Fela remodelé par Leeroy

Le rappeur Leeroy revisite le répertoire de Fela Kuti avec l'album "Fela is the future". © ADE

Avec un profond respect pour la nature même de la musique de Fela, et avec un état d’esprit audacieux qui sert son propos, le rappeur franco-marocain Leeroy s’empare d’une douzaine de chansons du roi de l’afrobeat pour les revisiter sur Fela Is The Future et les confier à des interprètes de valeur, comme Femi et Seun Kuti, Féfé ou encore Nneka.

Partir à l’assaut d’une montagne a toujours un air de challenge. Mais sur le plan artistique, trop préparer ce genre d’expédition peut se transformer en handicap : l’instinct a du bon et il faut savoir le préserver pour donner in fine à sa démarche une forme de fraicheur. Leeroy en avait parfaitement conscience. Déjà auteur d’aventures hors des sentiers battus avec les projets Bollywood Trip et African Trip, ce membre originel du Saian Supa Crew et beatboxer réputé a fait attention à ne pas se perdre en circonvolutions stériles pour rendre hommage – à sa façon – au Nigérian Fela.

En même temps qu’il se plongeait dans l’œuvre du monstre sacré de l’afrobeat pour se l’approprier, il repérait les éléments sur lesquels il pourrait s’appuyer dans son entreprise de relecture. D’abord, pour faire plus court ! Sur les 33 tours enregistrés par Fela, rarement plus de quatre morceaux, parfois même seulement deux… Il a donc fallu réduire de façon conséquente des titres phares tels que Go Slow ou Opposite People qui passent de 17 à 4 minutes !

De cet exercice périlleux, le Franco-marocain se sort admirablement : il a gardé l’essence de ces chansons atypiques, a mis l’accent sur l’énergie, a opéré un rapprochement avec sa culture urbaine, rappelant à certains égards la formule trouvée par le rappeur américano-ghanéen Blitz The Ambassador avec le highlife cuivré de son pays d’origine.

Les gardiens du temple Fela objecteront certainement, et à raison, que l’on a perdu en chemin une partie de ce qui faisait la richesse de la musique du "Black President", à l’image des reproches faits à Stephen Marley lorsqu’il avait actualisé les grands succès de son père Bob avec des pointures du rap et du R&B américain, sur l’album Chant Down Babylon en 1999.

Leeroy, qui s’est essentiellement concentré sur le rôle de réalisateur de Leeroy presents Fela is the future, a lui aussi invité nombre d’artistes à la fête : Seun Kuti et son frère ainé Femi qui apportent une indéniable caution, leur compatriote Nneka, la jeune allemande d'origine tchadienne Noraa (produite par le reggaeman d'outre Rhin Patrice), ou encore le chanteur et comédien sud-africain Nakhane Touré (en hommage à Ali Farka Touré) qui aura carte blanche aux prochaines Transmusicales de Rennes et a récemment été attaqué avec violence dans son pays pour son rôle dans le film Les Initiés. Sans oublier le Franco-Nigérian Féfé, complice du Saian Supa Crew, qui a fait découvrir la star de Lagos à Leeroy au début des années 2000. Tout en gardant sa propre identité, chacun se met au service d’une chanson qui le dépasse. Le répertoire de Fela ne lui appartient plus exclusivement, signe de son ancrage dans le temps et dans les esprits, 20 ans après la disparition de cet artiste haut en couleurs. Qui s’en plaindrait ?

Leeroy Leeroy presents Fela is the future (BMG) 2017

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