D'Gary

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Passeport artiste
22/10/1961
Antananarivo (Madagascar)
Pays:  Madagascar
Langue:  Malgache
Qualité:  Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Musique du monde

"Un guitariste monstre" a dit au sujet de D’Gary, le producteur américain David Lindley, coresponsable de la compilation en deux volumes "A World Out Of Time" qui fait référence en matière de musique malgache. Si l’expression est forte, comment retenir ses mots pour décrire cet artiste au jeu unique que les amateurs de guitare regardent comme un magicien ?

Biographie: 

D’Gary, de son vrai nom Ernest Randrianasolo, naît le 22 octobre 1961 à Antananarivo, la capitale de Madagascar. Il appartient à l’ethnie des Bara, ces gardiens de zébus qui parcouraient les vastes plaines du centre-sud de la Grande Ile avec leurs troupeaux. À huit ans, il déménage à Tuléar, au sud-est, où son père gendarme a été muté. Quand son frère aîné, bassiste dans un groupe, termine ses répétitions, il s’amuse avec la guitare avant de s’en fabriquer une de façon artisanale à treize ans. Il joue chez ses copains de classe ou quand il est seul chez lui, imitant le tsapiky, ce rythme devenu aujourd’hui la marque musicale du Sud malgache mais qui en était alors à ses balbutiements.

En 1978, son père meurt un mois à peine après avoir pris sa retraite. Entre-temps, la famille est retournée vivre sur ses terres d’origine, à Betroka. Lors des funérailles, les musiciens les plus réputés, payés en zébus, sont invités à jouer. Pendant le havoria, dernière phase des cérémonies selon la coutume Bara, D’Gary écoute les femmes chanter et pleurer et remarque que leurs pleurs reprennent les mélodies des chansons traditionnelles, mais pas la rythmique. C’est la première fois qu’il est confronté à la culture de ses ancêtres et cet instant le marque en profondeur, agit comme un révélateur. Une vie difficile commence pour cette famille de neuf enfants qui continue d’habiter cette petite sous-préfecture du sud de la Grande Ile.

Premier groupe

Grâce à copain de classe qui l’a entraîné chez lui, D’Gary découvre la guitare électrique et l’essaie, sans la brancher. Il connaît seulement le tsapiky qu’il a apporté avec lui de Tuléar mais son ami lui apprend quelques accords et décide de l’emmener à un mariage pour qu’il joue lors du bal en plein air. Le jeune guitariste n’apprécie pas les autres musiciens et se lance seul au rythme du tsapiky. Sa prestation en fait immédiatement une vedette locale, on vient le chercher pour faire partie du groupe en vue à Betroka.

En 1979, une proposition de Discomad, la seule maison de disques qui en soit vraiment une et qui s’appelle aujourd’hui Mars, les fait venir à Antananarivo pour un 45 tours. D’Gary n’a jamais envisagé de faire de la musique son métier mais il faut qu’il aide un tant soit peu sa famille et en se rendant dans la capitale, il pourra s’occuper de la pension de sa mère. Une opportunité en amène une autre. Au cours de ce déplacement, il rencontre le leader de Feon’ala, une formation populaire dans tout le pays, et en devient le guitariste.

Lorsqu’il part pour de longues tournées dans les provinces malgaches, D’Gary, qui ne possède pas d’instrument, en a enfin un sous la main et s’en donne à cœur joie pour essayer toutes sortes de styles. La cérémonie du havoria lui est revenue en pleine tête et il cherche à la transposer sur ses cordes. Quand il est de passage à Antananarivo, il habite chez Régis Gizavo - l’accordéoniste du groupe corse I Muvrini qui mène parallèlement une carrière solo - qu’il a connu des années plus tôt à Tulear. Il poursuit ses recherches musicales seul dans sa chambre, se cachant comme un explorateur qui aurait peur de se faire prendre le trésor qu’il vient de trouver.

Rencontre importante

Après plusieurs années avec Feon’ala, D’Gary devient un musicien mercenaire, passant les journées de 1985 à attendre au portail du studio de Discomad qu’on fasse appel à ses services, aussi bien comme guitariste lead ou rythmique que comme bassiste. L’année suivante, il part sur la côte est à Maroansetra pour jouer dans les bals-poussière, ces fêtes qui se déroulent dans les villages et durent jusqu’au matin. Six mois plus tard, il embarque pour Tamatave, le principal port de Madagascar, à quelques centaines de kilomètres de là. A son arrivée, il vient à peine de sortir du bateau que quelqu’un l’interpelle : c’est Dida, un homme influent et respecté dans le monde de la musique malgache.

Six ans plus tôt, en 1981, dans le club de jazz de son frère à Antananarivo, il avait surpris D’Gary qui se livrait en catimini à ses expérimentations en attendant l’heure prévue d’une répétition. Il n’a pas oublié ce qu’il a entendu et convainc le musicien de rester avec lui le temps qu’il souhaite, d’abandonner ses activités de mercenaire pour se concentrer sur son propre style et le développer. Il prend soin de lui, le loge, le nourrit, lui prête une guitare. D’Gary retourne dans sa famille en 1988 mais remonte vite chez son sauveur-mécène où il rencontre l’année suivante, un des responsables du CGM, le Centre Germano-Malgache d’Antananarivo, très actif sur le plan musical. On lui propose de venir enregistrer deux morceaux mais à l’écoute de son jeu, le patron de la maison de disques Mars le pousse à faire un album qui sort sous le nom de "Garry" et dont plusieurs morceaux figurent sur la compilation "Musiques de Madagascar" parue en France en 1992.

1989 : Iraky Ny Vavarano

Au CGM, D’Gary est occupé à temps plein. En 1989, il monte son groupe Iraky Ny Vavarano, un trio chant-guitare-percussions avec lequel il fait des maquettes. Son nom commence à se faire entendre dans les médias, il fait ses premiers passages télé. Au cours d’une tournée dans le nord de l’île en 1991 avec Feon’ala qu’il a rejoint pour l’occasion, il reçoit un message lui demandant de rentrer d’urgence à Antananarivo car on l’attend au studio Mars. Deux Américains, David Lindley et Henry Kaiser, ont entendu parler de lui et veulent absolument l’enregistrer. En une heure, il joue treize morceaux de suite et boucle ainsi son premier album international "Malgasy Guitar, The Music From Madagascar" (Shanachie).  

Son style a de quoi déconcerter : on jurerait qu’il y a au moins deux guitaristes alors qu’il est seul. Cette impression découle en partie de son goût pour les open tunings, les nombreux déréglages qui font sa particularité sur le plan technique et dont il garde précieusement le secret, fruit de ses longues années de recherche. La pratique du déréglage n’est pas nouvelle, elle existe dans le tsapiky qui a nourri D’Gary, à échelle toutefois plus réduite puisqu’une seule corde est modifiée. Certains considèrent que le guitariste tente de reproduire le son du marovany, une cithare sur caisse faisant partie des instruments traditionnels de Madagascar, mais il faudrait plutôt chercher du côté du lokanga, le violon traditionnel des Bara, et de la cérémonie du havoria.

Succès internationaux

En 1993, il est invité en Louisiane au festival de Lafayette. Lindley et Kaiser saisissent l’occasion pour le forcer à faire sur place un nouvel album avec Dama, le leader de Mahaleo, groupe pop malgache très en vogue. D’Gary, qui n’a même pas été autorisé à écouter les morceaux après son passage en studio, garde de "Dama & D’Gary" un très mauvais souvenir. L’année suivante, il forme son nouveau groupe Jihé et enregistre en France, de son plein gré et dans des conditions bien meilleures, "Horombe". Il devient l’artiste malgache le plus demandé sur le circuit international, de la Norvège ou l’Allemagne à la Tasmanie, en passant par le Niger, le Cameroun, l’Afrique du Sud et les grands festivals comme le MASA d’Abidjan en 1995, le Womad à Singapour en 2001.

Sur "Mbo Loza" en 1997, la formation est réduite à un trio guitare-percussions-voix et c’est Rataza, danseuse irrésistible, qui prend le rôle de chanteuse principale. D’Gary commence à se faire entendre timidement, il n’a pas encore confiance en sa voix qu’il n’a jamais jugée bonne. Il faut attendre les sessions d’"Ataka Meso" en 2000 (sorti en 2001) pour qu’il se lance sans retenue. L’année 2000 apporte d’autres changements importants pour cet artiste. Volontairement, il ne s’était pas impliqué dans son pays depuis dix ans mais il accepte coup sur coup de s’occuper d’une compilation, "Tsapiky 2000", produite par Mars, et d’effectuer à travers l’île une tournée de quinze dates organisée par l’Alliance Française. Deux événements qui mettent fin à une longue période de froid entre D’Gary et Madagascar.

En novembre 2001, il se produit à la Cité de la musique à Paris, dans le cadre d’un événement consacré aux musiques de la Grande Île.

L’Américain David Lindley, qui l’avait repéré en 1991, l’invite sur sa tournée aux États-Unis en 2003, puis le guitariste malgache poursuit en 2004 sous son nom au festival Sauti Za Busara de Zanzibar, au Japon et au Festival international de Louisiane à Lafayette. L’année suivante, il joue en Suède, en Norvège et aux États-Unis.

Fin 2007 et début 2008, il participe à l’International Guitar Night, un concept réunissant des guitaristes aux origines et aux styles différents avec lequel il se produit à une quarantaine de reprises en Amérique du Nord. Ensemble, ce quatuor éphémère enregistre aussi l’album "International Guitar Night II" qui contient cinq compositions de D’Gary et parait fin 2007.

Signe de la place que le musicien malgache est parvenu à se faire sur la scène internationale, c’est à lui, seul avec sa guitare, que revient l’honneur de débuter le concert événement fêtant les 90 ans de Nelson Mandela à Hyde Park, à Londres, en juin 2008, devant 45 000 personnes et avec une trentaine d’artistes internationaux (Zucchero, Joan Baez, Amy Winehouse…)

Sa présence en 2009 sur l’album "Throw Down Your Heart, The African Sessions" de l’Américain Béla Fleck lui donne l’occasion de tourner à nouveau aux États-Unis cette année-là et la suivante dans le cadre de ce projet consacré à l’Afrique.

2014 : "Tany Mashy"

Tandis que sa chanson "Mpiarakandro" est reprise dans l’émission panafricaine "Island Africa Talent" par la lauréate Deenyz, le nouvel album de D’Gary intitulé "Tany Mashy" sort enfin en 2014, après une très longue parenthèse discographique. Produit entièrement à Antananarivo, le disque est commercialisé uniquement à Madagascar.

Ce retour dans les studios d’enregistrement se confirme puisque le guitariste accepte les invitations de sa compatriote Razia Said, installée à New York, qui lui demande de jouer sur son album "Akory" paru en 2014, ainsi que celle de Seheno, chanteuse malgache vivant en France pour son album "Hazo Kely" en 2016.

Avec l’accordéoniste Régis Gizavo et la chanteuse Monika Njava, deux autres musiciens du Sud de la Grande Île qu’il connait depuis des décennies et qui ont aussi brillé à l’étranger, D’Gary forme le trio Toko Telo ("groupe de trois") et enregistre avec cette formation l’album "Toy Raha Toy" qui sort en avril 2017. Les trois artistes se produisent en Europe, notamment en France en juin au Festival Rio Loco. Après le décès de Régis Gizavo en juillet, D’Gary et Monika Njava décident de continuer la tournée qui passe aux Pays-Bas, en Belgique et en Grande-Bretagne.

Septembre 2017

Discographie
TOY RAHA TOY
Album - 2017 - Anio Records
AKATA MESO
Album - 2000 - Indigo
MBO LOZA
Album - 1996 - Indigo
HOROMBE (AVEC JIHE)
Album - 1993 - Indigo
THE LONG WAY HOME
Album - 1992 - Shanachie
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