Mystique Rivers

© Yann Orhan

A mille lieux de ses légendaires poses de rockeur, L’homme sans âge, écrit et composé par Joseph d’Anvers, révèle un Dick Rivers en interprète mélancolique et habité.

Longue veste noire et solitude urbaine… La couverture donne le ton : Dick Rivers a troqué l’habit d’Elvis français contre celui, encore moins confortable, du Johnny Cash tardif des American Recordings. On pourrait en rire, à première vue. Quelques écoutes plus tard, on y croirait presque.

Habitué des collaborations prestigieuses (Mickey 3D et –M- sur le précédent album), le chanteur niçois a cette fois confié les rênes à un certain Joseph d’Anvers. Peu connu du grand public, ce collaborateur de Bashung et auteur de deux albums estimés a offert à son aîné un album d’interprète, taillé sur mesure.

Vaguement narratives, les chansons évoquent avec gravité la solitude (ce fameux "Il m’en aura fallu des gens pour être seul" dans Sur le toit du monde), le voyage (Je reviens) et le passage du temps dans une succession d’images souvent héritées du cinéma américain ("Il est le lonesome cow-boy" dans La voie des anges). Tout cela fait évidemment écho à l’amateur obsessionnel de culture américaine qu’est Hervé Fornieri. A ses doutes, sa nostalgie aussi, qu’on suppose vivaces après 47 années de carrière.

La voix de Dick, rehaussée de quelques violons ténébreux et de guitares western, a le don de rendre ces sentiments sensibles. Profonde et cahoteuse, avec ces inflexions américaines si caractéristiques, elle charrie la mélancolie et les blessures de l’âge avec une égale intensité tout au long du disque. Rarement l’ex-chanteur des Chats Sauvages n’avait atteint une telle justesse dans l’interprétation. L’album de la maturité ?

Dick Rivers L’Homme sans âge (EMI) 2008

Les 2 et 3 décembre 2008 à l’Alhambra (Paris)…