Koffi Olomidé, magicien à la scène comme à la ville

Koffi Olomidé, magicien à la scène comme à la ville
Le chanteur congolais Koffi Olomidé et son groupe Quartier Latin international, à Dakar, le 30 avril 2005. © AFP

Musique, sexe, et politique : le cocktail est détonnant, idéal pour faire naître et alimenter une polémique dont Koffi Olomidé, habitué du genre, est au centre. Cible des militants anti-Kabila qui auraient piraté son album Abracadabra en devançant sa sortie, la star congolaise est aussi au cœur d’une affaire de viols devant la justice française. Mais s’est-il vraiment présenté devant le tribunal de Nanterre en février comme il l’affirme ?

A tous les glorieux surnoms dont il est affublé et qu’il porte telles des médailles prouvant sa valeur au combat, le Congolais Koffi Olomidé pourrait en rajouter un autre : celui de “Grand Stratège de la communication”, qui ne dénoterait pas avec “le roi du Tcha Tcho” et autre “Grand Mopao”. Au pays où la musique semble avoir toujours exacerbé les passions depuis plus d’un demi-siècle, l’homme sait entretenir le suspens, cultiver l’attente de son public pour le tenir en haleine, laissant filtrer les vraies-fausses informations ça et là. Elles ont aussi pour objectif de le maintenir visible sur la scène nationale, à défaut de pouvoir voyager en toute liberté hors du Congo sans restreindre ses destinations, en raison de quelques démêlés judiciaires.

Album piraté


La concurrence est rude, quoi qu’en dise le patron de l’orchestre Quartier Latin, premier groupe africain à avoir rempli le Palais Omnisports de Paris-Bercy en 2000. Et l’actualité des derniers mois a montré qu’il ne maîtrisait pas tous les paramètres. Il vient d’en faire l’amère expérience avec l’album Abracadabra, piraté avant sa sortie, au grand dam du producteur Diego Music. L’affaire a pris une dimension singulière, sortant du champ musical pour se situer sur le terrain politique, lorsque des militants anti-Kabila réunis sous le nom de Combattants ont été désignés comme responsables de ce forfait.

Depuis le milieu de l’année 2010, le chanteur et son entourage avaient commencé à évoquer publiquement le nouveau chantier discographique sur lequel ils travaillaient. Des propos rapidement illustrés par un premier single, un clip, une bande-annonce, afin de laisser entendre que le produit serait bientôt sur le marché. La chanteuse Rihanna aurait été contactée pour un duo ? Rien de si invraisemblable : la star sénégalaise Youssou N’Dour avait bien participé au double album commercialisé par Koffi Olomidé en 2008. Au final, après plusieurs reports de la sortie décalée presque d’un an, pas de trace de l’Américano-Barbadienne. La principale présence féminine au micro est assurée par la nouvelle protégée, Cyndi Le Cœur, décidemment jamais bien loin de ce qu’entreprend Koffi.

Avec ce sens de l’exagération habituel qui participe de l’ambiance, Abracadabra était qualifié d’“album de la décennie”. Sans se distinguer sur le plan de la créativité, ces 20 chansons qui prennent leur temps et remplissent les deux CD, soit deux heures et demi de musique, témoignent d’un évident savoir-faire. Ne serait-ce qu’en matière de libanga, ces dédicaces qui se greffent aux paroles. Les mauvaises langues diront que certaines chansons sont plutôt des listes de noms avec des morceaux de musique dedans, mais la pratique est devenue plus que courante à Kinshasa et parfois beaucoup plus dérangeante qu’ici – à croire que l’oreille s’habitue à cette incongruité ! Dans son rôle de Julio Iglesias africain, Koffi ne manque pas de ressources mais parfois cède à la facilité en termes d’instrumentation et d’orchestration, réduites parfois au strict minimum.

Démêlés judiciaires

Le parfum de scandale qui entoure Abracadabra tient moins à la valeur artistique, réelle ou fantasmée, de son concepteur qu’à la position que celui-ci occupe aujourd’hui dans la société congolaise. Les Combattants, ce collectif d’opposants au président Kabila, lui reprochent de soutenir le régime en place. Et au cours des dernières années, leurs membres installés en France s’en sont pris aux intérêts d’artistes qu’ils montrent du doigt pour des motifs identiques : Papa Wemba et Werrason en ont fait les frais, concert annulé à Paris ; Fally Ipupa, programmé également dans la capitale au Zénith, a joué devant une salle quasi vide.

Ces activistes sont-ils directement impliqués dans le piratage d’Abracadabra ou s’agit-il d’un cas plus banal, comme l’histoire de la musique (africaine, entre autres) en a tant compté depuis l’époque des cassettes ? Koffi, en tout cas, n’a pas manqué d’instrumentaliser la situation : mis en examen par la justice française le 13 février pour viols et séquestration après les plaintes de trois danseuses et chanteuses de son orchestre, le chanteur n’a pu être placé en détention provisoire car il affirme avoir quitté précipitamment Paris pour revenir dans son pays afin de se soustraire aux menaces des Combattants.

Si son avocat affirme que l’artiste s’est bien rendu en France et présenté devant le juge d’instruction, d’autres pointent le caractère peu crédible d’un tel scénario rocambolesque. Et assurent que l’intéressé aurait été forcement reconnu à l’aéroport de Kinshasa à son départ, puis attendu dès son arrivée par les Combattants, parfaitement organisés et informés. Ce qui n’a pas été le cas. L’auteur d’Abracadabra aurait-il réalisé son plus grand numéro d’illusionniste ?

Koffi Olomidé Abracadabra (Diego Music / Cantos) 2012