Dick Rivers, l'authentique

Le chanteur à la silhouette de cow-boy fête dignement ses quarante ans de carrière avec son nouvel album Amoureux de vous, enregistré à Austin, Texas, la plus bluesy des villes américaines. Avant sa tournée 2002 et un passage parisien au Bataclan en mars, nous avons rencontré un Dick Rivers bien ancré dans le présent. Et bavard…

"Pour les mecs de banlieue, Dick Rivers, c'est total respect", dixit son attaché de presse. C'est vrai qu'en France, tout le monde connaît ce chanteur. A lui seul, il rassemble trois générations de fans et tout ça sans esbroufe. Pas étonnant qu'il ait dédié ce nouvel album studio à ce public qui le suit depuis quarante ans et une trentaine d'albums, depuis que le jeune Hervé Fornieri faisait ses débuts dans un des groupes phares de la vague yéyé, les Chats sauvages, en 1961.

Pourtant, depuis 40 ans, Dick Rivers est le sujet de quelques clichés tenaces qu'il convient de dépoussiérer. Particulièrement celui de l'indécrottable rocker à la dégaine de Lucky Luke et aux bottines fatiguées. Car à 55 ans passés, Dick tient bon la rampe et ce, malgré les modes. Il a regardé passé la variétoche, le disco, la techno ou la jungle sans jamais, lui, zigzaguer entre les styles. Fidèle, c'est l'une des qualités qu'il faut retenir du personnage, dans l'idée qu'il se fait de la musique et dans ses amours.

La pochette de ce nouvel album est plutôt glamour. Sur fond de tentures roses, se tient assise une groupie en tenue légère dont le dos est tatoué du visage de son idole. A ses côtés, monsieur le rocker se rhabille. L'album est entièrement réalisé par Patrick Coutin (auteur du tube J'aime regarder les filles), avec lequel le chanteur entretient une collaboration soutenue. Un opus enregistré dans le fief de Willie Nelson, l'une des véritables légendes de la musique country américaine, en compagnie de musiciens français et américains. "Willie est un musicien que j'admire beaucoup, on travaille entre copains, nous partageons les mêmes goûts musicaux. Et chez lui dans sa maison d'Austin, je me sens chez moi, avec ma femme Babette, nous avons nos repères, nos habitudes, on est bien", raconte Dick intarrissable sur le sujet. Et sur le plaisir d'écouter ensemble Johnny Cash, Willie Deville, ou encore Waylon Jennings, autres stars du genre.

Pas étonnant que Dick Rivers se soit pris de passion pour Austin, capitale du Texas. "C'est la dernière ville musicale, il y a 300 clubs pour 300.000 habitants, rends-toi compte !" L'occasion est alors trop belle, celle de faire tomber un mythe : non, le ranch de Dick n'est pas aux States mais dans le Sud-Ouest de la France...

Rock and roll à la vie, à la mort

Dans cet opus bien enlevé on retrouve de jolies ballades bluesy où le chanteur aborde le travail des enfants, la vie stressante d'une femme d'affaires (Célibattante) ou les souvenirs d'enfance dans ce Moi, j'demandais ("Moi, j'demandais qu'a être aimé, j'ai dû me tromper souvent de batailles"), touchant de vérité. En tout treize nouvelles chansons parmi lesquelles l'adaptation de Bad case of loving you de Moon Martin, qui donne son titre à l'album (et dont le clip est réalisé par son fils, Pascal) et du standard country Always on my mind, revu par Philippe Labro. S'il est dit plus haut que le rock est sa seule religion, Dick Rivers fait malgré tout une petite incursion latino tout en douceur sur Willie.

Pas bloqué sur le rock des années 50, et Dieu sait qu'il en connaît un rayon, (le chanteur a longtemps animé sur Radio Monte Carlo une émission musicale L'âge d'or), l'admiration de Dick Rivers se porte aussi vers des groupes bien actuels, comme Noir Désir et Louise Attaque. Concernant ces derniers, il apprécie qu'il n'aientt pas eu besoin d'une major pour prouver qu'ils savent faire de la bonne musique, avec cependant une pointe de regret : "Moi, je ne l'ai plus ce côté rebelle, mais j'essaie de garder une certaine spontanéité dans ce que je fais", avoue le rocker au phrasé si particulier.

Enfin, on connaît Dick Rivers chanteur, on connaît moins Dick auteur. Celui-ci vient de publier un second livre Texas Blues (Lattès). Très à l'aise dans son époque, il a aussi joué le jeu récemment pour l'hebdomadaire l'Evènement du Jeudi en testant les effets du Viagra sur sa personne. Bilan : "Après, je me suis endormi comme un bébé". Et puis, il faut une bonne fois pour toutes tordre le cou aux mythes : "Non, je ne suis pas le pote de Johnny Hallyday et d'Eddy Mitchell, j'ai beaucoup plus d'affinités avec un mec comme Bashung". Voilà, c'est dit.

Dick Rivers Amoureux de vous (Sony/Edel) 2001