Cheb Aïssa

Cheb Aïssa
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Passeport artiste
1 /3 /1972
Saïda (Algérie)
Pays:  Algérie
Langue:  Arabe
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Raï

Chanteur et auteur-compositeur algérien, Cheb Aïssa, parrainé à ses débuts par Cheb Mami, est le chantre du "trab", ce raï de la terre, profondément rural, que sa voix modernise sans en dénaturer l'essence. Itinéraire ordinaire d'un raïman singulier.

Biographie: 

Ali-Chérif Benaïssa, dit Aïssa (nom arabe de Jésus), a vu le jour le 1er mars 1972 à Saïda, la ville natale de Cheb Mami, située dans l'ouest algérien à 200 kilomètres d'Oran. Dès sa plus tendre enfance, il se rend dans les fêtes familiales avec sa grand-mère maternelle - une "meddahate" (chanteuse traditionnelle se produisant devant un auditoire exclusivement féminin).

C'est aux côtés de son aïeule que l'enfant, à 12 ans, chante pour la première fois en public. Seulement quelques chansons, devant des femmes accompagnées de leurs enfants. Aussi courtes soient ses prestations, il est irrémédiablement piqué par le virus de la musique. Et son cousin, qui l'encourage à suivre sa vocation, n'a pas de mal à le convaincre.

Une première en short

En 1986, l'adolescent rejoint le groupe de raï Farachète (Papillons), avec lequel il chante dans des centres culturels et passe des nuits à animer des mariages. Il sait qu'au retour de chaque concert, son père, petit épicier qui espère voir son fils apprendre un "vrai" métier, l'attend de pied ferme pour lui administrer une bonne correction. Mais l'appel de la musique est plus fort que tout.

En 1988, le jeune artiste sans-le-sou vend quelques cageots de légumes pour payer son transport jusqu'à Oran, ville rêvée de tous ceux qui aiment la musique, la vie, la mer, les filles, la fête, la liberté. Il a 16 ans et une détermination à toute épreuve. Son objectif : se faire embaucher aux Andalouses, complexe touristique de la corniche où ont été entendus, à leurs débuts, Khaled, Hasni, Mami... "Pendant un mois, j'ai dormi sur la pelouse des Andalouses, parce que je n'avais pas d'argent", raconte Aïssa. "Un jour, les agents de sécurité m'ont remarqué. Je leur ai fait croire que mes parents louaient un bungalow. Mais l'équipe du complexe s'est rendue compte de mon mensonge. J'ai expliqué que mes parents étaient plutôt pauvres, que je voulais travailler, chanter surtout". Après discussion, on lui donne sa chance, une chambre, un carnet de tickets-restaurant. Il fait un essai aux Andalouses... et y reste presque deux mois. "Pour sa première, il était en short", se souvient affectueusement le guitariste Zinata (qui a collaboré avec le gotha du raï, Khaled, Fadela & Sarahoui...), convaincu dès le début par cette voix prometteuse. "Aïssa était un aventurier. L'amour de la musique l'a poussé à supporter tout ça".

Débuts en studio

Les Andalouses portent bonheur au chanteur en herbe, puisqu'il y est remarqué par le patron des éditions Pop d'Or, qui l'emmène en studio pour une première cassette, en 1988. C'est sa deuxième cassette, enregistrée l'année suivante, "Bela babi" ("Je ferme ma porte"), qui fait mieux connaître notre cheb ("jeune"). Il joue un peu partout en Algérie, est invité au festival de Saïdia au Maroc, effectue la première partie de Khaled (pendant un mois), de la star marocaine Fayssal, du groupe-phare Nass El Ghiwane...

Il donne une partie des cachets à ses parents. "Mon père a fini par comprendre que je voulais vraiment être artiste, que c'est un métier aussi respectable que d'autres professions, il m'a fait confiance", précisera-t-il plus tard. Aïssa ne pense plus, maintenant, qu'à une chose : tenter sa chance en France, tremplin incontournable, lui semble-t-il, pour un succès international.

Le sourire du mektoub (ou à la conquète de Marseille)

En 1991, la baraka lui fait de l'œil : l'interprète saïdien se produit à Paris, à la Mutualité. Contraint de rentrer au pays pour son service militaire, il attendra jusqu'en mars 1993 avant de reposer le pied sur le sol français. A Toulouse, précisément, où le cabaret La Camel le programme pendant un mois. Mais c'est à Marseille qu'il envisage de se rendre rapidement, où, sous les rayons complices du soleil, les aînés du raï - Khaled, Cheb Mami - ont vu le mektoub (le destin) leur sourire. A la fin de la même année, le voilà installé dans la cité phocéenne et engagé au cabaret des Mille et Une Nuits, boulevard d'Athènes, près de la gare.

Puis, il écume les cabarets de la ville - un itinéraire quasiment inévitable, une sorte de fil d'Ariane qui mène à la reconnaissance les raïmen patients et doués : 1994, Cabaret Club ; 1995-1996, la Palmeraie; 1997, le Sultan. Il publie quelques cassettes. Cependant, avec l'explosion du raï, la concurrence se durcit et le marché, en France, est progressivement saturé.

De surcroît, la politique migratoire sévère qu'imposent les gouvernements successifs perturbe particulièrement le tissu social et professionnel lié à l'industrie de la world music (difficulté d'obtenir des visas pour les artistes d'origine étrangère, de construire des tournées, d'élaborer un plan de carrière à long terme). Cheb Aïssa a parfois l'impression de piétiner. Lorsque la nostalgie s'empare de ses incantations captivantes, c'est que, parfois, le blues bat la mesure dans le cœur du chanteur.

Repéré par le manager de Cheb Mami

Pourtant, un flaireur de talent(s) ne le quitte pas des yeux, ou des oreilles, plutôt. Michel Lévy, manager de Cheb Mami, suit l'évolution de cette voix qui l'a marqué dès qu'il l'a entendue au Maroc, à la fin des années 80. En 1996, une collaboration se met tranquillement en route. Aïssa assure diverses premières parties de Cheb Mami, qui  parraine son cadet. Ainsi, en 1997, ce dernier est projeté sur la grande scène de la Fête de l'Humanité (trente minutes de concert) et, l'année suivante, il joue avant Mami à la Cigale (Paris).

Michel Lévy, devenu l'éditeur et manager d'Aïssa en 1997, a racheté le dernier enregistrement de son jeune protégé, "Chira France" ("La fille de France"), et l'a mis en place dans les bacs des disquaires. L'album a été bien accueilli par la presse. Mais il a valu des protestations féminines à son auteur qui, dans la chanson-titre, dit souffrir à cause d'une beurette qui "embrasse les hommes et boit de la bière". Un malentendu, probablement. Car Aïssa n'a rien d'un macho archaïque. C'est plutôt qu'il a repris à son compte le jeu de la provocation, la confrontation des mœurs, l'exacerbation des rapports entre hommes et femmes : autant d'attitudes et de thèmes qui ont ensemencé le raï dès ses prémices.

L'envol international

Les demandes de concert ont afflué d'un peu partout. Le chantre du trab, raï de la terre, profondément rural, se produit notamment au Yémen (mai 1999) et au Qatar (en juin).

Le 5 novembre 1999, il célèbre, au New Morning à Paris, la sortie de son deuxième disque, "Nouara" ("Fleur"), qui bénéficie d'une distribution internationale (Sony). Quatre producteurs ont imprimé leur tempérament à l'opus : Eric Bono, qui a pris part à la production d'albums d'Alpha Blondy, de Xalam et de Salif Keita ; Yves Ndjock, guitariste camerounais prisé sur la place parisienne, lequel, en outre, joue sur plusieurs titres; le guitariste Edouard Papazian, travaillant notamment dans le rock progressif; le bassiste Alain Genty, figure de la musique bretonne, qui a joliment présidé aux noces de la musique kabyle et des cornemuses celtiques, dans le disque de Cheb Mami, "Meli Meli" (duo avec Idir, "Azwaw").

"Nouara", un bouquet de sonorités rurales et urbaines

On retrouve un sample de cornemuses dans le titre éponyme de l'album "Nouara", chanson populaire des Aurès dont Cheb Aïssa mâtine de funk le rythme chaoui. Selon les plages, les instruments modernes sont rejoints par le violon, la gasba (flûte), le bendir, la derbouka ou l'accordéon. Blues rock, break-beat, guitare reggae, parfums orientaux, complainte dépouillée, rap (par le tchatcheur marseillais Fresh.K, sur le single "Vivre ma vie", mixé par le célèbre producteur new-yorkais Mario Rodriguez)... Le raï, ici, prend de sacrées couleurs, sans pour autant perdre sa saveur originelle.

Cheb Aïssa se distingue par sa manière de puiser aux racines bédouines de l'Ouest algérien, au "trab" (la poussière, la terre). Le trab désigne un style de chant rural attaché à la gasba et dont les improvisations audacieuses ne craignent ni les arabesques sensuelles ni les allusions sexuelles. Il a trouvé, en Cheb Aïssa, un continuateur inspiré, qui, de son souffle totalement contemporain, attise passionnément les braises de la tradition. 

Après une apparition aux cotés des rappeurs de la Mafia Maghrébine sur un titre de leur album "Double M", il participe en 2000 à l’album "Serious Matter" du vétéran jamaïcain U Roy qui l’invite à partager le micro avec lui pour tenter le mariage entre reggae et raï. La même année, ses qualités vocales et son aptitude à s’ouvrir à d’autres univers l’amènent à être sollicité par l’Ivoirien Paco Sery, batteur jazz/world de renom et membre fondateur de Sixun, pour interpréter "Maghreb" sur son album "Voyages".
 
2002 : "Gouli"

C’est pourtant parce qu’on lui fait de plus en plus remarquer que le raï tend à trop s’écarter de son chemin originel qu’il décide de se rendre en Algérie pour y réaliser l’album "Gouli", qui parait en 2002. Son intention est de revenir aux instruments comme le bendir, l’accordéon, la derbouka, pour ne pas se couper du public premier de cette musique. Les sessions ont lieu au studio dans lequel il avait enregistré sa première cassette "Shab El Baroud" en 1988.
 

En 2003, il monte sur la scène du Zénith de Paris dans le cadre d’un concert de charité réunissant plusieurs raïmen destiné à venir en aide aux victimes du tremblement de terre de Bourmedes dans son pays natal. On le voit aussi au prestigieux Festival international de Carthage, en Tunisie.
 
L’album suivant, "Rani Mourak", qui signifie "Je suis derrière toi", n’obtient que peu d’échos à sa sortie en 2005. Le scandale et les affaires judiciaires liés au sordide fait divers dans lequel est impliqué son compatriote Cheb Mami, dont il a été proche, ne sont pas sans répercussions sur sa carrière. Sa maison de disques lui rend son contrat, mais il peut encore compter sur certains soutiens : en 2007, le monde du rap fait de nouveau appel à lui pour un duo avec Bouga sur le second volume des "Chroniques de Mars" produites par Imhotep, membre d’IAM.
 
Le projet de fusion gipsy raï qui nait en 2010 avec Chico, ancien Gipsy Kings, trouve vite un écho favorable. Après avoir remanié "Abdul Kader Boualem" de Khaled qu’ils interprètent dans l’émission de télévision "La Nuit du ramadan", les deux artistes décident d’enregistrer un album sur ce principe, dans un studio du Sud de la France. On les retrouve également ensemble sur scène au Qatar et au Maroc en 2011, ou encore au Liban en juin 2012, juste avant la sortie de cet album commun intitulé "Baraka".

Juillet 2012

 

Discographie
BARAKA FEAT. CHICO & THE GYPSIES
BARAKA FEAT. CHICO & THE GYPSIES
Album - 2011 - MLP music
RANI MOURAK
RANI MOURAK
Album - 2004 - EMI
GOULI
GOULI
Album - 2001 - MLP music
NOUARA
NOUARA
Album - 1998 - Sony
CHIRA FRANCE
CHIRA FRANCE
Album - 1996 - Virgin
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