Le sang Hallyday

Johnny Hallyday © P.Robert/Sygma/CORBIS/Getty Images

Le cru 1999 de Johnny Hallyday s'intitule Sang pour sang. Son nouvel album, qui sort aujourd'hui, multiplie les symboles : toutes les musiques et la co-réalisation du disque sont l'œuvre de David Hallyday, fils de Johnny. Ensuite, une pléiade de plumes réputées ont apporté leur contribution à l'album: des fidèles de longue date (Michel Mallory, Philippe Labro), quelques personnalités habiles (Zazie, Pierre Grillet), des nouveaux qu'on n'attendait pas dans ce rôle (Miossec, Vincent Ravalec) et surtout Françoise Sagan, qui n'avait plus écrit pour la chanson depuis des lustres.

RFI Musique : Ce qui surprend, quand on aborde Sang pour sang, c'est la présence sur le disque d'une chanson écrite par Françoise Sagan...
Johnny Hallyday : Ce texte a été le point de départ de l'album. Je l'avais déjà depuis deux ans: Françoise l'avait écrit à ma demande, très vite, à la suite d'un dîner. J'avais essayé d'en faire la musique, puis d'autres compositeurs m'avaient proposé des musiques qui ne me satisfaisaient pas. J'aimais beaucoup cette chanson mais j'ai laissé tomber en me disant que personne n'allait y arriver et que, vraisemblablement, ce n'était pas un texte pour une chanson.
Quand j'ai commencé à travailler avec mon fils David pour l'album qu'on devait faire ensemble, il m'a dit: "Tu n'avais pas un texte de Françoise Sagan?" J'ai répondu: "Laisse tomber, on est sept à s'être cassé le nez dessus, on n'y arrivera jamais. Les musiques ne sont pas à la hauteur du texte." Il est parti avec les paroles et deux jours après, il est revenu avec la musique. Ensuite, on a voulu que le choix des auteurs soit homogène, corresponde au niveau de Françoise Sagan. C'est pour cela qu'on a choisi des gens comme Miossec, Zazie, Labro...

Vous connaissiez déjà bien Miossec ?
Je connaissais un de ses albums.

Vous écoutez beaucoup de musique ?
Non. J'écoute la radio dans ma voiture ou je vais voir des concerts. Je fais déjà de la musique, alors je ne vais pas m'enfermer chez moi pour écouter des disques. Je suis un peu comme mon fils: je déteste le studio. Mais il faut bien y aller pour enregistrer. Autant j'aime la scène, autant je m'ennuie en studio. J'aime travailler rapidement, qu'une chanson vienne dans les dix minutes.

Était-ce intimidant de travailler avec votre fils ?
Oui, bien sûr. Mais ça l'était pour lui aussi. Il était dans ses petits souliers et moi aussi j'étais très stressé. Pour lui, c'est aussi important, sinon plus, d'être reconnu comme compositeur que comme chanteur. Il veut écrire pour d'autres, ne pas seulement chanter ses chansons. Et la première fois qu'il écrit un album pour quelqu'un d'autre, c'est pour son père. Alors, on a fait cet album en connivence, avec beaucoup d'amour, mais en même temps avec beaucoup d'inquiétude. Et on en est sortis vivants...

Vous revenez de tournée. Avez-vous déjà chanté des chansons de cet album sur scène ?
Je ne le fais pas parce que je n'ai jamais le temps. Je suis resté trois semaines en studio pour cet album alors que d'habitude on prend deux mois. Je venais de finir le film de Laetitia Masson, Only You, avec Sandrine Kiberlain, puis je suis rentré en studio avec David et je partais en tournée le 28 juin. Il fallait impérativement que l'album soit fini le 27 parce que je prenais mon avion à 11 heures pour aller chanter à Grenoble, mon premier concert. Je ne pouvais pas trainer en longueur!

Cela apporte-t-il beaucoup de travailler vite?
L'état d'urgence nous fait faire obligatoirement quelque chose de plus vrai que quand on a le temps. Il y a des artistes qui restent un an en studio. Le résultat peut être formidable, mais ce n'est pas obligatoirement mieux que quand on doit rendre le studio tel jour à telle heure.

Pourquoi ne jamais avoir acheté de studio, pour simplifier les choses?
J'y ai pensé, bien sûr. J'ai fait un album chez moi à la Lorada, à Saint-Tropez, et ça été un enfer. Les musiciens habitaient sur place, on avait installé tout le matériel dans la maison. Dès le matin à neuf heures, quand je descendais pour le petit déjeuner, il y avait quarante personnes dans le salon qui tiraient des fils. Au bout d'une semaine, on a tout remballé et on est retourné à Paris finir le disque en studio.

Toutes les chansons de Sang pour sang vous ressemblent?
Pas obligatoirement. Dans le choix des chansons d'un album, on est un peu comme un acteur: il faut s'adapter à son choix, et pas forcément en fonction de ce que l'on est. Sinon, on chanterait toujours la même chose, ce qui n'est pas marrant.

Justement, vous sentez-vous l'envie, pour vos concerts à l'Olympia l'été prochain, de jeter un œil dans le rétroviseur ?
Il est certain que je ferai quelque chose de cet ordre, que je reviendrai sur les premières chansons que j'ai chantées - ou du moins les moins nouvelles -, des chansons que je n'ai pas encore chantées ou une fois seulement, un peu comme un best of. Je fais voter les fans sur bulletin: ils choisissent sur soixante chansons celles qu'ils souhaitent entendre. Je commence à recevoir des bulletins.

Cela vous fait des surprises ?
Par exemple, une chanson des années 70 que vous ne devez pas connaître et dont je ne me souvenais plus, Comme une ombre sur moi, a obtenu plus de trois cents voix alors que J'ai oublié de vivre en a obtenu seulement 180.

Quelle est la proportion de bons souvenirs dans votre carrière ?
Sur l'ensemble de tous les spectacles, 80% de bons souvenirs.

Et votre pire souvenir ?
J'étais sûr que vous me le demanderiez. Mais j'ai tendance, là-dessus, à avoir mauvaise mémoire...

Johnny Hallyday Sang pour sang (Mercury)