Nolwenn Leroy, le triomphe de l'album Bretonne

Nolwenn Leroy, 2012 © Dagmar Scherf/ullstein bild via Getty Images

Avec son album de standards en langues bretonne, française et anglaise, Nolwenn renoue avec le succès après la parenthèse pop et chic de son album précédent. Explications.

On savait Nolwenn Leroy bretonne, mais personne n’imaginait le choc de Bretonne. Son quatrième album, composé de grands standards de la chanson bretonne ou inspirée par la Bretagne, est en passe de devenir un des plus gros succès discographiques de la saison.

Un virage inattendu

Bien que sur la pochette de son album, elle apparaisse en costume traditionnel à l’âge de cinq ans, Nolwenn Leroy n’est jamais apparue, a priori, comme une Bretonne. Depuis sa victoire à la deuxième Star Academy en 2002, elle a toujours tenu à ne pas être là où on l’attendait : son deuxième album, Histoires naturelles, écrit et réalisé avec Laurent Voulzy, lui apporte crédibilité artistique en même temps que succès commercial, tandis que le troisième, Le Cheshire Cat et moi, réalisé en compagnie de l’orfèvre de la pop scandinave Teitur, peine à atteindre le grand public.

Elle pensait depuis des années à plonger dans le répertoire celtique. Pente naturelle pour une native de Saint-Renan dans le Finistère, même si on n’imaginait pas forcément l’entendre dans Tri Martelod, grand classique d’Alan Stivell, ou dans Bro gozh va zadoù, "hymne national" breton.

Première position

Dès les premiers jours de la commercialisation de l’album, début décembre, les scores sont encourageants : 8e place du Top albums en première semaine, 6e la semaine suivante… jusqu’à monter en première position la semaine du 8 janvier. Le succès se transforme en phénomène et la presse généraliste française s’interroge sur l’ampleur des ventes : 250 000 exemplaires au dernier décompte, il y a quelques jours, et elle ne devrait pas en rester au double-disque de platine.

Mais, malgré quelques remarques grinçantes çà et là sur le côté prévisible et cousu de fil blanc d’un tel succès, c’est bien une surprise. Une surprise que l’on peut expliquer mais qui reste étonnante dans le contexte assez déprimé du marché du disque. Et pour trouver une comparaison, il faut remonter sans doute aux centaines de milliers d’exemplaires vendus des quatre albums de Dan Ar Braz et l’Héritage des Celtes entre 1994 et 1998. 

Traditionnel et moderne

Que Nolwenn Leroy soit apparue à l’origine dans une émission de téléréalité l’expose à une rudesse de propos dont Dan Ar Braz était protégé par ses années auprès d’Alan Stivell et dans les petits cabarets de toute la Celtie des deux côtés de la Manche. Mais la séduction auprès du grand public est sans doute comparable pour les deux projets : sur un seul album, de grands classiques incontournables présentés dans une palette de sons et de formes qui touche le néophyte aussi bien que l’auditeur déjà averti qui ne prétend pas être spécialiste de la musique celtique.

Et, justement, il n’était pas dans les intentions de Nolwenn Leroy de réaliser un album "trad", mais un disque pop, puisqu’elle a fait appel au producteur Jon Kelly, qui a précédemment travaillé avec Kate Bush, Duffy ou Paul McCartney. Le répertoire n’est pas seulement consacré aux chansons de la tradition en breton ou en français. Elle a aussi choisi d’interpréter des chansons qui évoquent la Bretagne comme Brest de Miossec (2004), Ma Bretagne quand il pleut de Jean-Michel Caradec (1977) ou Le Bagad de Lann Bihoué d’Alain Souchon (1978) et demandé à deux Bretons d’aujourd’hui, Christophe Miossec et Didier Squiban, de lui écrire une chanson nouvelle qui dit son attachement à sa terre, Je ne serai jamais ta Parisienne.

Avec çà et là des instruments traditionnels celtiques et partout une voix romantique et chaude, Bretonne est à la fois lié à une culture régionale et bien installé dans les sonorités de la variété d’aujourd’hui. Bretonne est certes breton et se chante parfois en breton, mais c’est surtout un disque de chanson française. Et c’est sans doute cet entre-deux qui séduit le plus.

Nolwenn Leroy Bretonne (Mercury) 2010