Francis Lemarque

Francis Lemarque
© Keystone-FranceGamma-Keystone
Passeport artiste
25/11/1917
Paris (France)
20/04/2002
La Varenne-Saint-Hilaire
Pays:  France
Langue:  Français
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Chanson

Si un chanteur français symbolise la ville de Paris, c'est certainement Francis Lemarque. Au cours d'une carrière longue et discrète, il a écrit près d'un millier de chansons dont "A Paris", devenue un standard international, interprété par des dizaines d'artistes à travers le monde. Son parcours artistique, entre engagement politique et poésie romantique, est l'œuvre d'un artiste infatigable, qui a sillonné le monde entier avant de se retirer de la scène au cours des années 90.

Biographie: 

Francis Lemarque naît Nathan Korb le 25 novembre 1917 à Paris. Ses parents, Juifs, sont tous deux arrivés en France quelques années auparavant pour fuir les pogroms d'Europe de l'Est. Sa mère Rose est originaire de Lituanie et son père, Joseph, tailleur pour dames, est polonais. Nathan grandit dans le quartier de la Bastille, où se mélangent alors des communautés juive et auvergnate dans une ambiance conviviale, le tout au son des innombrables bals musettes qui égrènent le quartier. Le petit appartement de la famille Korb se situe d'ailleurs au premier étage de l'un d'entre eux, le Bal des Trois Colonnes, rue de Lappe. Francis/Nathan est donc un gamin de Paris comme il le chantera plus tard. Avec son frère Maurice et sa jeune sœur Rachel, il connaît une enfance délurée et joyeuse. Il quitte cependant l'école dès 11 ans pour travailler à l'usine.

Jeunesse et Résistance

En 1933, son père Joseph meurt de tuberculose à 41 ans. Alors adolescent, Nathan s'intéresse de plus en plus à la musique. Les bals musettes et leurs orchestres le fascinent. Vers 1934, Nathan et son frère intègrent le groupe Mars, lui-même issu du groupe Octobre, groupes affiliés à la Fédération des Théâtres ouvriers de France. Au sein de ce groupe qui développe une culture d'avant-garde, les frères Korb créent un duo qu'ils nomment les Frères Marc, sur les conseils de Louis Aragon. En 1936, avec le Front populaire, le duo trouve l'occasion de chanter dans les usines et tous les lieux où la lutte ouvrière est en action. Forts d'une certaine notoriété, ils font la connaissance de Jacques Prévert avec lequel Nathan/Francis devient très ami. Celui-ci les met en relation avec Joseph Kosma, célèbre compositeur entre autres de "les Feuilles mortes", qui est un temps leur pianiste.

Avec l'arrivée de la guerre, la vie devient tout de suite plus difficile surtout pour une famille juive. Nathan est mobilisé et affecté à des activités musico-théâtrales de l'armée. En 1940, il passe en zone libre et s'installe à Marseille. C'est là qu'il rencontre Jacques Canetti, agent artistique, qui l'aide à continuer en solo sa carrière de chanteur sous le nom de Francis Lemarque. Il fait quelques tournées en Afrique du Nord dont une semaine de récitals avec le guitariste gitan Django Reinhardt. Mais suite à la déportation de sa mère, il entre dans la Résistance. Sous le nom de Mathieu Horbet, il est arrêté et emprisonné quelques mois puis devient le Lieutenant Marc au sein d'un réseau de résistants.

Après-guerre

A la fin de la guerre, Francis revient à Paris. Il fréquente assidûment le quartier de Saint-Germain-des-Prés où la vie littéraire et musicale est en pleine explosion. Toujours convaincu de vouloir chanter, il vit cependant de petits boulots à défaut d'engagements lucratifs. Il chante dans quelques cabarets parisiens dont la Rose Rouge ou l'Echelle de Jacob, et en tant qu'acteur, il joue sur de petites scènes, le Théâtre de l'Humour ou le Théâtre de Poche.

Mais l'année 1946 va bousculer sa vie personnelle et professionnelle. D'une part il rencontre Ginny Richès qui deviendra son épouse en 1948. D'autre part, il voit pour la première fois Yves Montand sur une scène parisienne. Le jeune chanteur d'origine italienne, protégé de Piaf est en train de devenir une immense vedette. Son style unique et ses interprétations des chansons de Prévert, bouleversent le jeune Francis. Sa motivation d'auteur n'en est que décuplée et il se met à écrire en pensant à lui. Mais très vite, il ne se sent pas à la hauteur d'un tel talent et veut tout arrêter. Il faudra l'intervention de Jacques Prévert qui présente Francis à son idole, Montand. Ce dernier séduit par ses compositions lui commande immédiatement des titres. Dès la fin des années 40, il chante "Ma Douce vallée", "Bal petit bal" ou "C'est à l'ombre". Leur collaboration durera de longues années et atteindra son summum avec le titre "A Paris".

En 1949, Francis Lemarque est désormais un auteur reconnu et un interprète timide qui sort ses premiers disques, deux 78 tours, sur le label de Jacques Canetti qui a su le convaincre de rechanter. Excellente initiative puisque Lemarque, le chanteur, connaît un vrai succès. Dès 1951, il obtient son premier prix Charles-Cros.

Chanson et cinéma

Après une pause forcée en 1952 pour cause de maladie, sa carrière reprend de plus belle en 1954. Il entreprend de nombreuses tournées, essentiellement dans des pays communistes. En 54, il visite la Chine et l'URSS, en 55 la Pologne, en 58 la Corée du Nord. Les succès s'enchaînent de la même façon avec "Quand un soldat", un titre pacifiste, en 53 ou "le Petit cordonnier" en 54. On le voit dans de nombreux galas de soutien au parti communiste mais jamais il n'adhérera au parti.

Dans son répertoire, Lemarque décrit Paris et ses quartiers populaires, le monde des guinguettes et des voyous. Il chante aussi l'amour et un certain romantisme bucolique. Mais il sait avoir une plume plus engagée. En 1958, il monte sur la scène de l'Olympia pendant cinq semaines et prouve ainsi sa popularité auprès d'un large auditoire.

Au cours des années 50, il se lance également dans l'écriture de musiques de film dont "Mimi Pinson" en 1958. C'est au cours des années 60 qu'il écrira ses plus célèbres : "le Cave se rebiffe" en 61 ou "Maigret voit rouge" en 63, et surtout "Playtime" de Jacques Tati en 67. Il compose également beaucoup pour la télévision.

En 1960, Francis Lemarque monte sa propre maison d'édition. Déjà à la tête d'un large répertoire, il éditera également les textes d'autres artistes tels Alain Barrière, Serge Lama ou les musiques des films de Jacques Demy, "les Parapluies de Cherbourg", écrite par Michel Legrand.

Du côté familial, la famille s'agrandit d'un garçon, Michel, en 1960 après l'arrivée d'une fille en 1952, Danièle et d'un fils Stéphane en 54.

Reconnaissance et récompenses

Les tournées continuent de plus belle pour Francis Lemarque dont le style trouve des amateurs à travers le monde entier. En 62, il donne des récitals en Afrique du Nord, en Europe et au Canada. En France, son talent et son unique sens de la mélodie sont récompensés par le prix de la Rose d'Or d'Antibes en 1965 à travers son disque "Francis Lemarque rencontre Francis Carco".

Après quelques années où il fait peu parler de lui, c'est grâce au chanteur Jean Ferrat que Francis Lemarque réapparaît sur le devant de la scène. Ferrat prépare un spectacle au Palais des Sports pour ses Adieux à la chanson et demande à son ami d'y participer. Cette même année, il se lance dans un large projet avec l'écrivain Georges Coulonges. Ensemble, ils écrivent un ensemble de chansons qui forment une fresque sur l'Histoire de Paris vue par le peuple de 1789 à nos jours. Ils la nomment "Paris Populi". Entièrement chanté, ce projet est récompensé par un nouveau prix Charles-Cros en 1973 et sort sous forme de coffret en 1976. Les titres sont interprétés par une pléiade d'artistes dont Juliette Gréco, Jean Guidoni, Mireille Mathieu, Mouloudji ou Serge Reggiani. En 77/78, Lemarque enregistre l'œuvre à nouveau mais seul et en public au Théâtre de l'Est Parisien.

En 79, le chanteur sort un nouvel album ("la Dame aux souvenirs", "Vendredi soir") et reprend ses tournées jusqu'en 80. A Paris, il est à l'affiche de la Gaieté Montparnasse pendant un mois. Huit ans après son écriture, "Paris Populi" est toujours à l'affiche de ses récitals et lui vaut en 81, le Grand prix national de la chanson.

A 65 ans, Francis Lemarque est toujours en pleine activité. Il sort trois albums entre 82 et 88 ("Francis Lemarque", "Où vont les fleurs?", "la Rue fait la fête"), reprend pour un temps son rôle de comédien dans un film policier, "Légitime violence" de Serge Leroy (82), ouvre son propre studio en 84, est nommé Officier des Arts et Lettres par le Ministre de la culture Jack Lang et collectionne quelques grands prix tels le Prix de la Sacem en 86 (Société des Auteurs Compositeurs) et son troisième Prix Charles-Cros en 89.

Côté scène, il se lance dans une longue tournée française entre 87 et 88, passe régulièrement sur les scènes parisiennes (Dejazet en 88, Olympia en 89) et n'est pas oublié par un public plus jeune comme au festival du Printemps de Bourges en avril 88.

Mémoire

Homme de mémoire, Francis Lemarque consacre également maints enregistrements au patrimoine de la chanson. En 87, il sort un coffret qui comme son titre l'indique va "A la découverte de la chanson populaire". Avec son ami Romain Didier, il reprend nombre de ses anciens titres et les réenregistre sur un nouveau CD. Et si pendant les quelques années suivantes, il ne réapparaît dans l'actualité que pour deux récitals à l'Olympia, c'est pour, entre autres, écrire ses souvenirs dans un livre qui paraît en 92, "J'ai la mémoire qui chante". A cette occasion, Francis Lemarque fête ses 75 ans dans un des plus célèbres bals de Paris, le Balajo, qui n'est autre que rue de Lappe, la rue de son enfance.

Toujours soucieux de protéger le patrimoine, dont il fait désormais partie, Lemarque travaille d'arrache-pied en 93 et 94 pour mettre au point un superbe enregistrement, "L'Anthologie de la chanson française", entièrement conçu dans son studio de La Varenne Saint-Hilaire. En plusieurs volumes, cette collection recense l'essentiel du patrimoine de la chanson traditionnelle sur plusieurs siècles.

Le 5 juin 1994, Francis Lemarque donne un concert unique au Casino de Paris et sort un album, "Lemarque 94". Monument discret de la chanson française, il est de plus en plus fêté à travers des concerts et des festivals. C'est le cas en décembre 96 à l'Auditorium des Halles au cœur de Paris où une fourchette d'artistes (Alain Souchon, Anne Sylvestre, Romain Didier, Allain Leprest) se réunissent autour de Francis Lemarque, vedette de la soirée, et interprètent avec lui ses plus grands titres.

L'année suivante, c'est le Festival des Nuits de Nacre qui invite Francis Lemarque, pour son édition consacrée à l'accordéon. Enfin, à 81 ans, en octobre 98, il trouve encore l'enthousiasme de monter sur la scène du Théâtre de l'Est Parisien pour deux soirées qui attirent un public de tous âges.

Infatigable, Francis Lemarque ne se lasse pas d'écrire. Près de mille chansons à son actif et un dynamisme exceptionnel. Avec Trenet ou Salvador, Francis Lemarque a une des plus longues carrières de la chanson et une des plus riches et certains de ses titres appartiennent à la mémoire collective de la culture française.

Il s'éteint le 20 avril 2002 à la Varenne-Saint-Hilaire, dans sa maison des bords de Marne où il habitait depuis les années 50.

Juin 2002

Discographie
LE CINEMA DE FRANCIS LEMARQUE
LE CINEMA DE FRANCIS LEMARQUE
Compilation - 2008 - Universal
LES RUES DE MON QUARTIER
LES RUES DE MON QUARTIER
Compilation - 1996 - Arcade
A PARIS
A PARIS
Compilation - 1993 - Flarenash
LEMARQUE 94
LEMARQUE 94
Compilation - 1993 - Magnus
LES CONTES DE LA MONTAGNES
LES CONTES DE LA MONTAGNES
Album - 1975 - Les Productions F. Lemarque
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