Johnny Hallyday sur scène

Johnny Hallyday, 11 juin 2000 devant la tour Eiffel © AFP / P.Verdy

Hallyday, qui avait la réputation de jeter l’argent par les fenêtres, semble bien avoir décidé de se métamorphoser en homme d’affaires, histoire sans doute de préparer une retraite bien méritée – mais elle n’est pas encore à l’ordre du jour. Entre mille projets pharaoniques, notre Johnny national se lance dans la création d’une méga discothèque, à Cannes. Elle sera originalement baptisée "Amnesia". A peine l’Olympia bouclé (ce soir) - on ne reverra Jauni sur scène en France qu’en 2003 ! - il se prépare à donner trois méga concerts à Montréal (29, 30, et 31 août), où il n’avait pas chanté depuis 25 ans. Si notre correspondant trouve une place – c’est déjà sold out - on devrait vous donner quelques échos de l’événement. Et, last but not the least, Hallyday a sorti un Cd live, issu du mémorable concert à la Tour Eiffel de juin dernier. Rajeunissons-nous de quelques mois.

Entre 350.000 et 400.000 spectateurs, selon la préfecture de police, le double selon les organisateurs : Johnny Hallyday a réussi son pari le 10 juin en chantant aux pieds de la tour Eiffel devant un public conquis d'avance, venu fêter ses quarante ans de carrière. Ce concert gratuit annonçait également celui, payant, du 15 juin au Parc de Sceaux, où l'idole du rock français a fêté son cinquante-septième anniversaire, avant d'occuper pour deux mois à partir du 17 juin l'Olympia, théâtre de ses premiers exploits. Johnny Hallyday a ainsi largement dépassé le score du chef japonais Seiji Ozawa et du ténor italien Andrea Bocelli qui avaient réuni au même endroit 60.000 mélomanes le 5 mai. Johnny bat son propre record d'affluence, 37 ans après le concert de la place de la Nation donné devant 150.000 fans.

Le pari était risqué. Déjà, en septembre 1999 le premier de ses trois concerts au Stade de France avait été annulé pour cause de pluie incessante. Après avoir envisagé de descendre les Champs Elysées sur une scène géante, et y avoir renoncé pour des raisons de sécurité et de logistique, Johnny Hallyday et son producteur, Jean-Claude Camus, avaient décidé d'occuper le Champ de mars, et d'y concurrencer l'affluence des supporters rassemblés sur les Champs-Elysées lors de la victoire de la France en Coupe du monde de football en 1998.

Sportif, Johnny sort ainsi à 21h 35 d'un ballon géant avant de complimenter la Française Mary Pierce, victorieuse du tournoi de tennis de Roland Garros l'après midi du 10 juin. Arborant le mini bouc et la coupe de cheveux blonds cendrés qui constituent désormais sa marque, le chanteur se lance dans un marathon de plus de deux heures de concert, décliné en vingt-quatre chansons, retransmis en direct par TF1. Partenaire financier de cette soirée, aux côtés de la Mairie de Paris et de la maison de disques Universal, TF1 peut s'enorgueillir d'avoir fédérer autour du petit écran près de neuf millions de téléspectateurs français. Cette soirée, où une demi-douzaine de feux d'artifices a illuminé et enfumé le monument historique comme aux meilleurs moments du réveillon, a été donnée dans le cadre des festivités de l'An 2000 à Paris pour un budget de 41 millions de francs, et aura mobilisé huit cents salariés, soixante semi-remorques, autour d'une scène de 25 mètres d'ouverture sur 20 de profondeur, filmée par 22 caméras.

Universal a donné 15 millions de francs, autant que la municipalité dirigée par Jean Tibéri. "Johnny a signé avec Polygram (ex-Universal, avant ses rachats successifs par Seagram puis Vivendi) en 1961. On peut bien lui offrir cela.", commentait Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France. Si en clôture, Johnny Hallyday reprend Non je ne regrette rien, chanson créée par Edith Piaf, il a choisi de retracer quarante ans de carrière, par vingt-quatre chansons qui furent toutes des tubes, ou sont en passe de rentrer dans les mémoires, du Pénitencier à Sang pour sang. Comme inaugurée au Stade de France, la formule des duos et des accompagnements de cordes et de chœurs produit son effet. A la tour Eiffel, Lara Fabian est remplacée par une débutante à la voix forte et acide, Sonia Lacen (16 ans), héroïne de la comédie musicale Ali Baba*, produite par… Jean-Claude Camus. Jean-Louis Aubert déchaîne Fils de personne; Florent Pagny jame sur Toute la musique que j'aime; les danseuses du Crazy Horse apparaissent seins nus pour Le feu. La tour Eiffel prend alors des couleurs de music-hall. Les Rita Mitsouko sont chargés de donner la réplique sur Ma gueule. Hallyday est en voix, ses musiciens (guitares américaines, cuivres latinos) suivent la course folle.

Des milliers de petits papiers dorés brillent dans les airs, les feux de Bengale ponctuent les compliments adressés par le chanteur à son public ("Je vous aime, vous êtes formidables") et qui entretiennent une longue histoire d'amour, où il tient le rôle du fort, du fier, du rescapé - un parti pris rappelé dans Quelques cris, la chanson que lui a écrite Françoise Sagan pour son dernier album, Sang pour sang, et que l'esplanade, émue, reprend en chœur.

Johnny Hallyday 100% Johnny Live à la tour Eiffel (Mercury)

*au Zénith de Paris à partir du 23 septembre