Pierre Rapsat

Pierre Rapsat
© Mireille Henry
Passeport artiste
28/05/1948
Ixelles (Belgique)
20/4 /2002
Verviers (Belgique)
Pays:  Belgique
Langue:  Français
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Chanson

Dans le petit cercle des chanteurs belges contemporains, parmi lesquels on retrouve Axelle Red, Maurane, Arno..., il en est un qu'il faut désormais conjuguer au passé. Décédé prématurément, en avril 2002, Pierre Rapsat reste un des artistes sans doute les plus sincères de la Belgique francophone d’aujourd’hui. Fort reconnu, il s’est très vite taillé un succès populaire dans son pays. Mais il n’avait pas trouvé la consécration sur la scène française. D’un talent indéniable, il excellait à marier les sons rock à la poésie de la langue française

Biographie: 

Pionnier avec l’heure

Né le 28 mai 1948, à Ixelles (une des communes de Bruxelles), d’un père flamand et d’une mère espagnole, Pierre Rapsat s’appelle encore Raepsaet pour l’état civil. Son père, qui a passé deux années de détention à Dachau, était originaire de Dottignies (près de la frontière française). Sa mère est issue d’une famille qui a fui la guerre civile espagnole.

A une dizaine d’années, après plusieurs déménagements, la famille quitte Bruxelles pour s’installer plus à l’est, à Verviers, dans la province de Liège, où son père a trouvé du travail. Pierre restera attaché, toute sa vie à cette ville textile, y puisant son environnement amical, musical.

Adolescent, il se nourrit aux deux mamelles de la pop-rock anglaise (Beatles et autres Rolling Stones) et de la chanson française à texte (Léo Ferré, Georges Brassens...). Il s'achète une guitare, qui restera son instrument de prédilection, et commence à en jouer dès 13 ans. Il commence aussi à écrire quelques mélodies. A 18 ans, il a choisi sa voie : écrire et composer.

Pierrot pour les intimes, forme tout d'abord des orchestres de bal avant de rencontrer Éric Van Hulse. Celui-ci, sous le pseudonyme d'Eric Vion, écrit des textes. Ensemble, ils font un premier 45 tours. Ils rencontrent alors Paul Simul qui devient le chanteur de leur association. Ils enregistrent sur un huit pistes à Anvers " Bye-bye Dave ". Pierre continue de composer, par exemple pour les Tenderfood Kids, où il joue comme bassiste.

En 1970, il fonde son propre groupe, Laurélie. Un seul album voit le jour (chez Barclay) et le groupe se dissout. Il rejoint ensuite durant deux ans la formation bruxelloise Jenghiz Khan. De nouvelles portes s'ouvrent. Et son approche musicale s'élargit. Le premier album " Welt Cult " est un succès. Mais c’est à nouveau le split. Las de toujours tout recommencer à zéro, Rapsat décide de se lancer dans une carrière solo et surtout de se mettre au chant. Pour vivre, il est, tour à tour, disc-jockey et garçon de bistrot. Il prépare des démos pendant un an et demi. Et signe pour sept ans chez Warner.

La carrière solo

En 1973, il enregistre son premier album solo " New York ", dans deux versions, une anglaise et une française. Si le concept surprend, le créneau choisi étonne encore plus. Faire du rock en français, une gageure à l'époque, est remarquée par les principaux critiques. A sa manière, Rapsat est " précurseur et visionnaire ". Il invente, comme Michel Jonasz ou Julien Clerc, un rock à texte, mature et mélodieux. Ses musiciens de studio, Patrice Tison, Pascal Arroyo, François Bréant et Albert Marcœur feront partie ensuite de la bande à Lavilliers.

Un an plus tard, il sort un nouvel album " Musicolor ". Durant cette période, il écrira " L’Enfant du 92ème ", titre à succès qu’il offrira à Jeanne-Marie Sens et qu’il réenregistrera lui-même pour son troisième album " Je suis moi ", un album qui assure parfaitement la jonction entre l’inventivité musicale anglo-saxonne et la chanson " à texte ". Il abandonne définitivement la langue de Shakespeare au profit de celle de Molière et Voltaire. Ce qui lui permet de donner pleine puissance à ses jeux de sonorités sur les mots.

En 1976, avec "Judy and Co", Pierre représente la Belgique au concours Eurovision de la chanson à La Haye (Pays-Bas). Sa huitième place n'est pas historique. Mais, à partir de cette expérience, son style se précise : moitié rock, moitié chanson.

Les disques vont ensuite se succéder, au rythme de pratiquement un par an : " Je suis moi " en 1977, avec les Artistes d'eau douce et l'Enfant du 92e, "Gémeaux" en 1978, "1980" en... 1979, "Donner tout son coeur" en 1980. Et surtout d’incessantes tournées qui lui permettent de devenir un homme de scène formidable, avec un punch qui ravit le public à chacun de ses passages. En même temps que la sortie de ses albums, Pierre pressent le phénomène vidéo. En 1980, avec Michel Perrin, réalisateur à la radio télévision belge, il réalise autour de ses chansons un show "Bizarostyl", qui remporte une mention spéciale au festival télévision de Montreux. A cette époque, il s'entoure, sur disque et sur scène, du groupe Transfert formé de Christian Willems (batterie), Jean-François Maljean (claviers), Christian Wagemans (basse) et Christian Boissart (guitare).

"Un coup de rouge, un coup de blues" (1981) est sans doute l'album qui, pour la première fois, lui donne une impression de satisfaction totale. Tellement heureux, et certain d’avoir trouvé sa voie, Rapsat met immédiatement en chantier "Lâchez les fauves" qui sortira en 1982. Précédé par un single imparable, "Passager de la nuit", cet album marque le début du succès en Belgique. Avec "Cover Girl, quel est ton nom ?", il se retrouve, dès sa sortie, en tête du hit-parade local et est très vite couronné par un disque d'or. Les concerts suivent et se donnent à bureaux fermés. On double toutes les dates, triplant même certaines.

En 1984, l'album "Ligne claire" ("Elle m'appelle", "Animal"), signe un hommage à la bande dessinée. Plusieurs titres sont classés dans les hit parades. S’ensuit une tournée en Belgique et une première incursion au Québec. Certains titres vivront aussi en vidéo-clips, comme "Illusions". "Quand j'enregistre un album, confie alors Pierre Rapsat, ce qui m'intéresse c'est la réalisation, comme au cinéma. Les chansons sont écrites, répétées, corrigées, préparées avec l'ingénieur du son. La production commence très tôt, tout est colorié avec précision."

En 1986, sort le dixième album de Pierre Rapsat qui porte le titre "J'aime ça" ("Où es-tu Julian ?", "Noï", "Ecris ton nom"). Cette même année, le 24 mai, Pierre Rapsat se taille un joli succès en jouant à guichets fermés devant 8 000 personnes à Forest National (la grande salle en forme de salle de sport de Bruxelles). Une première pour un artiste francophone belge. Pour l’occasion, il a renforcé son orchestre, s’offrant notamment les services de guitaristes comme Jean-Pierre Froidbise et Thierry Plas.

Ses albums suivants auront moins de succès. En 1988, sort "Haut les mains" un album plutôt de transition. Y figure néanmoins "Soleil noir", qui deviendra un classique de ses prestations scéniques.

En 1990, "J'ouvre les yeux" préparé au Studio Gallery de Bruxelles, prépare une tournée avec une nouvelle équipe de musiciens. Seul l’inséparable, Christian Willems à la batterie est demeuré de ses équipes précédentes. Il s’entoure également d’une nouvelle équipe de production, Team for action, et sort en 1991, "J'ai besoin de nous", un album compilation reprenant 17 de ses meilleurs titres, ainsi qu’un titre inédit, début de la collaboration avec Eric Melaerts.

Cette collaboration se développe sur "Brasero", un album qui marque le retour de Pierre à une production volontairement plus dépouillée. Sous la houlette de Melaerts (producteur et arrangeur) et de Dominique Blanc-Francard (mixage), Pierre Rapsat assume ses rides naissantes et ses premiers cheveux blancs. Il décide alors de retrouver la chaleur des salles plus petites. La tournée "Face à Face" s’installe pour quelques jours au Beursschouwburg de Bruxelles et au Trocadéro de Liège. L’orchestre de scène est remanié : Francis Charlier (guitares) et Xavier Tribolet (claviers) font leur apparition.

L’épopée Francofolies

En 1994, c’est aussi la première édition des Francofolies de Spa, le festival de la chanson française copié sur son grand frère français de La Rochelle, un projet dans lequel Pierre s’implique dès le début, auquel il donne un sérieux coup de pouce et qui amorce son retour. Il restera au comité de programmation. Local de l’étape - son habitation Verviers n’est qu’à quelques kilomètres de Spa - il y inaugure la série des "Fêtes à" avec notamment à ses côtés Jeff Bodart et Jean-Luc Fonck de Sttellla pour une version d’anthologie de "Animal". Le même soir, il remonte sur scène auprès de Laurent Voulzy pour un "le Soleil donne" mémorable.

C’est avec un reggae au thème écologique que Pierre revient dans l’actualité discographique avant l’été 1995 "Blue note dans l’univers" est le premier pas d’une collaboration avec Jean Tranchant (ingénieur du son de Voulzy, Souchon ou Maurane, ...) choisi pour assurer la production du prochain album. Pour la première fois depuis des années, Pierre a confié l’écriture de certains titres à d’autres, et non des moindres : Jacques Duvall ou Jean-Luc Fonck. Intitulé sobrement "Pierre Rapsat", ce 14ème album laissera pourtant l’impression à l’artiste qu’il n’est pas allé au bout des ses envies et de son éclectisme.

Un nouveau projet est déjà sur les rails : l’enregistrement d’un "live". Ce sera chose faite avec "Passager d'un soir" (1996), enregistré aux Francofolies de Spa. On y retrouve tous ses standards dans des versions explosives : le son est énorme, les rythmiques puissantes. Il livre au même moment "Un dimanche en automne" écrit au lendemain de la Marche blanche, qui vit 300.000 Belges dans la rue pour dire leur traumatisme, leur émotion et leur colère face à l’affaire Marc Dutroux (inculpé dans des affaires d'enlèvements d'enfants, de meurtres et de pédophilie).

Pour l’artiste, cet album marque aussi la fin d’une époque. Depuis longtemps, il a envie de proposer un spectacle différent et le moment lui paraît idéal. Il monte ainsi "Pierre Rapsat seul en scène... enfin presque". Un presque "One man show" dans lequel il revisite sa carrière au travers d’anecdotes, de clins d’oeil, et de chansons moins connues, dans des versions remaniées et toujours inattendues. Les réactions enthousiastes du public le rassurent. Point n’est besoin de décibels pour convaincre. À ses côtés, se retrouve un seul musicien, polyvalent : Didier Dessers. Complice, complémentaire, alter ego : c’est la rencontre idéale, celle que Pierre attendait. Dans le même temps, le pays est secoué de scandales divers. L’affaire Agusta et Dassault voit plusieurs ministres mêlés à des affaires de corruption. L’enquête sur les tueurs du Brabant révèle d’autres compromissions douteuses au haut niveau de l’État... source d’inspiration pour sa future chanson " mensonge " sur ces hommes qui rompent leur serment.

Sorti en 1998, "Volte-face" marque le début de sa collaboration avec Didier Dessers. Appuyé sur trois singles imparables (Pile ou Face, J’attends le soleil et Si les Femmes), l’album surprend et séduit tout azimuts. Effectivement il confie à des journalistes "vouloir jouer le coté surprise, la personne qui surprend là où on ne s’y attend pas".

Fort de ce renouveau, Pierre, plus serein que jamais, compose coup sur coup onze merveilleux titres. "Dazibao" est un réel succès. Disque d’or en Belgique, il révèle un chanteur en pleine maturité et signe aussi le retour du chanteur en France. Dans le touchant "Jardin secret" et le bluesy "Tout le monde veut y croire", il fait preuve d'une sensibilité (une fragilité aussi) dont il n'est pas coutumier.

En avril 2001, il donne un concert exceptionnel au Cirque royal à Bruxelles, en compagnie de l’Ensemble des musiques nouvelles, un orchestre à cordes. Le "Live" enregistré à l’occasion, comprenant également un duo inédit enregistré en studio avec Lio, sort un an plus tard en 2002. Intitulé " Tous les rêves sont en nous " du nom de sa chanson phare, il sonne comme un épilogue.

Ce qui aurait dû être la consécration est, en effet, interrompu par la maladie. Atteint de plein fouet par le cancer, Pierre Rapsat annule in extremis sa participation aux Francofolies de Spa, en juillet 2001. Il doit également, à son regret, annuler sa participation au concert de Maurane à l’Olympia en septembre de la même année. Les annulations se succèdent. Le chanteur doit suivre un traitement radical pour combattre la maladie. Il remonte néanmoins sur scène pour quelques concerts, chez lui à Verviers, fin février 2002, puis à Ath, le 1er mars. Mais le noir obscur l’emporte. Il décède dans la nuit de samedi à dimanche 20 avril, à Verviers, laissant un fils Thomas âgé d’une vingtaine d’années. Sa mort entraîne une émotion importante, à la hauteur du talent et de la sincérité du bonhomme. Quelques heures à peine après que la nouvelle soit connue, les hommages se succèdent. Radio et télévision modifient le cours de leurs programmes. Une page de condoléances est activée sur Internet. Le lendemain les journaux lui consacrent une page entière. Son enterrement quelques jours plus tard rassemble une bonne part du milieu artistique belge. Adamo, Les frères Taloche, Claude Barzotti, François Pirette, Plastic Bertrand sont là.

"Tous les rêves, tous ces rêves, tous ces baisers volés. Tous ces rêves qu’on a abandonné, et qui nous donnaient l’envie d’aller jusqu’au bout, à présent nous supplient de rester debout. Les rêves parfois viennent s’échouer et s’achèvent, s’achèvent devant l’écran d’une télé, dans un monde qui nous agresse, qui peut vous mettre en pièces. Solitaire dans un trois-pièces tout ce qu’il nous reste, c’est d’aimer les étoiles. Laissons les filer. Aimons les étoiles. Laissons-les. Laissons les. Laissons les ... filer". (les Rêves sont en nous)

 

Juillet 2002

Discographie
TOUS LES REVES SONT EN NOUS
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Live - 2001 - Sony
DAZIBAO
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Album - 2000 - Polydor
J'AI BESOIN DE NOUS
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Compilation - 1998 - Sony
VOLTE FACE
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Album - 1997 - Sony
PASSAGER D'UN SOIR
PASSAGER D'UN SOIR
Live - 1996 - Sony
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