Femi Kuti

Femi Kuti
© Thomas Lang
Passeport artiste
16/6 /1962
Londres (Grande-Bretagne)
Pays:  Nigéria
Langue:  Anglais
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Afro-beat

Il a appris à jouer divers instruments au contact du fondateur de l'afrobeat, Fela Ransome Kuti, son père, avant de s'enrichir d'autres styles musicaux comme le jazz, la juju, le high-life et le funk. Aujourd'hui, il s'oriente vers une démarche plus personnelle, vers un afrobeat agrémenté de sonorités plus actuelles, en reprenant le combat de son père avec des idées nouvelles.

Biographie: 

Femi Anikulapo Kuti est né le 16 juin 1962 à Londres. Mais c'est à Lagos, alors capitale du Nigeria, qu'il grandit, à l'ombre de son père le célèbre saxophoniste Fela. Femi s'installe dès l'âge de quinze ans à Kalakuta, la République fondée par Fela, sa mère Remi vivant séparément. Le fils s'est vu sommé par son père de choisir entre l'enseignement "néocolonialiste du système oppressif" du Nigeria et une vie dans sa communauté. Du roi de l'afro-beat, il reçoit une éducation rigoureuse, musicale certes, mais surtout inspirée des combats qui rythment depuis plusieurs générations la vie de cette famille protestante et adventiste.

La grand-mère maternelle de Femi, militante très active, est en effet la première femme responsable syndicale au Nigeria. Elle s'est battue contre l'oppression coloniale. En 77, sa mort brutale alors qu'elle est âgée de 78 ans (elle est défenestrée par des soldats venus détruire la maison de son fils) et l'exposition de son cadavre devant le palais présidentiel par Fela, constitue l'une des blessures les plus douloureuses du jeune Femi. L'adolescent qui est du cortège, en sort terrorisé. De cet affront à la dictature militaire entré au répertoire des actes héroïques de son père, Femi garde la conviction qu'avec le courage on peut forger une arme de résistance à toute forme de menaces et d'arbitraire. Désormais, le fils de Fela préfère "être mort que vivre terrorisé".   

Ses débuts au sax

Après avoir abandonné ses études, Femi en digne héritier de son père, commence à toucher au saxophone. L'initiation du fils aîné de Fela dure deux ans. Il intègre alors la formation paternelle Africa 70 et part en tournée.

Musicalement, Femi a hérité de Fela une énergie qui sur scène, entre en incandescence. C'est un véritable show man et un musicien dont on s'accorde de plus en plus à dire qu'il est doué. A 19 ans, Femi tient déjà le saxo soprano (il est aussi alto et baryton plus tard) dans l'orchestre de Fela. Au cours de la tournée entreprise par son père aux Etats-Unis en 85, il est obligé de le remplacer au pied levé sur la scène de l'Hollywood Bowl de Los Angeles, le roi de l'afrobeat s'étant fait arrêter pour exportation illégale de devises par la police nigériane au moment d'embarquer. Même si l'assistance est dans un premier temps déçue, Femi finit par enflammer la salle.

Femi et le Positive Force

En dépit du grand professionnalisme dont il fait preuve à la tête du groupe paternel, Femi est obligé de céder à la forte contestation de la part de plusieurs membres qui l'accusent de déformer l'esprit et l'image de la formation. Mais quand Fela est jeté en prison par les autorités nigérianes en 84, le fils dirige l'orchestre de Fela et le Shrine, la boîte de nuit que le Black President avait fondée et animée dans les années 70. A la libération de Fela en 86, Femi laisse la place et fonde avec son ami d'enfance Dele Sosomi (claviers), deux de ses sœurs Sola et Yeni (danseuses) et de jeunes musiciens, un groupe dont il devient le leader, le Positive Force.

De l'aveu même de Femi, son père apprécie peu ce projet et ne le soutient pas. Il faut dire que les deux hommes n'ont pas la même conception de la vie : en face des excès de Fela, le fils se veut beaucoup plus sobre et réaliste. Bannissant dans son cercle, stupéfiants et alcool, il tente de construire ce qui ressemble à un commencement de carrière personnelle. En même temps, la critique est sévère et l'accuse de vouloir copier son aîné. Les débuts du groupe sont difficiles mais le jeune homme et ses acolytes s'accrochent. Et ils ont raison car c'est lors d'un concert dans un club de Lagos qu'un producteur les repère.

1987 : "No cause for alarm"

En 87, Femi sort un premier album produit au Nigeria, intitulé "No cause for alarm" ("Pas de quoi s'affoler"), mélange de soul, funk et jazz. Pour ses premières compositions, le jeune homme baigné depuis son plus jeune âge dans la musique de Fela et ayant appris les choses sur le tas, ne se démarque pas vraiment de son aîné. En ce qui concerne les thèmes de ses chansons, sa culture politique constitue la base de son inspiration : il dénonce les guerres, la corruption ou l'apartheid. A la suite de la sortie de l'album, Femi est invité à se rendre en Europe. En mai 88, le groupe fait sa première apparition, au festival Musiques Métisses d'Angoulême et se produit même un peu plus tard, dans le célèbre club de jazz parisien, le New Morning, salle qu'il retrouvera en 89. C'est ensuite en Afrique qu'il va faire un certain nombre de concerts, essentiellement dans les centres culturels français.

Fort de cette première expérience personnelle, Femi sort en 92 un album éponyme plus proche de ses enflammées prestations scéniques. Il revient au New Morning le 6 mars où il peut démontrer à un public connaisseur que son flirt avec le jazz ne fait qu'appuyer une démarche artistique personnelle marquée au fer rouge de l'afro-beat. Sa virtuosité au saxo n'est plus à démontrer, certains disent d'ailleurs qu'il a un meilleur jeu que son père.

En mars 95, il se produit aux Etats-Unis en compagnie d'Oumou Sangaré, Boukman Eksperyans et Baaba Maal pour une tournée Africa Fête de 17 dates. En juillet, il se produit sur la scène du Summer Stage festival en plein cœur de Central Park à New York. Cette même année, le musicien nigérian sort un nouvel opus chez Tabu Records, la vitrine consacrée aux musiques africaines de la légendaire Motown. "Wonder wonder" donne une version maîtrisée du renouveau de l'afrobeat. Les critiques parlent de précision et de justesse, de sens de la discipline ! La comparaison avec Fela est bien entendue, sous-jacente. Femi utilise dans cet opus, une section de cuivres impressionnante et puissante en même temps que des sonorités issues du vaudou nigérian. A chaque étape de sa carrière, il construit sa musique ainsi que son succès. En France, il fait une très grande tournée.

En mai 96, il remporte dans son propre pays six récompenses aux Fame Music Awards (équivalent nigérian des Victoires de la Musique) : meilleur producteur de l'année, meilleure chanson cross-over, meilleure musique cross-over, meilleure musique, meilleure chanson et surtout meilleur artiste de l'année.

1997 : mort de Fela

L'année suivante est déterminante dans la carrière du fils aîné du Black President. En août, Fela est terrassé par le sida. Les fans autant que l'opinion publique africaine et la presse spécialisée en Occident tentent de lui imposer comme une camisole de force, la reprise du flambeau. Sans manifester aucune velléité d'échapper à son destin, le fils aîné de Fela veut assumer l'héritage avec détermination certes, mais la sérénité en plus. A ceux qui lui font remarquer qu'il est plus posé que son père, Femi répond sans excitation qu'il n'a pas vécu les mêmes atrocités que son père, "si j'avais été battu comme lui, précise-t-il, moi aussi je serais en colère". Aussi ne retrouve-t-on chez lui ni les discours incendiaires, moins encore les hypnotiques prestations scéniques de son père.

La mort de son illustre géniteur est suivi quelques mois plus tard par celle de sa sœur cadette Sola, victime elle, d'un cancer. Elle était avec son autre sœur Yeni aux côtés de Femi à la création du Positive Force. Funke, l'épouse de Femi, la remplace dans le groupe. L'année va s'achever par la signature d'un contrat avec Barclay/Polygram et l'enregistrement de "Shoki Shoki" son premier véritable album sorti en 1998 sur le marché international.

Femi propose alors à la planète world une œuvre qui respecte la tradition tout en métissant son afro-beat d'une ambiance dance ou funk mêlant jazz et hip hop. Avec des titres comme "Beng Beng Beng" tube en puissance ou "Truth don' die", le saxophoniste devenu avec le temps, un véritable chanteur, va enflammer les scènes du monde entier. Leader incontesté d'un groupe qui "tourne", Femi se montre un grand show man devant des publics africains ou occidentaux. Avec "Blackman know yourself", il tente de faire passer un message auprès des Africains : prendre conscience de leur Histoire pour mieux appréhender l'avenir.

Car Femi est l'héritier d'une conscience politique très forte et tient à défendre ses idées : en octobre 98, il lance à Lagos le MASS (Movement Against Second Slavery). Son propos dénonce ce qu'il qualifie de "deuxième esclavage" développé par les multinationales qui selon lui, ont fait main basse sur les richesses nationales. Il prolonge ainsi ce que son père avait initié avec le Movement of the people. Mais Femi affirme que le MASS n'est pas un parti politique, juste une organisation qui pointe du doigt tous les problèmes auxquels sont confrontés les Nigérians et plus largement les Africains. La situation politique au Nigeria est d'ailleurs de plus en plus explosive et pour le musicien, il y est plus question de "Democrazy" que de démocratie.

Sono mondiale

Lors de la cérémonie des Kora All Africa Music Awards les trophées de la musique africaine, qui se déroule à Sun City en Afrique du Sud en septembre 1999, Femi reçoit deux récompenses, celle du meilleur album masculin et celle de la meilleure chanson de l'année.

Le Prince de l'afro-beat comme on le surnomme maintenant, a trouvé son équilibre entre musique, politique et famille. Il tient solidement le flambeau, avec plus de "self control" et sans velléité messianique ni mysticisme. Son talent et son professionnalisme sont reconnus bien au-delà des frontières du Nigeria. Un album de remixes sort d'ailleurs fin 99. Des DJs comme Ashley Beedle ou Kerri Chandler s'essaient à cet exercice et font ainsi de "Shoki remixed" un pur produit de la sono mondiale.

Outre les tournées qui lui prennent énormément de temps, Femi s'investit dans la remise à flot et la gestion du Shrine réouvert en octobre 2000. Un nouveau club a été construit à un autre emplacement que le précédent afin de perpétuer l'œuvre culte du roi de l'afro-beat et faire du Shrine un rendez-vous pour les jeunes artistes. L'entreprise n'est pas aisée car le gouvernement voit d'un mauvais œil cette initiative. Il participe aussi activement au projet "Red Hot and Riot", album compilation qui participe au soutien de la lutte contre le sida. Cet album est un hommage à Fela et voit la participation de grandes stars de la musique afro-américaine. L'enregistrement a lieu en août 2001, quelques mois avant la sortie du nouvel album de Femi.

2001 : "Fight to win"

"Fight to win" arrive dans les bacs fin 2001. En douze titres, Femi renforce musicalement sa vision moderniste de l'afro-beat. Il semble s'être fixé un nouveau défi, assumer certes l'héritage paternel mais surtout, toucher un plus large public, notamment européen et américain. Respecter l'âme de ce beat africain (les cuivres sont toujours aussi puissants) créé par son père, tout en faisant de "Fight to win" un espace de dialogue avec des artistes aussi inattendus que le rappeur new-yorkais Mos Def (sur "Do your best"), Common, son alter ego de Chicago (sur "Missing link") ou encore Money Mark, un ex-clavier des Beastie Boys. Femi fait aussi appel au producteur qui avait déjà travaillé sur "Shoki shoki", Sodi.

Le 12 janvier 2002, Femi perd sa mère Remi. Elle meurt à l'âge de 60 ans à la suite d'une maladie. Toujours à ses côtés depuis que le jeune homme s'était éloigné de son père, elle était un élément important de la famille qu'il s'était reconstituée. Père d'un jeune garçon (Made), le fils de Fela ne veut pas renouveler ce qu'il considère comme les erreurs de son père : un entourage néfaste, une polygamie affichée et une vie chaotique. Il vit pour et par sa musique en même temps qu'on le dit tenté par une carrière politique.

2004 : "Live at the Shrine"

En 2004, sort un double album, un disque live enregistré au Shrine et un DVD de Raphaël Frydman, "Live at the Shrine". Le documentaire permet de partager le quotidien du saxophoniste : il dirige les derniers travaux, vit dans un appartement au dessus de la salle de concert, passe du temps dans les embouteillages de Lagos et un une majeure partie de son temps en répétition. Le soir, il joue des heures sur la scène du fameux club. Son seul jour de congé a lieu le vendredi lors des "disco nights", seul jour où interviennent d'autres groupes que le Positive Force. Cogéré par sa sœur, le Shrine tourne à plein régime.

Pour établir le choix des morceaux du disque "Live at the Shrine", Femi Kuti a fait voter le public, les titres étant en effet joués depuis plusieurs mois sur la scène du célèbre club. A part une lumineuse reprise de "Water no get no ennemy" de Fela et le morceau "97", Femi a inauguré sur ce disque une dizaine de nouveaux morceaux. Les morceaux comme "Shotan" ou "Can't buy me" permettent à Femi d'asseoir sa réputation de musicien chevronné et d'homme de parole et de valeurs. Au Shrine, Femi rétablit les "sunday jumps", ces après-midi à haute teneur politique et culturelle, initiées par Fela. Il décide par contre de stopper le MASS, "Movement Against Second Slavery", pour cause d'incompréhension, les objectifs souhaités n'étant pas atteints.

Le grand succès de cet album entraîne Femi sur les routes du monde pendant plusieurs mois.

En janvier 2007, Femi est de passage à Paris pour l'enregistrement de nouveaux morceaux. Il pose trompette, orgue, saxophone et voix au studio Zarma à coté des Halles. Le futur album s'inscrit dans la "même direction" que les précédents : afro-beat et textes engagés, Son fils, Wade Kuti, douze ans, y joue du saxophone.

2008 : "Day by Day"

Le 27 octobre 2008, "le prince de l’afro-beat" sort "Day by Day". Douze morceaux enregistrés à Paris et bichonnés par le fidèle Sodi, producteur français de Fela, des Négresses Vertes ou encore d’IAM. Refrains palpitants, rythmes africains hypnotiques, paroles militantes et métissages avec swing ou hip hop : la formule reste la même, tenue par un chantre de plus en plus remonté contre la guerre et les inégalités. "Day by Day" réunit des invités originaux, comme la chanteuse Julia Sarr et la Française Camille pour les chœurs du titre "Day by Day", Keziah Jones et Sébastien Martel à la guitare ou encore Patrick Goraguer aux claviers. 

Femi Kuti s’élance dès novembre sur les routes de France avec l’énergie qu’on lui connaît. Il est au Bataclan le 12 novembre 2008, puis en Europe en 2009.

Le 28 mai 2009, les autorités nigérianes imposent la fermeture du New Africa Shrine, le mythique club de musique que Femi Kuti et sa sœur Yeni Anikulapo gèrent ensemble à Lagos. Des "nuisances sonores" et des "entraves à la circulation" leur sont reprochés à cause des vendeurs ambulants et des voitures qui abondent chaque soir devant l'entrée. Le Shrine rouvre le 11 juin 2009 et, en 2010, Femi Kuti est plus motivé que jamais pour fêter les dix ans d'existence chaotique du club.

2010 : "Africa for Africa"

Cette année-là, Femi Kuti l'entame à l'hôpital de Lagos, où il entré pour cause de surmenage. Il s'y repose deux bonnes semaines et reprend sa course folle. Un concert télévisé à Johannesburg pour la cérémonie d'ouverture de la coupe du monde de football à l'été. Puis une représentation à Broadway, à New York, dans la comédie musicale "Fela!", qui séduit les Américains. Il s'enferme ensuite au studio Decca, la plus mythique cuisine de la musique nigériane, où il a fait ses classes avec son père et enregistré son premier album "Shoki Shoki".

Entre les coupures de courant, la chaleur et le matériel défectueux, ce retour aux sources (après être passé par les studios les plus modernes), est épique pour Femi et son réalisateur Sodi, qui a fait le voyage depuis Paris.

"Africa for Africa", l'album qui en a réchappé, sort le 8 novembre 2010. Il est agressif et rugueux comme jamais, paroles et musique confondues. De l'afrobeat pure, presque punk. Femi ne tarde pas à l'embarquer sur scène. Après des dates en Grande-Bretagne, en Australie, en Allemagne en novembre, il joue à Paris à l'Alhambra le 11 décembre 2010. L'année suivante, il revient donner des concerts en France. Les 17 et 18 octobre, il fait en plus la première partie du groupe américain Red Hot chili Peppers, au Palais Omnisport de Paris-Bercy.

2013 : "No place for my dream"

A 50 ans, en avril 2013, Femi publie son septième album en 26 ans de carrière. Entouré de sa formation Positive Force rajeunie de nouveaux musiciens, Femi Kuti a enregistré "No place for my dream" à Paris dans le studio de son complice de toujours, Sodi. Les onze titres portent plus que jamais les couleurs de l'afrobeat. Les textes perpétuent le combat de son père Fela contre la corruption et la misère, une lutte que Femi continue de porter avec espoir sur les scènes internationales. C'est ainsi qu'il se produit le 22 avril au Bataclan à Paris.

Février 2014

Discographie
NO PLACE FOR MY DREAM
NO PLACE FOR MY DREAM
Album - 2012 - Label Maison / Naïve
AFRICA FOR AFRICA
AFRICA FOR AFRICA
Album - 2009
DAY BY DAY
DAY BY DAY
Album - 2007 - Pias
THE DEFINITIVE COLLECTION
THE DEFINITIVE COLLECTION
Compilation - 2006 - Wrasse records
THE BEST OF
THE BEST OF
Compilation - 2004 - Universal
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