Gérard Manset

Gérard Manset
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Passeport artiste
21/08/1945
St Cloud (France)
Pays:  France
Langue:  Français
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Chanson

Un talent à part dans le monde de la chanson française, un artiste culte. Riche d'un univers musical sombre et mystérieux, auteur-compositeur de génie, Gérard Manset préfère le travail en solitaire, loin du public et des médias. Devenu star malgré lui, il fuit le métier pour voyager et découvrir de nouvelles inspirations. Un artiste complet, exigeant avec lui-même, dont l'oeuvre est reconnue par ses pairs.

Biographie: 

Né le 21 août 1945, Gérard Manset passe son enfance dans la banlieue parisienne à Saint-Cloud, puis dans le XVIe arrondissement de Paris, entre un frère aîné et une sœur cadette. Difficile d'en savoir plus sur ce qu'est la vie de famille du futur chanteur. On sait pourtant qu'il échoue au baccalauréat à cause d'une très mauvaise note en français. Après cela, il se lance dans des études aux Arts déco. Parallèlement, il démarche des agences de publicité avec son carton à dessins sous le bras, sans résultats.

La découverte de la musique se fait à l'aide de la guitare, instrument incontournable pour cette génération des années 60, façon Baden Powell et feux de camp. Il s'intéresse aussi à la batterie. Puis, alors que sa sœur étudie le piano, Gérard Manset lui emprunte sa méthode et commence seul, son apprentissage.

Mai 68 : "Animal on est mal"

Il écrit quelques chansons, mais se voit plus auteur et compositeur, qu'interprète. Il fait le tour des maisons de disques, sans succès. Il décide de produire en 68 un 45t "Animal on est mal" que Pathé Marconi sort en mai 68, au moment de l'insurrection étudiante. Dans ces circonstances commerciales peu favorables, le nombre d'exemplaires vendus est minime. Pourtant son passage radio permet à certains de repérer ce nouveau talent.

Quelques mois plus tard sort un album éponyme. On peut y déceler une espèce de quête mystique qui va de "Je suis Dieu" à "On ne tue pas son prochain". Le disque obtient un succès d'estime. Encouragé, Manset enregistre dans la foulée, "La Mort d'Orion", album rock symphonique aux arrangements sophistiqués. Les parties de cordes y sont largement développées, donnant à l'enregistrement un certain lyrisme. 20.000 exemplaires sont vendus, fait remarquable pour un album de ce genre. Les critiques sont dithyrambiques pour cet oratorio qui raconte l'histoire d'un peuple maudit. Gérard Manset se révèle ici un artiste original et étrange. On est en 70.

1972 : "Long long chemin"

Il fonde à ce moment-là, son propre studio d'enregistrement, le Studio Milan où pendant cinq ans il travaille avec acharnement, tour à tour, ingénieur du son, arrangeur, producteur, auteur et compositeur pour d'autres chanteurs. En 72, il sort "Long long chemin" avec les titres "Jeanne" et "l'Oiseau du Paradis". En 75, Manset publie un nouvel opus "Y'a une route" avec le 45 tours "Il voyage en solitaire". 300.000 exemplaires de ce titre sont vendus. Ce succès dérange l'artiste qui ne voit pas sa médiatisation d'un bon œil. En réaction, il enregistre en 76 "Rien à raconter".

En 78, il enregistre un album plus électrique intitulé "2870". Sa discrétion légendaire fait de lui un artiste confidentiel qu'un certain nombre de fidèles suit de disque en disque. L'univers mystérieux et noir de Gérard Manset peut nous amener à croire qu'il existe une relation privilégiée entre lui et son public. En 1980, il prend ses distances par rapport à la gestion du studio de Milan et cède ses parts à son associé.

L'aventure

Les rêves d'aventure remontant à son enfance, il décide à cette époque d'entreprendre de longs voyages : Asie et Amérique latine sont les principaux continents visités. S'imprégnant des diverses sensations éprouvées dans ces régions, il les transforme en matières premières pour ses chansons et ses livres, pratique l'art de la photographie et du dessin.

Lors de ses escales à Paris, il en profite pour enregistrer ses albums : l'impressionnant "Royaume de Siam" en 79, "L'atelier du crabe" qui contient le tube "Marin'bar" (titre que Manset considérera comme trop commercial par la suite et dont il ne permettra la réédition en CD qu'en 99) et "Le train du soir" à moins d'un an l'un de l'autre, en 81 puis "Comme un guerrier" en 82. En fait seuls les enregistrements sur disque intéressent cet auteur-compositeur de génie. La scène n'est pour lui qu'un endroit où l'on se montre, comme un animal de foire. Son discours qui peut paraître méprisant est en fait une marque d'exigence envers lui-même et les autres.

En 1984, sort un nouvel album intitulé "Lumières". Une pochette sobre donne le ton de cette œuvre. Délibérément épuré et homogène, il rend compte d'un détachement encore plus grand de la réalité et du monde. L'artiste ne choisit pas de nous divertir, il choisit de s'exprimer.

Son douzième album "Prisonnier de l'inutile" est publié en 85. En fait, les chansons ont été écrites en même temps que celles du précédent album. Elles n'en sont que la continuité immédiate, avec la tristesse comme vecteur principal.

Gérard Manset est loin d'être un adepte de la société du spectacle, pourtant à cette époque-là, il ressent tout de même une certaine pression due à son statut de chanteur. Il décide d'arrêter la chanson et de se consacrer uniquement à des activités qui le satisfont vraiment. Il commence par exposer ses peintures durant l'été 85, puis ses photos au printemps 86, ce qui donnera naissance à un livre-album "Chambre d'Asie". En avril 87, il publie son premier roman "Royaume de Siam".

En 1988, l'artiste décide de retirer du commerce les 33 tours. Il souhaite les remplacer par des disques compacts. C'est l'occasion pour lui de rentrer à nouveau en studio et se lance dans le remixage digital de son œuvre (sans "La Mort d'Orion" qui ressortira seulement en 97). C'est ainsi qu'un coffret de cinq CDs est commercialisé.

Repris par le démon des studios et sollicité de toute part, Gérard Manset sort un nouvel album "Matrice" en 1989. Résolument rock, l'artiste nous livre une œuvre réaliste, plus noire que jamais, "D'une époque à vomir, l'histoire dira ce qu'il faut retenir…". Les critiques sont dithyrambiques et le public enchanté. Du très bon Manset, qui pourrait être un des meilleurs albums français de la décennie. Plus de cent mille exemplaires sont vendus.

Sur sa lancée, emmené par l'enthousiasme général, le chanteur récidive dix-huit mois plus tard en publiant "Revivre". La pochette sobre tranche avec les thèmes abordés, les tropiques, les Indiens, l'Amazonie, etc. Mais le charme n'opère pas de la même façon, comme si Manset semblait plus apprécié quand il décrit la noirceur et la tristesse urbaine.

En 1993, il publie un nouveau roman intitulé "Wisut Kasat".

L'année suivante, sort "La Vallée de la Paix", nouvel opus de l'artiste qui signe là son quinzième album. La pochette quasi psychédélique est très colorée. Manset développe ses thèmes favoris et continue à ciseler des textes comme "Paradis" le simple, extrait de l'album. Néanmoins, l'artiste le revendique comme un album positif, cherchant à se défaire de l'image triste qui lui colle à la peau.

1996 : l'hommage de ses pairs

L'aura de Manset dans la chanson française est telle que sur l'initiative de Francis Cabrel et d'Alain Bashung, un disque hommage sort en 96. "Route Manset" regroupe des chansons de l'auteur-compositeur, interprétées par des artistes comme Françoise Hardy, Jean-Louis Murat, Salif Keita ou Cheb Mami. L'expérience est intéressante, car elle donne aux mots de Manset une autre dimension. Pour une fois, ils ne sont pas portés par cette voix froide et tranchante. Le chanteur ne fera aucun commentaire sur l'hommage qui lui est ainsi rendu.

On le sait, seul le travail de studio trouve un intérêt aux yeux et surtout aux oreilles de Manset. Au fur et à mesure des années, il accumule la matière musicale pour de nouveaux disques. C'est ainsi qu'en octobre 1998, sort un nouvel opus intitulé "Jadis et naguère". Pas de grands changements dans les thèmes abordés. "Comme le buvard boit l'encre" est le simple extrait de l'album. Les entretiens que Manset accorde pour la promo se retrouvent uniquement dans la presse écrite. Il ne fait ni télé et encore moins de scène. Ses propos en la matière sont très explicites : "Je trouve impudique, ridicule de chanter face à un public". Nous voilà avertis.

L'année suivante, l'artiste supervise la sortie de quatre CD de rééditions d'albums et un "best of" sur lequel on trouve notamment le titre "Marin'bar".

Auteur-compositeur-interprète rare, Gérard Manset est sans doute un personnage complexe. Son œuvre ne permet pas de le décrypter et ne fait qu'entretenir le mystère. Dans une interview, il avoue lui-même se considérer comme un "être de refus et d'échec". De quoi entretenir la légende.

Ne pas oublier le langage

Malgré son image de misanthrope, Gérard Manset reste actif entre les albums. Il continue d’écrire pour les autres, sans limites de genre ou de génération, pour Juliette Gréco ("Je jouais sous un banc"), Raphael ("La mémoire des jours" et "Être Rimbaud"). L’artiste culte est cité sans cesse en référence: notamment par le designer Starck qui, à l’occasion de son exposition à Beaubourg en 2003, inclue "le Paradis terrestre" - extrait de "la Mort d’Orion" (son premier disque) - sur sa compilation "Ombre".

Enfin, en 2004, après six ans de maturation, un nouvel album sort: "Le langage oublié". Musique éclectique, paroles de douleurs et d’insoumissions, Gérard Manset cherche la vérité derrière la réalité en trompe-l’œil des "Demoiselles de L'Isle-Adam" de René Magritte qui font la couverture du disque.

Il ne lui faut cette fois-ci que deux ans pour écrire un nouvel album. "Obok", du nom d'une ville de la République de Djibouti où vécut Rimbaud, sort en avril 2006. Cet opus rassemble neuf titres dont l'écriture plutôt réaliste se démarque de ce qu'il proposait précédemment : "Fauvette" la jeune fille perdue, "l'enfant soldat" dans l'Afrique en guerre ou encore "Veux-tu"… La musique quant à elle, sur une base rock, donne à entendre des mélodies envoûtantes, portant sa voix toujours tendue et presque distante.

En même temps que "Obok", Manset fait paraître un livret de 48 pages sur lequel il "commente" chaque titre. C'est aussi l'occasion pour lui d'annoncer que peut-être, il pourrait monter sur scène, événement attendu depuis longtemps par ses fans. Cela ne reste pourtant qu'une déclaration, mais assez inhabituelle pour qu'on en parle.

2008 : "Manitoba ne répond plus"

En 2007, toujours pas de Manset sur scène. Le chantre continue à se faire discret. En 2008, il est au générique des albums d’Alain Bashung ("Bleu pétrole") et de Julien Clerc ("Où s’en vont les avions"), pour qui il a écrit plusieurs morceaux. Il sort à son tour un album le 15 septembre 2008 (le dix-neuvième !). Il l’affuble du titre "Manitoba ne répond plus", en référence à la bande dessinée "Joe, Zette et Jocko" de Hergé.

L’opus s’ouvre sur une plage de plus de huit minutes avec la chanson "Comme un Lego", déjà présente sur le "Bleu pétrole" de Bashung. S’ensuivent neuf autres titres tous plus ésotériques et nostalgiques, portés par des nappes de violons et de piano, un écho envoûtant et un chant toujours à la lisière du parler. Du pur Manset.

En novembre 2012, à Bruxelles, il expose peintures à l’huile, dessins et tirages photographiques à la galerie Petits Papiers, l’une des plus importantes de la capitale belge. Au total une soixantaine de pièces réparties sur trois étages témoignent de ses "bouffées de fièvre picturales" comme Manset les appelle. Une fièvre artistique qui ne le quitte pas puisqu’on peut entendre ses accords déchirants sur "Revivre" au cinéma dans le film de Leos Carax, "Holy Motors"

Le retour de Gérard Manset coïncide avec le début d’une nouvelle histoire discographique puisqu’il rejoint l’équipe de Warner. La maison de disque lui permet en 2014, de signer un vingtième album, "Un oiseau s'est posé", fait de reprises d’anciennes chansons. L’occasion de belles rencontres. Il travaille en effet avec Axel Bauer ("Celui qui marche devant"), Raphael ("Toutes choses"), Mark Lanegan ou le groupe belge dEUS pour une "revisitation" du morceau "Animal on est mal".

2016 : "Opération Aphrodite"

Déclinaison du mythe d’Aphrodite, inspirée du roman de Pierre Louÿs (1870-1925), le nouvel opus intitulé "Opération Aphrodite", est une ballade dans un univers ésotérique et poétique. Le disque illustré par Brantonne, dessinateur mythique de science-fiction des années 70, est composé de textes lus par la comédienne Chloé Stefani, et de chansons écrites et composées par Manset. Une fois encore, la magie est au rendez-vous et le disque séduit.

A la fin de l'année, sort "Mansetlandia", son intégrale de 19 CDs avec 180 titres. Mais les amateurs peuvent regretter l'absence du 3e album de sa carrière, celui qui contenait "Jeanne" et "Long chemin".

Mai 2017

Discographie
MANSETLANDIA
Intégrale - 2016 - Parlophone
OPERATION APHRODITE
OPERATION APHRODITE
Album - 2015 - Parlophone
THE CLASSIC 2015 ALTERNATIF BEST OF
Compilation - 2015
UN OISEAU S'EST POSE
UN OISEAU S'EST POSÉ
Album - 2014 - Warner
MANITOBA NE REPOND PLUS
Album - 2008 - Capitol