Prix découvertes

Régis Gizavo

© Peter Pakvis Redferns
Passeport artiste
16/06/1959
Tuléar (Madagascar)
16/07/2017
Corse (France)
Pays:  Madagascar
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur
Genre musical:  Musique du monde

Associer accordéon et musique malgache, cela peut sembler étonnant. Introduit par des marins de passage au début du 19e siècle, le "piano du pauvre" est pourtant l’un des instruments traditionnels à Madagascar car il a trouvé une place naturelle dans la culture locale, avec un autre son, un autre jeu que Régis Gizavo perpétuait et dont il était l’un des derniers détenteurs.

Biographie: 

À Tuléar où il naît le 16 juin 1959, Régis entend très tôt le son de l’accordéon, un petit modèle diatonique que possède son père. Ce sont surtout ses frères qui l’utilisent et quand il commence à prendre l’instrument familial vers l’âge de six ans, ce n’est pour lui qu’un jouet avec lequel il essaie de reproduire ce qu’il entend.

Il le fait assez bien pour qu’une formation de quartier qui anime les soirées vienne le chercher lorsqu’il a douze ans pour qu’il joue un peu de musette, du sega et d’autres rythmes dansants. Pendant que les autres musiciens draguent, il explore les possibilités du modèle chromatique à touches clavier que vient d’acheter son père.

Au cours de ses vacances dans le village de sa mère, le jeune garçon fait la découverte des styles traditionnels liés aux rituels et aux fêtes. Son doigté est le résultat de ses observations. Dans la musique traditionnelle malgache, l’accordéon délivre ceux qui sont en transe et Régis en fait l’expérience dès 1971 : alors qu’il est en train de répéter avec ses copains, une voisine possédée par les esprits retrouve son calme en entendant le son de son instrument. Le renitra, joué à l’origine sur un diatonique, mais que Régis a adapté au chromatique, est ce rythme au pouvoir libérateur, devenu par la suite le tsapiky à partir du moment où les guitaristes l’ont transposé sur leurs instruments électrifiés.

Après deux ans à l’université de Tamatave pour étudier la gestion, sur la côte est de Madagascar, Régis abandonne et rentre à Tuléar. Il reprend la musique avec ses copains, puis décide de tenter sa chance à Antananarivo, la capitale, où il s’installe en 1984. Il est persuadé qu’il peut percer avec ses propres compositions. Et en effet, son premier groupe Regis Sy Landy, un duo mixte dans lequel il joue et chante, lui permet de se tailler un franc succès auprès du public comme des médias qui diffusent ses chansons et ses clips.

Prix Découvertes

Il est même débordé par ce début de carrière fulgurant : il n’a enregistré que quatre morceaux, pas assez pour se produire en concert alors qu’on le demande partout. Débordé aussi parce qu’il a choisi de s’occuper de tout et de contrôler sa musique. À la différence de la plupart des artistes malgaches connus à cette époque, jamais il n’a jugé utile de travailler avec Mars, la maison de disques qui règne sans partage sur la musique malgache, préférant se débrouiller seul pour trouver un autre studio.

Cela ne l’empêche pas de s’impliquer dans d’autres projets parallèles, d’accompagner en tant que bassiste le chanteur de charme Rija Oelijaonina ou Feon’ala, une des formations les plus réputées de la Grande Ile. Pour lui, c’est aussi l’occasion de retrouver un autre mercenaire, D’Gary, un guitariste exceptionnel qu’il connaît depuis son enfance à Tuléar et qui a pris aujourd’hui une dimension internationale. En 1990, grâce aux deux morceaux qu’il avait envoyés à Paris, il est lauréat du concours musical annuel "Découvertes" organisé par Radio France Internationale.

Lors de la cérémonie de remise des prix à Conakry, il attire l’attention du batteur Francis Lassus (Claude Nougaro, Laurent de Wilde, Ray Lema...) qui cherche à monter un groupe. Régis est donc invité en France pour prendre part à l’aventure de Bohé Combo aux côtés entre autres de Richard Bona, Sally Nyolo, Jean-Michel Pilc... Un concentré de talents, car chacun des membres s’est depuis fait un nom en solo. "On était tous des leaders" se souvient d’ailleurs Régis Gizavo. En 1993, il est auditionné par I Muvrini qui le choisit pour remplacer le jazzman Daniel Mille.

Grâce au prix que lui avait décerné RFI trois ans plus tôt, il avait enfin pu s’acheter son premier accordéon, un modèle à 4.000 F "pour les débutants", lui apprend un jour un réparateur. C’est pourtant cet instrument que l’on entend sur deux des quatre albums que le Malgache a fait avec le groupe de polyphonies corses au cours des huit dernières années.

Une tournée avec le chanteur folk d'origine néo-zélandaise Graeme Allwright en 1994, des centaines de concerts avec I Muvrini, des participations aux albums des Têtes Brûlées, Zao ou D’Gary, Régis n’est pas en manque de sollicitations, mais a envie de s’exprimer en toute liberté, de revenir vers ses racines et de donner sa version de la musique malgache.

1995 : "Mikea"

Fin 1995, il enregistre son premier album solo, "Mikea", en hommage à l’ethnie du même nom vivant de la cueillette et de la chasse, au sud-ouest de Madagascar, à l’écart de la civilisation moderne, mais dont le mode de vie ancestral est menacé par la déforestation alarmante. En duo avec le percussionniste David Mirandon, un ancien de Bohé Combo, Régis propose une autre façon de jouer de son instrument qu’il continue à découvrir. L’accordéon, il ne l’a jamais travaillé, dit-il sans hésitation. Parce qu’il n’en a pas eu pendant longtemps, mais aussi parce que ce n’est pas sa façon de voir les choses, car d’après lui "les meilleurs musiciens ne sont pas ceux qui récitent".

À Québec où il se produit en 1996, on lui remet le prix Miroir de l’espace francophone qu’il partage avec D’Gary. Il est programmé par bon nombre de festivals world, en Louisiane à Lafayette, à Angoulême où il devient un abonné des Musiques Métisses. En 2000, même s’il innove en s’entourant d’un guitariste et d’un bassiste sur deux morceaux et que Jean-François Bernardini d’I Muvrini co-signe un texte, Régis Gizavo a imaginé son nouvel album "Samy Olombelo" comme la continuation du précédent.

Il aborde les problèmes écologiques sous un autre angle, il n’évoque plus les Mikea, mais les lémuriens, cette espèce animale si curieuse, elle aussi mise en danger par le défrichage incontrôlé. Pour la seconde fois aussi, il s’empare du patrimoine traditionnel de Madagascar en adaptant un rythme renitra à son accordéon chromatique, un exploit devenu sa signature musicale.

En juin 2002, Régis Gizavo accompagne un autre accordéoniste, Marc Berthounieux, en Afrique du Sud, pour une série de concerts qu'ils donnent en compagnie de David Mzwandile, qui excelle dans le même qu'art qu'eux. Sur place, à l'occasion du Festival de Grahamstown, le plus grand de la région, il rencontre le guitariste sud-africain Louis Mhlanga, avec lequel il sympathise et envisage de collaborer musicalement.

C'est également l'année au cours de laquelle il s'associe au chanteur brésilien Lenine pour la composition de quelques titres, présents sur l'album "Phalange Canibal" de ce dernier, sorti le 9 juillet 2002. En octobre, Régis participe au festival Womex en Angleterre.  

2003 est l'année de la scène pour le Malgache aux doigts d'or. Il représente Madagascar sur les planches du Festival Hauts-de-Garonne et de l'Africajarc, dans le Lot, en juillet. Le mois suivant, il propose sa "world musette" au festival des Vaches au Gallo. Cesaria Evora lui propose cette année-là de participer à la composition de son album "Voz de Amor", qui sort le 23 septembre. Mais cette année représente surtout la date de naissance de la formation Malagasy All Stars, composée de 5 artistes majeurs de la scène malgache : Fenoamby, Justin Vali, Dama, Erick Manana, et Régis Gizavo lui-même. Leur rencontre est organisée par la directrice d'une agence de voyages malgache basée à Paris, et leur premier concert a lieu en février, lors de la soirée "Madagascar un soir".

2004 et 2005 sont marquées par ses passages sur les scènes des festivals : les Francofolies de Spa, en Belgique, les Nuits atypiques de Langon et le Festival Métisses d'Angoulême reçoivent chaleureusement le musicien. En 2005, Gizavo rencontre les Mahotella Queens, trois chanteuses reines de la musique sud-africaine. En compagnie de Louis Mhlanga, il compose six chansons pour leur album "Sebai Bai" qui remporte un franc succès. Du 11 mars au 13 avril 2006, il se joint à Cesaria Evora pour une tournée nord-américaine qui se poursuit en Europe et au Maghreb.

2006 : "Stories"

Musicien renommé et très sollicité, Gizavo passe beaucoup de temps sur ses propres albums, qu'il laisse mûrir avant chaque publication. "Stories", qui sort le 21 avril 2006, est le fruit d'une collaboration entre Régis, le Sud-Africain Louis Mjlanga et le batteur français David Mirandon. Le trio d'amis, dont chacun officie généralement en tant que talentueux accompagnateur, livre là un opus cosmopolite qui résonne comme une véritable invitation au voyage, tant les influences diversifiées de chacun se mêlent en une musique rythmée et colorée. Gizavo présente son projet sur scène lors d'une tournée française d'été qui le fait passer, notamment, par la scène de La Villette, dans le cadre du festival Scènes d'été. Il s'y produit en compagnie des Mahotella Queens.

Lura, une autre chanteuse capverdienne, fait aussi appel à lui cette année-là pour son album "M’bem di fora". Lorsque le chanteur français Mano Solo, qu’il accompagne sur scène et en studio depuis "Les Animals", resserre son équipe autour d’une poignée de musiciens, Régis est de la partie, notamment sur l’album "In the Garden" en 2007 qui est suivi d’une grande tournée. Le festival Voix des pays, organisé près de Nantes, lui offre une “carte blanche” en juillet : il invite Boubacar Traoré, Graeme Allwright et Mano Solo.

Le projet Madagascar All Stars prend de l’ampleur avec l’enregistrement d’un album, "Masoala", en 2008 au studio Mars à Madagascar. Régis et ses compagnons le présentent lors de quelques festivals, comme à Rudolstadt en Allemagne. Au mois de juin, sa rencontre avec le chanteur Christophe Mae, qui le fait jouer d’emblée dans son concert "Comme à la maison" filmé sur une plage en Corse et transformé en album live, se prolonge sur les routes de France jusqu’au printemps 2009, les amenant à assurer la première partie de Johnny Hallyday au Stade de France.

En studio, il participe à l’ultime album de Mano Solo, "Rentrer au Port", à celui du trio français Karpatt, ainsi qu’à "Eclipse" de Lura.

Le guitariste portugais Fernando Lameirihnas, installé aux Pays-Bas et qui l’a fait intervenir sur trois de ces albums, le convainc de partir avec lui en Afrique du Sud en 2010 pour une tournée nommée Cape Connection, avec le chanteur néerlandais Stef Bos, qui fait carrière là-bas.

En 2011, outre les albums "Sur le quai" de Karpatt et "Dor de Mar" du Capverdien Tcheka dans lesquels il fait entendre son accordéon, Régis Gizavo se greffe au projet Rivière Noire qui réunit entre autres le Brésilien Orlando Morais et le Français Pascal Danaë.

2012 : "Ilakake"

Son nouvel album "Ilakake" sort en septembre 2012. Cette fois, le Malgache a convié davantage d’instrumentistes : son compatriote Charles Kely et Daniel Jamet, ancien musicien de Mano Solo, à la guitare ; Thierry Fanfant, Guy N’Sangue et Mishko Ba à la basse…. Les différents univers qu’il a fréquentés au cours des années précédentes se croisent harmonieusement, trouvant leur place sur des compositions qui continuent à être inspirées par la Grande Île. Pour le lancement de l’album, Régis Gizavo est invité en tant qu’artiste "fil rouge" au festival des Nuits de Nacre à Tulles, ce qui le conduit à jouer avec plusieurs autres groupes, dont celui de Manu Dibango.

Le projet Madagascar All Stars avec lequel l'accordéoniste a beaucoup tourné, se transforme en long métrage et sort en 2016 sur les écrans. Il est mis en images par Cesar Paes.

Alors qu'il se trouve en Corse avec le groupe Alba, le musicien malgache décède brutalement le 16 juillet 2017, à l'âge de 58 ans.

Juillet 2017

Discographie
TOY RAHA TOY
Album - 2017 - Anio Records
ILAKAKE
ILAKAKE
Album - 2011 - CINQ PLANETES
STORIES
Album - 2005 - Marabi
SAMY OLOMBELO
Album - 1999 - Indigo
MIKEA
Album - 1995 - Indigo
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