Les différentes vies de Cali

© Eric Vernazobres

Après une tournée qui a rempli de grandes salles de concert en France, Cali s’est posé à la Maroquinerie à Paris pour quelques concerts intimistes. Alors qu'un disque live, Le Bordel Magnifique, se trouve dans les bacs depuis quelques jours, le chanteur revient sur cette tournée et évoque ses projets politique et cinématographique.

RFI Musique : Comment s’est passée cette dernière tournée ?
Cali : C’était magique ! Je suis très fier de toute l’équipe, je le dis et je le redis. Nous étions 25 sur la route, et il n’y a pas eu une friction. Tous heureux d’être là. On quittait nos familles mais tout le monde avait le sourire. Le public nous a réservé un accueil inimaginable, vraiment, c’est le mot. Jj’ai pu mesurer combien de gens connaissaient les paroles des chansons. Je dis souvent que la vie est absurde, mais cette tournée justifie de la vivre, vraiment…

Des salles plus grandes, cela change quelque chose ?
Moi, je suis toujours très heureux de jouer, qu’il y ait 40 personnes ou 60000 comme au festival des Vieilles Charrues. L’idée, c’est de se dire : Je suis chez moi sur scène, comment je peux faire rentrer tous ces gens dans ma chambre ? Parfois, on est confronté au gigantesque et au gigantisme. Par exemple, j’aime bien slammer, c’est-à-dire sauter sur les gens. Mais quand il y a 60000 personnes, je vois mes proches à côté de moi, qui sont très inquiets ! (rires)

D’ailleurs cela a failli mal se passer en 2005 aux Eurockéennes de Belfort …
Disons que je me suis retrouvé dépouillé, presque nu. Je n’arrivais plus à revenir, c’était un peu comme le flux et le reflux des vagues qui vous renvoient vers le large.
Si on me demande 10 minutes avant le concert si je vais slammer, je dis non, parce que j’ai peur. Le slam arrive en général en fin de spectacle, il y a toute cette émotion, et donc on est un peu sur une autre planète, il ne peut rien vous arriver. Du moins, on en n’est pas conscient. C’est quelque peu christique : on tend les bras, on se fait porter, comme on marcherait sur l’eau.

Pourquoi, après cette tournée dans de grandes salles, passer par le cadre intime de la Maroquinerie à Paris ?
J’ai souvenir de la dernière date de la tournée pour l’album l’Amour Parfait, après laquelle je suis tombé dans une petite dépression : c’était le vide total. On est très haut sur des falaises puis on en tombe… Même si l’on a une famille proche, des amis, c’est difficile de redescendre des sommets sur terre. La rupture est brutale. À la Maroquinerie, on continue pour se poser doucement, avec un joli parachute. En plus, l’idée c’était de pouvoir déshabiller les chansons pour les rhabiller différemment avec des musiciens exceptionnels.

Vos chansons sont nourries de votre "bordel amoureux", est-ce que mourir d’amour n’est plus de votre âge ?
Mourir d’amour sera toujours de mon âge ! Je dis le contraire dans Elle m’a dit. Pourtant, mes histoires d’amour m’ont souvent rapproché de la mort. Il n’y a que l’amour qui compte, le reste n’est qu’un déguisement qui habille cette vie. On peut avoir tout perdu, s’il reste l’amour, on peut survivre…

La tournée s’achève bientôt ?
Après la Maroquinerie, nous passons par la Belgique, avant de nous envoler pour le Canada où nous resterons une semaine. L’année 2007 sera sabbatique, donc nous donnerons avec d’autres artistes des concerts caritatifs et associatifs, mais aussi combatifs. Car je jouerai  pour expliquer combien il est important d’aller voter pour empêcher que le diable ne soit élu aux prochaines élections.

Qui est le diable ?
Je n’aime pas dire son nom, Kissinger disait : "Parlez de moi en bien ou en mal, je m’en fiche tant que vous parlez de moi". Je sais qu’aujourd’hui la personne qui fait voter ces lois ignobles sur l’immigration (N. Sarkozy, NDLR), je ne le porte pas dans mon cœur. Il me fait très peur. Nous donnerons des concerts pour expliquer cela à des jeunes et leur dire d’aller voter.

 

 

Vous êtes très populaire auprès des jeunes. C’est parfois pesant ?
On ne va pas se plaindre ! C’est quand même merveilleux des gens qui vous arrêtent dans la rue pour vous dire : "Merci pour ce que vous faites". Ou tout simplement, il y a des personnes qui m’ont dit que cela les aidait à vivre, c’est incroyable ! Évidemment, j’ai des proches qui m’empêchent d’attraper la grosse tête. Mais ce n’est pas la grosse tête que l’on a, c’est le cœur énorme ! Moi, je me dis que je suis très très très chanceux. Il y a une phrase qui me plaît, c’est : les lauriers fanent plus vite que les roses.

Vous avez à l’esprit que cela s’arrêtera ?
Disons que j’ai l’impression d’avoir plusieurs vies. J’ai eu une vie de rugby, je pensais faire du rugby toute ma vie, et cela s’est arrêté. Aujourd’hui, j’ai une vie de musique, ensuite j’aurai peut-être une vie de mousse sur un bateau ou de moine zen en haut d’une montagne du Népal, on verra…

Une vie de rugby, une vie de musique et une vie d’acteur ?
Je ne crois pas trop à une vie d’acteur, c’est vraiment un jeu. Mon ami Philippe Muylh, le réalisateur de Magique, pour lequel j’ai écrit la musique, m’a proposé un rôle comme un cadeau. C’est un film ponctué de beaucoup de chansons, les mots étaient écrits et je les ai habillés de musique. Nous tournons en avril prochain, je tiendrai le rôle de clown.

Cali Le Bordel Magnifique (concert enregistré au Zénith de Lille) (Labels/Virgin) 2006
En concert à la Maroquinerie à Paris jusqu'au 12 octobre (complet)