Frère Animal : Second tour, une tragicomédie musicale en acier trempé

Le collectif Frère Animal. © Pierre & Florent

Second album pour Florent Marchet, Arnaud Cathrine et leurs amis. Huit ans après le premier tome, consacré aux beautés de l’entreprise, le collectif Frère Animal retrouve, avec Second tour, l’actualité brûlante : la préparation de l’élection présidentielle française de 2017. Une comédie musicale engagée. Revue de détail.

L’aventure Frère Animal commence en mars 2008. En pleine vague rose aux municipales françaises, un livre-album vient nous parler d’un monde étrange : celui du travail et de la sauvagerie managériale. L’auteur-compositeur-interprète, Florent Marchet, et son alter ego, l’écrivain Arnaud Cathrine, marchent ainsi avec grâce sur une terre peu fréquentée depuis François Béranger et son Tango de l’ennui. "C’était l’époque des suicides chez Orange", se souvient Arnaud, citant aussi "Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés", l’émouvant film de Sophie Bruneau et Marc Antoine Roudil.

Le premier tome Frère Animal narrait les aventures, dans une petite ville de province, d’un jeune héros crânement inadapté, Thibault, en inégale confrontation avec une grande entreprise judicieusement nommée la SINOC. Thibault, comme ne l’aurait surtout pas fait Lantier dans Germinal, finissait par mettre le feu à la SINOC.

Pour interpréter à leurs côtés cette radicale intrigue, Florent et Arnaud a fait appel à Valérie Leulliot (l’inventrice du groupe Autour De Lucie) et Nicolas Martel (Las Ondas Marteles). Ce Frère Animal-là trouvait ses sources dans le second album de Florent Marchet, Rio Baril, qui était déjà en 2007 la chronique d’une petite ville et de ses habitants.

Évolution sur le "processus romanesque"

Florent s’explique : "À la base, j’avais envie d’écrire des scénarios de films. C’est par défaut que j’ai fait de la chanson." Arnaud Cathrine s’engouffre alors dans la brèche : "Nous avions déjà écrit des chansons ensemble, depuis 2004 et la naissance de notre amitié. Les albums scénarisés de Gainsbourg, comme Melody Nelson et L’Homme à la tête de chou, nous impressionnaient." Florent complète : "Avec Rio Baril et Frère Animal, nous avons énormément échangé sur le processus romanesque, sur l’architecture d’une histoire. "

L’expérience s’est ancrée et aujourd’hui, après trois albums de Marchet en solo, Second tour s’écoute comme un long-métrage de Robert Guédiguian. Située cette fois en 2016 juste avant l’élection présidentielle, cette tragicomédie musicale nous conte les nouvelles aventures de Thibault (Florent Marchet).

Ainsi, après cinq ans de taule pour son feu d’artifice final de 2008, il revient au pays. Son frère (Arnaud Cathrine) l’accueille avec chaleur, mais sa petite amie (Valérie Leulliot) l’a lâché. Il cherche du boulot et n’en trouve pas. Un camarade de classe, Benjamin, incarné par un Nicolas Martel impressionnant, est devenu le responsable local du Bloc national, parti délicatement extrémiste et franchement de droite. Il ne va pas tarder à convaincre Thibault le révolté de s’engager à ses côtés. Étonnant ?

"Le champ lexical de l’extrême droite"

"J’espère qu’on sent la parodie, se défend Arnaud Cathrine. Nous avons étudié le champ lexical de l’extrême droite et l’avons utilisé en ajustant la dose d’ironie qui montre à quel endroit nous nous situons." En effet, les discours du mini Duce Benjamin (comme la dangereusement entrainante Chanson française) combinent le glaçant et le burlesque. Quant à Thibault, nouveau militant, il accumule formules-choc et gaffes dans l’hilarant – et inquiétant – Le marché : "On pense au Maréchal/ On vote Bloc national !"

Tous les morceaux qui composent Second tour sont d’un acier aussi trempé que celui des cordes de la guitare de Woody Guthrie (This machine kills fascists). En leur sein, deux titres se distinguent. D’abord, Je te dois tout, duo entre le père, Bernard Lavilliers, et le fils, Florent Marchet. Sur une rythmique qui évoque un autre duo d’anthologie de Lavilliers, Idées Noires, le père vient exfiltrer son fils du local du Bloc national.

Autre titre destiné à connaître la gloire des concerts et, on l’espère, des radios : Vis ma vie que Florent interprète comme un Souchon saisi par la violence et les basses qui bastonnent. "Nous avons écrit cette chanson en dernier, après les attentats du 13 novembre", précise Arnaud, tendu. Florent ajoute : "Sur scène, c’est aussi le dernier morceau. Nous avions besoin d’une chanson qui tienne chaud. C’est un peu la lumière de l’album, une chanson pop qui affirme qu’un ‘nous’ existe."

Second tour, fable réaliste, tragédie musicale ou drame naturaliste du collectif Frère Animal, pourrait sans aucun doute faire figurer, dans sa morale, ces mots de Fauve, autre fort beau collectif : "La parole est un vaccin contre la mort."

Frère Animal Second tour (PIAS) 2016

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