L'envolée de Seun Kuti

Seun Kuti sur scène © C Flanigan / Getty images

A l’heure où paraît une nouvelle fournée de rétrospectives et d'anthologies du son nigérian, sort Many Things, premier opus de Seun Kuti, un des fils du célébrissime Fela. De passage à Paris avec plus d’une quinzaine de jours de retard, du fait de l’obtention difficile d’un indispensable visa, le fils du créateur de l’afro-beat nous parle en toute simplicité de lui, de sa musique et de ses combats.

Attendu, ce premier disque de Seun (prononcez Shéhoun) Kuti a juste été précédé par un maxi. Pourtant Seun, à tout juste 25 ans, peut se targuer d’une carrière musicale à faire rougir d’envie tous les baby-stars et autres rejetons de célébrités. Habitué dès son plus jeune âge à hanter les loges des concerts de son illustre paternel et à côtoyer ses musiciens, il intègre très tôt l’Egypt 80, band du père au sein duquel chantait et dansait Fehintola, sa mère. C’est lui qui, en 1997, à la mort de Fela, prend la direction de la formation paternelle. C’est donc naturellement avec l’Egypt 80 que le benjamin des trois fils du chantre nigérian a peaufiné son propre répertoire au Shrine, le club familial de Lagos, ou sur les scènes du monde entier, avant d’entrer en studio accompagné de la troupe.

"C’est le meilleur groupe au monde", clame-t-il avec une innocence et une spontanéité non feintes. "L’Egypt 80, c’est une famille. Les musiciens se côtoient depuis si longtemps (plus de 25 ans pour certains, ndlr) : ils ont forcément des habitudes de travail, des réflexes et un son qui leur sont propres. Je ne me suis posé aucune question. Dites-moi, pourquoi j’aurais été voir ailleurs, alors que j’ai les meilleurs? » Seun Kuti n’a pas tort. D’autant que l’ensemble - qui doit son nom aux écrits du penseur Cheick Anta Diop (le même qui inspira IAM à leur début) - a tout de même légèrement évolué depuis l’époque des shows tonitruants de Fela. Baba Ani par exemple, le baryton de la tribu des saxos : il ne taquine plus les clés dorées de son instrument, devenu trop lourd, mais les touches noires et blanches d’un clavier. Comme d'autres anciens, il est pourtant toujours resté là, à plus de 70 ans. Des plus jeunes, comme la section rythmique composée du bassiste Kayodé Kuti (sans lien de parenté) et du batteur Ajayi Adebiyi, ont rejoint la dream team de l’afro-beat.

Même orchestre, même producteur

A l’inverse du jeu des 7 erreurs, Seun cultive avec son père plus d’une ressemblance. Au point de s’affubler lui aussi en deuxième position du prénom d’Anikulapo, qui signifie "j’ai la mort dans mon carquois". Même physionomie de guépard quand il arpente la scène, même verve revendicatrice quand il harangue la foule et même producteur en la personne de Martin Meissonnier. Personnage central de l’aventure Fela, Martin Meissonnier est également au centre de cette nouvelle équipée et de ce premier album. "Martin, en fait, je ne l'ai connu qu'il y a six ans, donc bien après la mort de mon père. Je sais le rôle qu'il a eu, je connais son travail. Ce n’est pas comme avec l’orchestre où il y a une sorte de continuité. Là, c’est lui qui est venu me voir. Il avait envie de collaborer. J’ai bien réfléchi et me suis dit que, si je devais travailler avec un producteur, ça pouvait bien être lui."

Ces similarités, ces ressemblances, ne doivent pas estomper la véritable personnalité de Seun. Le fils ne disparaît pas derrière le souvenir ombré de son père, dont il sait très bien qu’il plane encore sur le monde entier : "Si l’afro-beat a une reconnaissance planétaire aujourd’hui, c’est parce que l’audience de Fela était planétaire !" Comme quelques jeunes pousses (Massak, Kokolo…), Seun, tout en défendant les élucubrations rythmiques élaborés par Fela et ses amis, dessine quelques embardées annonciatrices d’un son personnel en cours d’affirmation. Le travail sur le temps est l'une des grandes leçons de l’afro-beat.

Seun parle avec humilité de son chemin : "L’afro-beat n’est pas une dynastie. Je dois faire ma place. Je ne suis pas un leader", affirme-t-il, laissant presque glisser dans sa respiration un "pas encore". "Ce sont les autres qui sont bons", répète-t-il en songeant aux musiciens et au producteur qui l’accompagnent. Son seul mérite serait alors de continuer l’œuvre de son père, pas parce que c’est son père, mais plutôt parce que cette musique et ces mots sont nécessaires au Nigeria, nécessaires à l’Afrique, nécessaires au Monde. "Si tu ne vois pas la vérité, tu es aveugle", lâche-t-il le regard droit.

Seun Kuti Many Things (Tôt ou Tard) 2008
Seun Kuti et Egypt 80 seront en concert au Bataclan, à Paris, le 26 mai 2008.

Le son nigérian est à l'honneur sur une série de compilations : Compilation Nigeria 70 Lagos Jump (Strut Records/ !K7/PIAS) 2008 Compilation Nigeria Special! Modern Highlife, Afro-Sounds & Nigerian Blues 1970-6 (Soundway/Nocturne) 2008 Compilation Nigeria Disco Funk Special : The Sound of The Underground Lagos Dancefloor 1974-1979 (Sound Way Records/Nocturne) 2008 Compilation Nigeria Rock Special : Psychedelic Afro-rock & Fuzz Funk in 1970s Nigeria (Sound Way Records/Nocturne) 2008