Pierre Akendengué

Pierre Akendengué
© Lusafrica
Passeport artiste
25/04/1943
Awuta (Gabon)
Pays:  Gabon
Langue:  Français Myéné
Qualité:  Auteur / Chanteur / Compositeur

Parce qu'il est inclassable, le Gabonais Pierre Akendengué n'a, jusqu'à ce jour, pas tout à fait connu la carrière qu'il mérite. Il est pourtant sans conteste l'un des artistes les plus doués et les plus complets de sa génération. Avec "Epuguzu", il a signé une des chansons phare de la musique africaine des années 80. Avec "Lambarena", il a réalisé la synthèse parfaire Nord-Sud. Il serait temps qu'un plus large public le découvre.

Biographie: 

Né le 25 avril 1943 à Aouta au Gabon, Pierre Akendengue quitte son pays à 22 ans pour terminer ses études en France et pour soigner des yeux fragiles. Installé tout d'abord à Orléans, il passe son baccalauréat, puis s'oriente vers la psychologie. C'est dans ce domaine, qu'il obtient un doctorat en 1976, parallèlement à ses activités artistiques.

En 1967, à 24 ans, il s'inscrit au Petit Conservatoire de la chanteuse Mireille, où il termine troisième au concours "La fine fleur de la chanson". C'est aussi à Paris qu'il rencontre le producteur et musicien, Pierre Barouh grâce à qui, il boucle son premier album en 1974, "Nandipo", un disque centré autour de son enfance.

Dès son arrivée en France, Akendengue prend l'habitude de retourner régulièrement dans son pays, mais pour cause de problèmes financiers, il cesse ces allers et retours à partir de 1972. Dès ce moment-là, ses disques sont interdits d'antenne au Gabon.

En 1976, son second album "Africa Obota" (l'Afrique ma mère), remporte le "Prix de la jeune chanson française" au Midem de Cannes. Quelques chansons sont en français, les autres en myéné, la langue de son enfance.

Chanteur engagé

Militant et poète, Pierre Akendengué est alors catalogué "chanteur engagé", image dont il cherchera longtemps à se dégager.

Deux autres albums viennent clore cette période "politique" traversée par différentes thématiques telles que l'appel à l'unité africaine ou les maux et les espoirs du continent africain.

A partir de 1978, Pierre Akendengué accorde de plus en plus de place à l'instrumental, et crée son propre label Ntche (le pays) pour promouvoir les jeunes artistes africains. Sous ce label, il édite trois disques, mais en 1982, faute de moyens financiers, il arrête l'expérience.

En septembre de la même année, le chanteur gabonais signe chez CBS. Et c'est en avril 83, la sortie de l'album "Mando" produit par Hugues de Courson. Sur ce disque, auquel participe une trentaine de musiciens, on ne trouve que des chansons en myené. Le résultat est somptueux. La politique est toujours présente mais poétisée, symbolisée comme dans la tradition orale. Un an plus tard, Pierre Akendengué entame une série de concerts aux Pays-Bas, en Belgique et aux Antilles.

En 1985, lassé par une carrière en dents de scie, éprouvé par de sévères ennuis de santé, il décide de rentrer dans son pays. Installé à Libreville, il réalise "Passé composé", une compilation reprenant ses œuvres musicales et ses chansons sur l'Afrique en mutation. En 1989, il sort l'album "Espoir à Soweto", dans lequel il exprime sa volonté de voir la fin de l'apartheid.

Désireux de participer à la vie culturelle de son pays, il accepte d'être nommé conseiller auprès du ministre gabonais de la culture, puis conseiller du président Omar Bongo.

Lambarena

Après "Silence" sorti en 1991, Pierre Akendengue est à l'initiative avec Hugues de Courson du magistral album "Lambarena", auquel il participe largement. Pour cette rencontre inédite entre les cantates de Jean-Sébastien Bach et les chants de la forêt équatoriale, il s'entoure de 250 de ses concitoyens pour les chants et d'une cinquantaine de musiciens classiques français. Ce projet ambitieux, où l'émotion déborde, permet de démontrer que le sens du Sacré s'exprime d'un continent et d'une époque à l'autre, et que les rencontres peuvent s'opérer entre cultures différentes.

A mi-chemin entre jeunesse et sagesse, le musicien poursuit son analyse sociale à travers "Maladité", dernier opus de l'artiste, sorti en 96. Il reste toujours à l'écoute des souffrances de son continent comme le souligne le titre qui contracte les mots "maladie" et "alité".

Passionné par les rencontres, Akendengué effectue pendant un mois une tournée africaine avec le sénégalais Ismaël Lô. Leur association avait débuté dès décembre 95 lors du festival Africolor, qui se déroule chaque année à Saint- Denis en région parisienne.

Le 8 février 1997, Pierre Akendengue reçoit le Prix d'excellence lors des Africa Music Awards remis à Libreville. Au même moment, il sort en Afrique, un nouvel album, "Carrefour Rio".

2001 : "Obakadences"

Pierre Akendengué est de retour sur la scène musicale fin 2001 avec l'album "Obakadences". Très épris de son continent, il en chante à nouveau les ambiguïtés et les espoirs. Dans cet album, on retrouve le Akendengué conteur ("Confidentiel ô Très Haut"), génie de l'harmonie ("Benibeni") ou amoureux des rythmes ("Afrika Idod’ Iningo"). Plus souvent chez lui qu'en Europe, il entame une tournée des Centres culturels français fin mars 2002 à travers sept pays d'Afrique dont le sien.

Si Pierre Akendengué poursuit ses activités de conseiller aux affaires culturelles auprès du gouvernement, il ne délaisse pas pour autant sa carrière artistique. Les conditions d'enregistrement étant relativement difficile au Gabon, il faut attendre quelques temps avant que ne sorte un nouvel album. "Ekunda-Sah !" est mis sur le marché (français) en mars 2005. Toujours militant, Akendengué développe des thèmes humanistes comme dans le titre "La pauvreté" ou "la Colombe". Le premier simple issu de l'album s'intitule "Embarras".

Le 4 avril, le chanteur se produit à Paris au Bataclan.

2006 : "Gorée"

Rapidement, le musicien se met à travailler sur un nouvel album dont le thème principal est la traite des esclaves, dont un des symboles fort est l'île de Gorée, au large du Sénégal. "Gorée" est d'ailleurs le titre de l'album qui sort en avril 2006.

En 97, Akendengué avait fait le voyage sur cette île, moment intense d'émotion. Cette forte impression s'est traduite par l'écriture d'une chanson "La chanson de Gorée", autour de laquelle est conçu cet album. La démarche d'Akendengué est évidemment associée à ce qu'il considère comme un devoir de mémoire tout en défendant l'idée qu'il faut continuer à débattre de cette question. Sur cet album en forme de coup de gueule, il y a aussi "De la forêt", une chanson qui décrit l’exil forcé des Pygmées au Gabon. Dans son œuvre, l'artiste s'attache à dénoncer les injustices et les souffrances humaines de son continent.

Il donne un concert à l’Elysée-Montmartre à Paris en septembre.

Deux ans plus tard, le 17 novembre 2008, Pierre Akendengué sort "Vérité d’Afrique". C’est le dix-neuvième album de l'artiste gabonais. Le disque est enregistré en partie à Libreville, dans un studio niché dans un bidonville et en partie à Paris, au studio du label Lusafrica. Parmi les nouvelles chansons, Pierre Akendengué en a glissé une ancienne et bien connue : "Considérable", écrite en 1972 mais dont les paroles (qui scandent l’unité de l’Afrique et les défis que le continent doit relever) sont selon lui, toujours d’actualité.

Toujours traditionnel, le style musical d’Akendengué prend sur cette nouvelle production des couleurs venues du Cap-Vert grâce à une réalisation signée Nado Andrade, le pianiste et directeur musical de Cesaria Evora. Les sonorités îliennes ainsi amenées apportent une nostalgie et une profondeur poignante à de nombreux titres. Akendengué a gardé la main sur d’autres, comme sur la chanson reggae "Tanguna Gakumuna", où il s’amuse à faire chanter ses choristes en myéné, la langue bantoue de certains peuples du Gabon.

Invité par l’Institut des études avancées de Nantes, dans l’ouest de la France, il y donne un concert en février 2009 à la Cité des Congrès. En septembre, c’est en Angola qu’il est invité à venir chanter. Sa popularité sur le continent africain se vérifie à nouveau en avril 2010 lors de la cérémonie des Kora Awards organisée au Burkina Faso où il reçoit un prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre.
 
Une autre distinction lui est remise en mai 2011 par l’Ambassadeur de France au Gabon qui le fait chevalier de la Légion d’honneur française. Le mois suivant, Pierre Akendengué se produit deux soirs de suite sur la scène du Centre culturel français de Libreville, pour y promouvoir deux chansons commercialisées sur le marché domestique et qui ont trait au concept traditionnel de ngonzéh (veillée, nuit blanche…). Si ses prestations hors de son pays se font rares, en revanche il continue volontiers à jouer pour ses compatriotes, comme c’est le cas à Port-Gentil en juin 2012 puis en décembre de la même année.
 
2013 : "Destinée"
 
Enregistré en partie à Libreville et complété à Paris, son vingtième album intitulé "Destinée" sort en février 2013. Le Français François Bréant (Salif Keita, Idrissa Soumaoro, Sekouba Bambino…) a été chargé de la réalisation. Les deux hommes avaient déjà travaillé à plusieurs reprises ensemble depuis la chanson "Olando" parue en 1978.
 
Pour Pierre Akendengué, cette collaboration permet d’apporter des éléments "exogènes" qui manquent, selon lui, à sa musique. Remarquables entre autres par la qualité des arrangements extrêmement soignés et réfléchis, ces douze titres font une synthèse assez complète de la personnalité artistique de leur auteur, tant par la place des voix, le sens inné de la chanson et celui de savoir tirer le meilleur de ses musiciens, que par les textes jamais gratuits de celui qui fut considéré comme un chanteur engagé et reste convaincu qu’un artiste à un rôle à jouer. Quelques semaines avant d’avoir 70 ans, le chanteur gabonais est attendu sur la scène du Kriol Jazz Festival qui se tient au Cap-Vert en avril 2013.
 
Mars 2013

 

Discographie
DESTINÉE
DESTINÉE
Album - 2012 - Lusafrica
VÉRITÉ D'AFRIQUE
Album - 2007 - Lusafrica
GORÉE
Album - 2005
EKUNDA - SAH
Album - 2004 - Taxi Records
OBAKADENCES
Album - 2000 - Celluloid
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