Prévert fait revenir Lio

La gamine Lio est devenue une femme séduisante, combative et populaire, avec cinq enfants et une carrière en dents de scie. L’automne dernier, elle a sorti Je suis comme ça (chez M10), un disque tout entier consacré à des chansons de Jacques Prévert, pour la plupart composées par Philippe-Gérard, qui a beaucoup écrit pour Piaf, Montand ou Gréco. Dans une mise en scène de Caroline Loeb, Lio s’installe pour trois semaines dans une petite salle parisienne, le Sentier des Halles, pour y chanter Prévert. Un retour inattendu.

RFI Musique : A part la comédie musicale Sept filles pour sept garçons en 1999, cela fait longtemps qu’on ne vous a pas vue sur scène...
Lio : La seule scène que j’ai faite à mon idée, c’est l’Olympia en 1987 pendant cinq jours. Et puis trois concerts au festival Halou, à Tokyo, en 1996. Depuis, j’ai eu le temps de me débarasser de plein de choses, de me poser beaucoup de questions...

 

Comment s’est faite votre rencontre avec ce répertoire ?
Quand j’étais gosse, je lisais beaucoup : je prenais trois livres deux fois par semaine à la bibliothèque, je lisais aux récréations, en classe quand j’avais fini mon travail... Pour mon neuvième anniversaire, on m’a offert Paroles, dans un exemplaire que j’ai toujours, que j’ai lu ensuite à mes enfants – ils l’ont gribouillé, mais les mots de Prévert sont toujours restés vivants chez nous. En 1996, un de mes musiciens jouait dans une petite salle pour accompagner un chanteur. Tout d’un coup, il y a eu un moment magique quand un monsieur de soixante ans environ, avec des cheveux blancs, s’est mis au piano et qu’ils ont chanté une chanson extraordinaire. A la fin du concert, ce monsieur est venu me voir et m’a dit : J’ai des chansons pour vous . C’était Philippe-Gérard. Ce disque a mis trois ans à se faire mais ça a été une expérience magnifique.

Vous n’allez rien chanter de votre répertoire précédent, de « vos » chansons ?
Non. On n’a pas plus d’une heure et quart au Sentier des Halles et il y a tellement de chansons de Prévert à chanter ! Ce serait l’occasion rêvée de dire la filiation entre ce que je fais et Prévert, la cohérence de ces vingt-deux ans que j’ai déjà passés dans ce métier.

Justement, votre carrière est pleine de ruptures et d’affrontements avec le « business ». Votre réputation dans ce métier est celle d’une femme toujours en guerre.
L’intelligence est de comprendre quelle guerre il faut mener pour en arriver à un état de non-guerre ! L’erreur c’est de se fermer. Mais au bout de combien de coups me suis-je fermée ? Je veux bien assumer ma part de responsabilité mais il ne faut pas oublier que quand j’ai commencé j’étais une enfant. J’avais seize ans et les gens autour de moi en avaient trente de plus. C’était à eux de se conduire comme des grands ! Bien sûr, j’ai fait des erreurs et j’ai cassé des choses. Mais ils ont essayé de tirer parti de moi et je me suis rebellée. Alors j’ai perdu un temps fou. Mais on m’a tout reproché : d’être belge, de ne pas avoir de voix, de ne pas savoir chanter, de ne pas savoir exprimer ce que je voulais, de faire des enfants, de tomber amoureuse... Alors je me suis beaucoup bagarrée...

Vous avez eu de légendaires conflits avec vos maisons de disques...
Je leur disais : on n’est pas des amis. Au tennis, plus les adversaires se battent, plus le match est beau, plus le public est content. Nous faisons le plus beau métier du monde et c’est merveilleux de ne pas être d’accord. Ce qui est moche, ce n’est pas de ne pas être d’accord, mais de ne pas s’aimer.

Quels sont vos projets, dans l’immédiat ? Je ne crois pas que soit encore sorti mon disque. Mais je ne me presse pas trop pour le faire, je veux y travailler vraiment. Avec le disque Prévert, bien des choses vont changer pour moi, et d’abord je veux tourner beaucoup, beaucoup, beaucoup, amener Prévert à tout le monde.

Vous n’avez pas encore quarante ans, mais est-ce que vous vous imaginez déjà grand-mère ?
J’espère être une grand-mère rigolote. Calmée mais indigne. Le travail que je fais sur moi de me calmer, ce n’est pas pour me mettre sous l’éteignoir, mais pour canaliser mon énergie. Je ne veux pas que cette énorme énergie prenne possession de moi. Je veux qu’elle me serve, je ne veux pas en être victime.

En concert au Sentier des Halles à Paris, jusqu' au 28 avril, du 2 au 5 mai, puis du 9 au 12 mai.