Marc, c'est quelqu'un qui travaille beaucoup ses textes, qui est précis. Il me donne l'impression de planter ses mots sur la musique. Mike, au contraire, vient de la musique orale, du free-style, c'est un improvisateur comme il y en a peu à ce niveau-là, capable de créer en temps réel avec les mots", précise le guitariste.

 
Zone Libre, qui a parcouru ces dernières années la France au rythme de ses improvisations et d'une (re)lecture magistrale du Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire a retrouvé pour PolyUrbaine son mélange rap/rock. Explications : "Ce projet part de l'observation que j'ai pu faire des gens qui habitent en périphérie des centres-villes et de l'énergie que ces gens développent chaque jour pour se confronter à leur quotidien, pour exister".
 
Une énergie positive, "qui va dans le sens de la vie"

On y parle des mères, ces "montagnes", des ouvriers "du bout de la chaîne" et de banlieues comme on n'a pas l'habitude d'en entendre dans le hip hop. Les attaques à la gorge de la rappeuse Casey et la noirceur sans échappatoire des Contes du chaos (2011) ont été remplacées par "une énergie qui va dans le sens de la vie". Les polyrythmies, évoquant les musiques d'Afrique de l'Ouest, trouvent des mesures à 5, 6 ou 10 temps.
 
"La ville, c'est un écosystème en évolution permanente. Il y a une énergie créatrice folle, et j'ai voulu rendre compte de la sensation que j'en ai. L'aspect polyrythmique, c'est le déplacement des gens dans les rues, des personnes qui viennent de partout. L'afro-beat, je ne l'avais jamais fait remonter dans ma musique, mais j'en ai beaucoup écouté. Et puis, c'est toute l'Afrique en exil qu'on retrouve ici."
 
Né sur scène à l'occasion d'une carte blanche proposée par le festival Beauregard à l'été 2014, PolyUrbaine devrait avoir plusieurs vies. Une version instrumentale verra le jour avec le cornettiste Médéric Collignon et le saxophoniste Akosh Szelevényi puis, le noyau dur de Zone Libre -Serge Teyssot-Gay et son alter ego, le batteur, Cyril Bilbeaud- sera rejoint par le duo de rappeurs et les jazzmen pour une nouvelle création. Tout cela, avant de parcourir les banlieues en camion / scène. 
 
Avec son PolyUrbaine et ses aventures passionnantes, Serge Teyssot-Gay n'est pas près de laisser (le) béton.
 


Zone libre PolyUrbaine (Intervalle Triton / L'Autre distribution) 2015

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En concert à la Maroquinerie le 2 décembre à Paris