Benjamin Biolay par Juliette Gréco

En trois ans, deux albums et des collaborations notables (Salvador, Lagrange, Eicher, Clerc), Benjamin Biolay a acquis, à titres artistiques et people, une très chic auréole autour de sa jolie tête. Surdoué pour certains, clone de Gainsbourg, arrangeur de ces dames, il se prépare à couronner une riche année 2003 par son premier Olympia, le 28 octobre. Et en conclusion, Juliette Gréco évoque avec tendresse celui qui a écrit pour son prochain album.

Quand au printemps 2001, Benjamin Biolay sort son premier CD, Rose Kennedy, peu de gens savent que ce jeune garçon bien élevé, au visage de petite frappe angélique, a déjà inscrit son nom de façon indélébile dans le répertoire français : depuis octobre 2000, Henri Salvador cartonne avec son album Chambre avec vue, écrit en partie par deux jeunes inconnus, Keren Ann et… Benjamin Biolay. Mais dans un premier temps, seule Keren Ann bénéficie des lumières médiatiques, Biolay étant un peu ignoré en dépit de sa participation à un album frisant à ce jour les 2 millions de ventes. Il en garde à l'époque une légère blessure.

Ce que le public ne sait pas non plus, c'est qu'avant même qu'il ne sorte son premier album, son travail sur le Salvador fait de lui un arrangeur convoité. Déjà, parmi les noms de Birkin ou Hardy, on murmure dans l'ombre qu'une certaine Juliette Gréco souhaite rencontrer ce jeune homme mystérieux. Il n'en faut pas plus pour l'adouber. Avant même que son nom ne soit connu.

Ce parcours n'est peut-être pas un hasard. Tromboniste diplômé, guitariste autodidacte, fasciné par Gainsbourg, déjà troublé par Françoise Hardy, Benjamin Biolay a déjà, à 20 ans, une vaste culture musicale et une expérience qui va du classique (Conservatoire national de Lyon) au rock (un groupe, Mateo Gallion, vers 1994). Après diverses tentatives pour se frayer un passage sur la scène musicale (deux singles chez EMI en 96 et 98), ce jeune homme obstiné et bosseur finit par se faire un petit nom d'arrangeur habile. Il travaille ainsi pour Isabelle Boulay ou son ami lyonnais Hubert Mounier (ex-leader de l'Affaire Louis Trio).

La rencontre clé a lieu en 99 : Keren Ann. Mariant leur même sensibilité pour des arrangements classiques, des ambiances intimes, des voix chétives, des références confidentielles (Claudine Longet), ils écrivent l'album de la jeune femme (la Biographie de Luka Philipsen), celui du jeune homme (Rose Kennedy) mais aussi, celui de Salvador, placé sur leur route par le producteur Marc Di Domenico. Jackpot ! Un temps oublié des multiples congratulations autour du Salvador, Biolay retrouve confiance en lisant les dithyrambiques compliments que son propre disque concept autour de la famille Kennedy ne manque pas de provoquer. Victoire de l'Album découverte en 2002, 70.000 exemplaires écoulés. On parle de Gainsbourg et de Melody Nelson. Il est heureux.

Fin 2001, il écrit un album pour sa soeur Coralie Clément, Salle des pas perdus (EMI Capitol). Puis début 2002, il entame ce qui marquera le grand retour de Valérie Lagrange, Fleuve Congo, qui sort au printemps 2003 (BMG). Parallèlement, il adapte quelques titres pour le nouveau Julien Clerc (Studio,Virgin) et écrit son deuxième CD, Négatif. Etrange titre pour un album certes truffé de sombres personnages (tueur, voyeur, fugueur) mais plus amoureux que le précédent, plus féminin, où l'homme se dévoile un peu plus, ose dire 'je'. Biolay, homme discrètement orgueilleux, s'affirme un peu plus encore. L'homme est comblé, son carnet de commandes est garni. Son travail est marqué par le souffle de l'homme de la rue de Verneuil - Lagrange, Clerc et bientôt Gréco ont tous travaillé avec Gainsbourg – lequel n'est pas très loin encore quand Benjamin Biolay épouse au printemps 2002 Chiara Mastroianni dont la maman, la comédienne Catherine Deneuve a chanté sur un unique disque en 1980 signé Gainsbourg. La boucle est bouclée.

Le 28 octobre prochain, Benjamin Biolay clôt à l'Olympia une année riche en événements : son propre album (15ème place du Top album à sa sortie, 100.000 exemplaires écoulés), des collaborations saluées par la critique, son mariage, sa fille, ses 30 ans…

Le 4 novembre sort l'album de Juliette Gréco en partie écrit par benjamin Biolay ; visiblement eblouie par leur collaboration, elle en parle aec enthousiasme :

RFI Musique : Tracez-nous votre propre portrait de Benjamin Biolay :
Juliette Gréco :
Benjamin est beau ce qui ne gâte rien, deuxièmement il est jeune ce qui nous permet tous les espoirs et il a beaucoup de talent, beaucoup, beaucoup. Mais le présenterest impossible ! Je pense qu’il est extrêmement retenu et assez secret. C’est quelqu’un qu’il faut saisir, il faut se donner du mal si on veut le rencontrer, il est assez silencieux.

 
Comment s'est effectué la rencontre ?
C’est moi qui ai demandé à le rencontrer mais il n’avait pas encore sorti de disque. J’avais entendu ce qu’il avait fait avec Salvador. Il est venu à la maison, il a écouté des musiques de Gérard Jouannest (accompagnateur et époux de Gréco, ndlr). Il avait déjà deux chansons qui sont deux petits bijoux. Il a travaillé ensuite sur des musiques de Jouannest, des choses absolument magnifiques. C’est une superbe collaboration, magnifique! Je suis heureuse d’interpréter ses mots parce que ce sont de beaux mots.

C'est une nouvelle rencontre dans votre parcours ?
Ma carrière ne s’est construit que sur des rencontres et Dieu sait qu’elles ont été belles, miraculeuses et exceptionnellement riches. Donc ce n’est pas facile de rentrer dans le club et Benjamin y est entré sans peine.

On le compare souvent avec Gainsbourg ?
Il a de Gainsbourg une certaine manière de chanter mais il écrit comme lui-même. L’influence est plus secrète que ça dans l’écriture, elle n’est pas évidente, elle est évidente dans l’attitude physique, dans la gestuelle, dans la voix, mais il écrit comme lui-même.

Aimeriez-vous retravailler avec lui ?
Absolument!

Benjamin Biolay Négatif (Virgin) 2003
Le 28 octobre à l'Olympia. Le 23 à Nantes (salle Paul-Fort), Le 24 à Bordeaux (Théâtre Femina).