Le petit tour d’Eiffel

Le petit tour d’Eiffel
© B. Brun

En septembre prochain, Eiffel sortira son cinquième album, Foule monstre. Le groupe, qui semble désormais apaisé et serein, présente ses nouvelles chansons à l’occasion d’une tournée dans les petites salles. Nous étions à Toulouse pour prendre l’ambiance sur scène au soir de ce retour.

Les murs ne respirent pas et dans la petite salle, plus personne n’arrive à passer. Il est presque neuf heures du soir ce jeudi et la sainte vierge qui domine la Dynamo, un club du centre-ville de Toulouse, sortirait presque de son silence : les mamans grondent la foule au moindre écart, les papas retrouvent l’adolescence et les adolescents eux ne laissent rien de l’instant.

Pour le premier concert d’une tournée qui le mènera durant tout le mois de mai dans des petites salles françaises, le groupe Eiffel n’a pas eu beaucoup de mal à afficher complet, ni à déplacer les ahuris, ces fidèles qui le suivent depuis ses débuts.  
 
"On n’a pas voulu mettre nos capes et nos costumes, ni vous présenter de façon prétentieuse l’album d’Eiffel. Ce soir, ce n’est pas un concert classique. On va vous jouer les nouveaux morceaux et quelques anciens aussi dans un set très court, très resserré. Et puis on va vous faire écouter les morceaux du nouvel album. En gros, vous allez écouter deux fois les nouveaux morceaux puisque vous allez écouter les titres qu’on vous aura déjà joués. Ensuite, on passera dans la salle pour en discuter avec vous", explique Romain Humeau, le chanteur d’Eiffel dès son entrée sur scène.
 
Après le succès de son dernier album, A tout moment, et celui de la tournée qui a suivi, cernée "par la mort de proches", Eiffel a pris d’autres dimensions et cela a apporté des changements flagrants. Alors que son cinquième album, Foule monstre, n’est pas tout à fait terminé, le groupe en  présente une bonne moitié à son public.
 

"Se faire peur avec les machines"

Pour ce nouveau disque, Eiffel a souhaité, selon les mots de son chanteur, "laisser derrière ce qui a été fait" et "tout reprendre à zéro". L’enregistrement de l’album a donc commencé en juin 2011 pour se prolonger notamment en Angleterre.
 
Romain Humeau constate : "On ne voulait pas enfoncer le même clou, alors on a mis des claviers partout, de la boom machine, des vocodeurs, des trucs qu’on n’attendait pas là. Il y a toujours des guitares,  de la basse et de la batterie, j’aime toujours ça, mais on a voulu se faire peur avec les machines."
 
À l’écoute de ces chansons sur scène, le premier single de Foule monstre, Place de mon cœur, est en effet celui qui se rapproche le plus des précédentes expériences d’Eiffel. Les autres titres semblent plus dépouillés, tournant autour de sons synthétiques. Eiffel, qui a longtemps souffert de la comparaison avec le grand frère de Bordeaux Noir Désir, semble aujourd’hui mieux à même d’affirmer ses différences.
 
Alec Eiffel, le titre des Pixies qui a donné son nom au groupe résonne toujours entre les lignes de guitare. "Avant d’aimer le rock, on aime la musique en général. Moi, j’adore la pop, les Beatles et en ce moment, je suis à fond sur Gorillaz", rappelle Romain Humeau, qui vante dans son carnet de bord les qualités du leader -génial- de Blur et de Gorillaz, Damon Albarn. 
 

Petite tournée entre amis

Jeudi soir, sur la scène de la Dynamo de Toulouse, le concert d’Eiffel aura cependant été à des années lumières des performances graphiques de Gorillaz. Il y avait simplement un groupe soudé autour de son noyau de quatre personnes, un clavier additionnel qui prenait la place de deux et du bon rock français. "Nous ne sommes qu’à 10 % de ce qu’on pourra voir en septembre", a prévenu Romain Humeau. 
 
Eiffel a également joué ses anciens morceaux dont certains ont été revus quasiment à la manière de Dépêche Mode et terminé sur Hype, un rappel de ses débuts. Une bonne demi-heure après, Romain Humeau et les membres d’Eiffel pouvaient donc descendre des loges pour une discussion qui prenait l’allure d’une séance de photos souvenirs.
 
À ce moment-là, dans la petite salle de 200 ou 300 personnes dont les murs reprenaient enfin leur souffle, sans doute qu’Eiffel avait déjà gagné le pari de cette petite tournée entre amis. Pour les foules monstres, ce pourrait être demain.
                                                                                 
Eiffel en concert le 11 mai au Poste à Galène à Marseille, le 12 mai au Club de la Coopé à Clermont-Ferrand, le 15 mai au Ferrailleur à Nantes et en tournée.