Jean Guidoni

Jean Guidoni
© Wagram
Passeport artiste
03/05/1952
Toulon (France)
Pays:  France
Langue:  Français
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Chanson

Quand Jean Guidoni investit le paysage musical à la fin des années 70, c'est tout un univers sulfureux, douloureux et obscur qui envahit la chanson française. Bien plus qu'un chanteur, Jean Guidoni est un interprète dont le simple nom évoque des mises en scène à la Fassbinder où la sexualité la plus glauque côtoie la poésie la plus tendre. Depuis ses débuts, il se forge une carrière sans compromis dont la scène est le champ d'action privilégié. Maquillages, travestissements, cet artiste à la fois essentiel et en marge, exhibe ses colères et ses angoisses pour mieux les combattre. En chansons.

Biographie: 

Jean Guidoni est né le 3 mai 1952 à Toulon. D'origine corse, il est fils de marin. Dans les années 60, il vit à Marseille où il exerce divers métiers dont celui de coiffeur. Durant ces années dans la cité phocéenne, il plonge dans la vie nocturne et tourmentée des quartiers "chauds" de la ville. Cette période obscure sera une source illimitée d'inspiration pour lui. C'est à Paris au début des années 70 qu'il vient faire ses premiers pas dans la chanson. Les premières années sont difficiles et Jean Guidoni a du mal à trouver ses marques.

Tâtonnements 

En 1975, Jean Guidoni sort son tout premier 45 tours, "La Leçon d'amour". Mais il est fort loin de sa réelle sensibilité. Un premier déclic survient la même année lorsqu'il frappe à la porte des Editions du compositeur Michel Legrand. Ce dernier prête une oreille attentive au jeune artiste et si aucune collaboration artistique n'a encore lieu entre eux, naît une amitié qui mènera 20 ans plus tard à un travail commun.

Guidoni rencontre à cette occasion le chanteur Marcel Rothel qui l'entraîne dans l'expérience "Paris Populi", une comédie musicale sur l'histoire de Paris entre 1789 et 1944, sur des textes de Georges Coulonges et des musiques de Francis Lemarque. Guidoni y chante trois titres.

De fil en aiguille, Guidoni rencontre plus d'auteurs intéressants. En 1977, il sort un tout premier album éponyme parallèlement à un 45 tours, "le Têtard", écrit par l'écrivain Jacques Lanzmann, auteur privilégié de Jacques Dutronc dans les années 60. Le nom de Guidoni commence à acquérir une certaine notoriété et au cours de l'été 77, il accompagne pendant trois mois Marie-Paule Belle et Serge Lama en tournée.

Cependant, Guidoni se sent très nettement à l'étroit dans un show-biz où le compromis et le faux-semblant sont monnaie courante.

1978 : deuxième album 

En 1978, il sort un second 33 tours sans passion. Il y intègre pourtant pour la première fois certaines de ses compositions dont "Nana" ou "Il pleut sur Bali". Mais le cœur n'y est pas.

Lorsqu'un soir de 1978, Guidoni assiste au concert de la chanteuse allemande Ingrid Caven au Pigall's, c'est un choc. L'atmosphère noire qui se dégage de ses interprétations et du répertoire très "Berlin années 20" ont un effet d'un révélateur sur le chanteur. Nombreux des titres de la chanteuse sont signés par le cinéaste Rainer Werner Fassbinder, son ex-époux. Certains sont traduits de l'allemand et, tout naturellement, Guidoni cherche à rencontrer l'adaptateur de ces titres, Pierre Philippe, grand connaisseur de ce type de répertoire et traducteur de Kurt Weill.

Cette rencontre agit comme un détonateur dans la vie artistique de Guidoni. Il sait qu'il va pouvoir enfin exprimer ses vérités et donner un vrai sens à son travail. En 1979, il monte sur la petite scène du Cabaret Riv' droite avec Catherine Sauvage. C'est un premier virage vers un nouveau répertoire.

Ce nouveau répertoire, c'est avec Pierre Philippe qu'il le met au point. Et en novembre 1980, le public découvre ou redécouvre Jean Guidoni sur la scène du Théâtre en Rond pour sa première grande scène parisienne. Le chanteur apparaît sous un nouveau jour, très différent des années 70.

Maquillé de blanc et vêtu de noir, Guidoni se dévoile enfin au public tel qu'en lui-même, avec ses blessures et ses angoisses. Les chansons savamment mises en scène dégagent un relent de sexe et de mort. C'est un énorme succès critique et public. Un succès qui ne se calcule pas en chiffres mais en reconnaissance. Guidoni trouve un vrai auditoire de fidèles qui ne le quitteront plus. La sincérité et la force qui se dégagent désormais de son travail trouvent un vrai écho et Guidoni devient un nom important dans la chanson française.

Cette réussite se concrétise avec son album "Je marche dans les villes" qui obtient en mars 81, le prix de l'Académie Charles-Cros qui récompense chaque année une œuvre française de qualité.

1982 : "Crime passionnel" 

Dans la foulée du succès, Guidoni intègre une grande maison de disques. A l'automne 1982, il monte un nouveau spectacle aux Bouffes du Nord toujours en collaboration avec Pierre Philippe. Cette fois, il travaille avec le musicien argentin, maître es-tango, Astor Piazzolla. Les musiques de ce dernier, qui sont toujours lourdement chargées d'émotion, collent parfaitement à ce spectacle, "Crime passionnel", dont le nom en dit long sur les atmosphères toujours sombres et fiévreuses de son environnement personnel et artistique. Solitude, homosexualité, désespoir, ce spectacle est encore hanté par les fantômes douloureux de son existence. L'album du même nom sort à cette époque et reste un des plus populaires du chanteur.

Les prix se multiplient. En 82, il reçoit le Trophée japonais remis au meilleur artiste français, le Prix Edith-Piaf et le Grand Prix du disque européen.

C'est décidément sur scène que Guidoni s'épanouit. Dès 1983, un nouveau spectacle est mis en place, "le Rouge et le rose". Ce spectacle symphonique, qui est aussi le troisième album en collaboration avec Pierre Philippe, est présenté deux semaines à l'Olympia avec toujours autant de succès. Mais le public de Guidoni, s'il est fidèle et solide, n'en est pas moins très ciblé. Son répertoire aux relents parfois troubles et tabous ne séduit guère le "grand public". Il l'effraierait plutôt.

Mais, Guidoni continue dans sa lancée et en 1985, l'album "Putains" franchit un nouveau cap dans ce qui est parfois vécu comme une provocation. Cet album, enregistré avec des musiciens de Bowie, et en partie produit par Alain Bashung, est entièrement consacré à la prostitution. On y trouve des titres co-signés de Bashung ou de la chanteuse Sapho. Guidoni qui n'était déjà pas très programmé dans les radios, se voit là rejeté de toutes les antennes, à une ou deux près. Enfin, après s'être partagé la mise en scène du spectacle, Guidoni et Pierre Philippe cessent leur collaboration.

1987 : "Tigre de Porcelaine"

En 1987, c'est donc seul que Guidoni sort son album "Tigre de porcelaine". Il en signe tous les textes. Plus accessible et moins sulfureux, cet album trouve un public plus large. Certains titres rencontrent même un certain succès commercial comme "Marseille" ou "Tramway Terminus Nord". Pour la seconde fois, Jean Guidoni reçoit le Prix de l'Académie Charles-Cros.

Comme à son habitude, Guidoni crée un spectacle correspondant à l"album. Cette fois, c'est au Bataclan en 88.

Dès l'année suivante, il retrouve la scène de ses débuts au Théâtre en Rond devenu depuis l'Européen. Il y donne une série de spectacles avec 2 pianos et une danseuse. Très réussi, ce spectacle donne lieu à son premier album live, "Concert 89".

Dès 1990, il réapparaît avec un nouvel album, "Aux tourniquets des grands cafés". Cette année-là, il donne plus de 100 concerts entre l'Europe et le Canada. Le succès semble être solide jusqu'au jour où Jean Guidoni, épuisé, doit se retirer de la scène pour cause de dépression.

En 1991, il aborde cette douloureuse période dans un ouvrage, "Quelques jours de trop".

Particulier

Jean Guidoni réapparaît sur la scène musicale en 1991 avec un spectacle à l'Auditorium des Halles au cœur de Paris. Peaufiné pendant des mois, il met en scène quatre danseurs contemporains auxquels se joint Guidoni. L'orchestre est exclusivement féminin excepté le batteur. Petit à petit, Guidoni se débarrasse de ses fantômes. Son répertoire et ses spectacles s'en ressentent. L'obscurité parfois narcissique et morbide des années 80 semble faire place à un équilibre enfin trouvé. Les thèmes privilégiés du chanteur ne disparaissent pas pour autant, mais l'approche est plus positive.

En mars 91, Jean Guidoni participe à un spectacle organisé au Cirque d'Hiver par le magazine homosexuel Gai-Pied. Guidoni n'a jamais caché son homosexualité. Bien au contraire, elle est un élément important de son inspiration et de son répertoire. Auteur plutôt radical, il aborde de front les problèmes de société qui le touchent, du sida au racisme en passant par la misère ou la pauvreté.

Toujours en 91, il donne un concert en Corse dont il est originaire, mais qu'il ne connaît guère. Ce concert particulier et symbolique pour Guidoni est organisé par un groupe de femmes.

C'est sur la prestigieuse scène parisienne de l'Opéra Garnier, lieu dédié à la danse, que Jean Guidoni participe en 1992 à huit représentations du spectacle "Les Rendez-Vous de Prévert et Kosma", créé et mis en scène par le chorégraphe Roland Petit. Ce spectacle qui mêle ballet, chanson et poésie, rend hommage aux auteurs du célèbre "les Feuilles mortes".

L'année suivante, paraît un nouvel album, "Cas particuliers". Entièrement écrit par le chanteur et en grande partie composé par Tomas Gubitsch, cet album est interprété en autres par des piliers de studio tels Janick Top ou Serge Perathoner, ainsi que par l'accordéoniste Philippe Servain. Sur le dernier titre "O Signore, Cosa C'e ?", Guidoni a invité sa grand-mère à chanter avec lui cette vieille chanson corse. Enfin, c'est sur la scène du Théâtre de la Ville qu'est monté le spectacle correspondant à l'album. Quelques mois plus tard, Guidoni retrouve la belle scène de l'Opéra pour quelques dates de plus du même concert.

En 94, outre un voyage au Brésil, Guidoni passe une bonne partie de l'année à tourner.

1995 : "Vertigo"

95 est l'année des retrouvailles avec Michel Legrand. Les deux hommes unissent leur talent sur l'album "Vertigo". Legrand en écrit toutes les musiques qui se marient parfaitement avec les thèmes récurrents du répertoire de Guidoni, sida, mensonge, intolérance. Devant leur enthousiasme à travailler ensemble, ils décident de monter un spectacle dès l'année suivante.

C'est donc du 13 au 18 février 96 que le duo Legrand/Guidoni se retrouve au Casino de Paris pour un spectacle du nom de "Comment faire partie de l'orchestre". Le résultat est chaleureusement salué par la critique et reçoit la Victoire de la musique pour le meilleur spectacle 96.

La même année, Guidoni donne quelques représentations à la Manufacture des Œillets, une ancienne usine réhabilitée de la banlieue parisienne.

Jean Guidoni en est désormais vingt ans de carrière depuis son premier album. A cette occasion, sort une compilation de 18 titres réenregistrés dont 4 inédits. L'accueil public est bon et se confirme par le succès des représentations données en mars 97 dans le théâtre de ses débuts, l'Européen, ex-Théâtre en Rond. Accompagné d'un pianiste, Gérard Daguerre, compagnon de scène de Barbara, et Mahut aux percussions, Guidoni joue la sobriété.

En 98, Guidoni participe à quelques festivals dont le Paléo festival de Nyon en Suisse. On le voit aussi en novembre lors du concert de soutien à Radio Libertaire, une radio anarchiste de la bande FM parisienne.

Mais l'événement en 98, ce sont des retrouvailles très attendues entre Guidoni et son auteur fétiche, Pierre Philippe. Ce dernier démarre en effet l'écriture d'un spectacle pour Guidoni, le premier depuis 1985. Le travail de Pierre Philippe tourne autour des problèmes de société et de la personnalité de Jean Guidoni. C'est du 6 avril au 9 mai 1999 que l'artiste fait donc sa rentrée sur la scène du théâtre Sylvia Monfort à Paris. A travers les sombres événements du siècle, on retrouve la cohorte de ses chevaux de bataille : la cruauté des sentiments ou l'obscurité de l'âme humaine. Mais le tout est élégamment habillé de poésie et mis en musique par Guidoni en personne. Outre Pierre Philippe, les titres sont signés Juliette, François Hadji-Lazaro, Jean-Claude Vannier ou Romain Didier.

Le retour du crime

Dix-huit ans après sa création, Jean Guidoni reprend du 28 novembre au 23 décembre 2000 son spectacle "Crime passionnel" au Cabaret Sauvage. Pièce maîtresse de son répertoire, "Crime passionnel" est aussi un élément majeur de son travail avec Pierre Philippe.

Pendant l'hiver 2002, il se met à l'écriture d'un roman auto-biographique "Chanter n'est pas jouer" qui sort l'année suivante. Menant plusieurs activités de front, il commence à rassembler de nouvelles chansons qui lui permet de remonter sur scène au Théâtre Sylvia-Montfort à Paris en juillet 2003. 

C'est Edith Fambuena, ex-Valentins, qui réalise le disque sur lequel on retrouve ces nouveaux titres. L'album qui sort en octobre 2004, s'intitule "Trapèze". Les textes, assez sombres, sont signés par Guidoni lui-même, mais aussi par les écrivains Marie Nimier et Jean Rouaud, et un jeune auteur, Leo Arthaud. Les compositions des musiques sont laissées à Daniel Lavoie, Edith Fambuena et Annika Grill. Une chanson, "Thé de chine" est signée Christophe Mali du groupe Tryo. La pochette en noir et blanc où l'on voit l'artiste de profil est à l'image de l'album, très sobre, loin des talons aiguilles et des bas résille qu'on lui avait déjà vu porter. 

Il présente ses chansons lors d'un concert au Liban, à Beyrouth. Ce concert (organisé dans le cadre de l'opération Génération Musiques, de l'Association française d'action artistique) précède la tournée française à Rezé, Loire-atlantique, les 14 et 15 octobre, à Paris à partir du 18 à l'Européen.

On le retrouve une nouvelle fois à Paris pour un concert mémorable le 30 juin 2006. 

A l'occasion de cette tournée, Jean Guidoni travaille avec le multi-instrumentiste Nicolas Deutsch (que l'on a déjà vu aux côtés d'Emilie Simon ou Thomas Fersen). Il s'est occupé des orchestrations des chansons pour la scène et accompagne le chanteur. De cette rencontre, naît les premières chansons de l'album suivant.

2007 : "La pointe rouge"

En effet, pendant l'été 2005, Guidoni commence à travailler des textes et Nicolas Deutsch les met en musique. Un peu plus tard, d'autres artistes viennent apporter leur pierre au nouvel édifice musical, réalisé par le même Nicolas Deutsch. Dominique A signe "Cloaca maxima", Philippe Katerine "Un arbre en Normandie", Jeanne Cherhal "Comme un autre", et Mathias Malzieu de Dionysos, "Oh loup !". Une belle brochette d'auteurs compositeurs de la nouvelle génération avec lesquels Jean Guidoni, 30 ans de carrière derrière lui, trouve un nouveau souffle. Cela lui permet aussi de s'ouvrir sur d'autres univers. "La pointe rouge", l'album, sort donc en avril 2007.

Du 22 au 26  mai, Jean Guidoni se produit sur la scène parisienne de la Boule Noire.

Le 17 novembre 2008, Jean Guidoni publie un CD hommage à Jacques Prévert : "Etranges étrangers". On y retrouve quelques chansons incontournables du grand homme ainsi que des poèmes jamais mis en musique auparavant. C’est la petite-fille du poète, Eugénie Prévert, qui a demandé au chanteur d’interpréter et de faire revivre les textes de son grand-père.

L’album et le spectacle qui en découle sont dirigés musicalement par Fabrice Ravel-Chapuis avec la collaboration de Thierry Escaich et d’Edith Fambuena. Les premiers concerts ont lieu à Paris, à l’Européen, le 25 novembre et les 15 et 16 décembre 2008. Jean Guidoni emmène ensuite sa nouvelle création dans toute la France entre janvier et juin 2009.

L'incursion dans l'œuvre de Prévert se poursuit avec un nouveau projet. De 2011 à 2012, Guidoni présente "Le Déséquilibriste Prévert" dans les salles de France, un spectacle adapté aux jeunes et aux moins jeunes, reprenant des textes engagés du poète.

Puis c'est à un autre grand artiste qu'il se consacre. En 2012, Jean Guidoni participe au spectacle "Où vont les chevaux quand ils meurent ?", crée en hommage à Allain Leprest au théâtre Antoine-Vitez à Ivry-sur-Seine, aux côtés du compositeur et pianiste Romain Didier et du chanteur Yves Jamait. Leur tour de chant est présenté régulièrement dans l'Hexagone durant plusieurs années.

2014 : "Paris-Milan"

C'est lors de la préparation de ce spectacle que Didier Pascalis, l'ancien manager de l'artiste disparu, lui soumet l'idée d'un album composé d'inédits de Leprest. La rencontre entre leurs deux univers singuliers apparait alors comme une évidence. Après une tournée en 2013, Guidoni s'attelle donc à la préparation de ce projet, mis en musique par Romain Didier.

L'album, intitulé "Paris-Milan" paraît en octobre 2014, composé de 12 textes d'Allain Leprest jamais encore interprétés. La chanteuse Juliette vient partager un duo sur "Trafiquants". Le coup d'envoi de la tournée est donné le 14 octobre au Théâtre de la Ville à Paris. On le retrouve aussi à l'Alhambra à Paris le 26 janvier 2015.

Juillet 2015
 

Discographie
LÉGENDES URBAINES
Album - 2017 - Tacet
PARIS MILAN
PARIS MILAN
Album - 2013 - Tacet
ETRANGES ETRANGERS
Album - 2007
LA POINTE ROUGE
Album - 2006
TRAPÈZE
Album - 2003
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