La vérité de Johnny Hallyday

Johnny Hallyday, 2005 © AFP / B.Guay

Johnny Hallyday incarne depuis une quarantaine d'années le rock dans l’Hexagone, une bizarrerie pour les Anglo-Saxons. Et si l'idole impressionne depuis si longtemps, c’est sans doute par sa capacité à donner vie à chacune de ses chansons. Johnny reste un acteur de chanson hors pair, et il le prouve une nouvelle fois avec son nouvel opus, Ma vérité. Une sortie-événement, comme d'habitude.

Johnny achète une boîte de nuit dans Paris, des journalistes suspectent aussitôt un financement mafieux. Il fait une fête sur un bateau, une hôtesse l’accuse de viol. Il adopte Jade, une petite Vietnamienne, les mauvaises langues évoquent un passe-droit présidentiel pour une procédure qui prend normalement des années. Des insinuations et calomnies, Johnny en a soupé. Il le crie, il le hurle, la voix plus rauque, plus rock, plus déchirée que jamais : "Qu’on me fiche la paix", un refrain immédiat qui prend aux tripes et que l'on retrouve dans son nouvel album Ma vérité.

Même en période de vaches maigres, Johnny livre toujours un bon titre, une référence instantanée. Cette fois-ci il s’agit sans doute possible de ce titre La paix (signé Zazie et Fabien Cahen), déjà un classique à hurler rageur dans sa voiture ou à entonner en choeur au milieu des stades. C’est une des facettes de notre Johnny national, l’homme dur, pas menaçant juste révolté. Placé sous le signe de la tortue plus que du tigre. Johnny aspire maintenant à vivre dans sa carapace plutôt que de sortir les griffes. Deux autres morceaux reprennent le thème mais sans la même hargne, Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort et Ma vérité, avec sa section de cuivres indigeste.

Johnny, rockeur, a aussi du coeur. Il oublie les coups reçus une fois sa petite Jade dans ses bras. Pas moins de deux chansons lui sont consacrées. "Tu es mon plus beau Noël, celui que je n’ai jamais eu, tu es l’amour, la vie et le soleil, ce à quoi je ne croyais plus." A défaut d’être follement original Mon plus beau Noël devrait être l’un des grands succès des fêtes de fin d’années, avec l’inévitable chorale des petits chanteurs d’Asnières en fin de chanson. Sur des accords de slow rock standard, l’humoriste Muriel Robin lui a écrit Elle s’en moque. Une chanson dans la même veine qui dégoulinent malheureusement de mièvrerie et de poncifs. Le chanteur d’habitude si direct s’autorise même une petite coquetterie. Il se rajeunit de 5 ans en évoquant une carrière longue de quarante. (A vous de compter, sachant qu’il a débuté en 1960...)

Mais Johnny tient certainement son meilleur rôle (depuis des décennies) dans le cliché du rocker blessé, éconduit. Il ne se prive pas une nouvelle fois, avec plus au moins de bonheur. Au rayon du bon, S’il n’est pas trop tard, le titre d’ouverture, du côté du ridicule, Si tu pars. Un texte un peu niais, qui fait passer Benoît Poher, chanteur de Kyo et auteur du premier single, Ma religion dans son regard, pour un auteur à la maturité confirmée. L’idole des (moins) jeunes sait aussi prendre des risques. Il le prouve sur Le temps passe, chanson enregistrée avec Doc Gynéco, Passi et Stomy Bugsy, les trois hommes d’affaires du groupe de rap Ministère AMER. On pouvait résolument s’attendre au pire. Les trois rappeurs ne sortent pas de leur style ghetto-variet’ avec en guise de paroles, leurs habituels gimmicks. Johnny s’adapte lui sans problème. Mieux, c’est lui qui donne corps à la chanson. Evidemment on peut crier au coup marketing (surtout si on se penche sur le texte) mais le titre coule, suffisamment bien produit pour séduire tous les publics.

Un tournant dans sa carrière

Outre Clémence, chanson enlevée, composée par les frères du groupe Blankass, le reste de l’album passe de façon très anecdotique. Ma vérité connaît même un sérieux coup de mou à mi-course, sans jamais reprendre son second souffle après un départ canon. A signaler tout de même, c’est plutôt rare, Apprendre à aimer, un titre sans grand intérêt mais avec un texte écrit par Johnny lui-même.

Ce nouvel album le prouve encore : Johnny reste au top, sincère et indémodable. Mais Ma Vérité marque (peut-être) un tournant dans sa discographie. Le dernier enregistrement pour son actuel label Mercury (filiale d’Universal). Le dieu des stades a prévu une tournée à compter de juin 2006 mais sur un concept un peu particulier : Flashback, en reprenant les plus grands moments de son répertoire. La raison semble plus financière qu’artistique. Au cours de son procès l’opposant à Universal, Johnny n’a pu récupérer les bandes originales de ses œuvres. Seule compensation, il peut les commercialiser avec un nouveau label s’il les interprète sur scène. Mais cette fâcherie pourrait se régler assez rapidement. Depuis quelque temps déjà le chanteur veut enregistrer un album de blues, parce que "toute la musique qu’il aime elle vient de là". Universal s’y oppose, craignant des ventes désastreuses (300.000 exemplaires seulement !). Si un accord intervient, gageons que Johnny nous fera apprécier autant ses nouveaux que ses anciens titres sur sa prochaine tournée.

Johnny Hallyday Ma vérité (Mercury/Universal) 2005