Johnny Hallyday, entre chaud et froid

Johnny Hallyday © J.-B.Mondino

Dans un quotidien semé de polémiques et de conflits, le rocker national Johnny Hallyday, sort Jamais seul, album réalisé avec -M- et Yodelice qui surprend par son côté branché et référencé. Un pari sur l’avenir ?

Les revers, les triomphes, les coups du sort, les éclats de rire, la fidélité des fans, la violence des attaques, cela a toujours été la quotidien de Johnny Hallyday. Mais, depuis un certain mois de novembre 2009, le jeu s’est franchement durci. L’idole est dans le coma à Los Angeles, on annule sa tournée Tour 66, les stars se pressent à son chevet et la France retient son souffle. On parle de gros sous, on parle de trahisons et de querelles dans son entourage, on annonce un nouvel album, on annonce son retour à la scène – et pendant tout ce temps-là les outrages pleuvent dru, entre anciens dévots lassés de l’interminable feuilleton people et affidés de tel ou tel clan qui règlent leurs comptes dans les médias.

Dès lors, la trajectoire de Johnny ne cesse plus d’être qu'un chaud et froid, avec des chaleurs vraiment brûlantes et des froids franchement polaires. Pour le chaud, il y a l’annonce de son retour à la scène, avec deux Stades de France les 15 et 16 juin 2012, pour lesquels 100.000 billets sont vendus dès le jour de leur mise en vente, le 4 mars. On parle de la réservation d’un troisième soir au Stade de France, le 17 juin, et la tournée qui doit commencer le 14 mai 2012 à Montpellier s’annonce déjà comme une procession de salle comble en salle comble.

Mais il y a le froid : ce samedi 26 mars, Johnny Hallyday a mordu la poussière face à Patrick Sébastien dans un match d’audience télévisée. La première chaîne française, TF1, lui avait préparé une soirée majestueuse, un show avec Christophe Maé, Gad Elmaleh, Zucchero, Pascal Obispo, Grégoire, Laurent Gerra ou Sofia Essaïdi à 20h50, avec ses plus grands tubes des années 60 à aujourd’hui – trois chansons de Jamais seul en première télévisée. Certes, ils ont été 3,83 millions de téléspectateurs devant un Johnny en belle forme vocale, mais 4,7 millions ont préféré Les Années bonheur avec Patrick Sébastien sur France 2. Et que le documentaire 500 jours dans la vie de Johnny Hallyday domine la seconde partie de soirée, à partir de 22h55, n’est guère une consolation…

Jamais seul

C’est un peu la même chose pour son nouvel album : après l’habituelle montée dramatique des indiscrétions, des confidences et des communiqués, on a su que Jamais seul avait été écrit et enregistré en petit comité, avec notamment Matthieu Chédid, alias -M-, et Maxim Nucci, alias Yodelice. Vaguement polluée par un soupçon d’emprunt d’une partie de la mélodie à une chanson du groupe réunionnais Ziskakan, la sortie de la chanson Jamais seul, premier single de l’album, a finalement été assez discrète dans les médias et dans les Top des ventes.  

Mais l’album paru ce lundi 28 mars s’est annoncé en prenant la tête des précommandes sur tous les sites de ventes de disques sur internet. Première séduction : la richesse guitaristique des treize titres et leur enchevêtrement de références mythologiques (Paul et Mick à propos de McCartney et Jagger, Guitar Hero à propos de Jimi Hendrix) qui ramènent Johnny Hallyday à une sorte d’humilité revendiquée de chanteur de rock’n’roll "comme les autres".

Il a déclaré dans une interview avoir pris plaisir à "suivre Matthieu dans ses délires". Et, parfois, c’est assez surprenant, comme dans leur duo England, exercice potache et volontiers borderline qui appartient beaucoup plus à un univers familier aux fans de -M- qu’à ceux de Johnny : "Dans ta forêt des Landes/My friend tu me fous les glandes/Dans ta forêt des Landes/La musique pourrit mes.../My friend qu'est-ce que tu glandes/Dans ta forêt des Landes". Et, de manière générale, c’est peut-être plus souvent au rock anglais des Led Zeppelin ou des Who qu’aux maîtres américains que la musique fait référence.

 

Il est assez savoureux, d’ailleurs, d’entendre Johnny s’aventurer dans les labyrinthes poétiques habituels à ses cadets, comme dans Tanagra, écrit par Matthieu Chédid et Brigitte Fontaine "Quand tu bouges à peine/Peignant tes orteils/Je vois tes dents saines/Briller au soleil". Mais on est parfois gêné par le caractère très primaire de certains des textes, dus à un complice de -M-, Hocine Merabet, qui patine parfois avec lourdeur dans le lieu commun et le cliché sentimental, comme dans Jade dort, consacré à la fille du chanteur, ou Elle a mis de l’eau, sur son épouse.

Ce que raconte vraiment l’album Jamais seul, c’est que Johnny est, une fois de plus, reparti à la conquête de son public. Comme avec Michel Berger ou Jean-Jacques Goldman dans les années 80, ce n’est peut-être pas un énorme succès commercial qu’il recherche, mais plutôt le recentrement et l’affirmation d’indépendance que signifie un album de caractère qui rompt ouvertement avec l’univers des variétés.

Peu importe à Johnny que la France entière ne se précipite pas au devant de son nouvel album : alors que les événements sont sans cesse plus précipités depuis deux ans, il semble s’inscrire dans le temps long, dans le temps qui met à l’épreuve la fidélité de ses fans, mais la soude plus que jamais. Il n’oublie pas que Rock’n’roll attitude, l’album réalisé avec Berger en 1985, et Gang, l’album avec Goldman en 1986, n’ont été au mieux que 2e et 5e des ventes en France. Ce qui doit le rassurer pour Jamais seul

Johnny Hallyday Jamais seul (Warner) 2011