Vianney, les jeux de l’amour et de la sincérité

Vianney. © Jérôme Witz

Après avoir sorti en octobre 2014, à vingt-trois ans seulement, un premier album couronné de succès, Idées blanches, puis avoir été sacré Meilleur artiste masculin aux Victoires de la Musique 2016, le phénomène Vianney revient avec Vianney, un second disque plus abouti et (un peu) plus mélancolique, qui culmine avec Je m’en vais et Quand je serai père. Rencontre.

RFI Musique : Ne percevez-vous pas ce second album comme un album de confessions, un peu plus tourmenté que le premier ?
Vianney :
Je suis très mal placé pour en analyser vraiment le contenu… Je n’ai pas du tout l’impression d’être tourmenté. Dans ces chansons, je raconte deux ans d’histoires, avec un certain recul sur ce que j’ai vécu, sur ce qui m’a touché. Je ne crois pas avoir, entretemps, changé ma façon de voir les choses, donc de les raconter… Pour moi, il y a parfois des sujets qui, de base, ne sont pas des plus heureux, mais j’ai toujours à cœur d’en faire ensuite quelque chose de lumineux… Parce que c’est comme ça que je suis : je me détache de ce qui me touche et c’est alors que je peux, un peu plus froidement, en faire une chanson.

Qu’avez-vous donc voulu faire passer de différent en composant cet album ?
Je n’ai pas du tout "écrit" un album. Quand Idées blanches est sorti, j’ai continué à faire ce que je fais depuis tout petit, écrire des chansons. Surtout pendant la tournée : dans le bus, les loges… J’en ai écrit quinze et j’en ai gardé onze, sans me dire que j’écrivais un album. Au stade de l’écriture, je n’ai pas de vision globale. Mais je suis très perfectionniste : je passe beaucoup de temps sur chaque chanson. C’est ensuite, avec l’habillage, les arrangements, la réalisation, que je réfléchis en termes d’album…

Comme dans votre premier album, bon nombre de vos chansons, Je m’en vais, Tombe la neige, J’m’en fous, sont des monologues entre un Je et un Tu qui semble une personne idéale et cruelle…
(Rire) Ce n’est pas la même personne que dans Idées blanches ! Et puis surtout, il n’y a quand même pas que ça dans l’album. Mais c’est vrai qu’une bonne moitié de celui-ci repose sur un dialogue avec un Tu. C’est normal : au moment d’évoquer une rupture ou une solitude, je m’adresse à la personne concernée. Je n’ai pas du tout envie de m’adresser au monde entier. Encore moins à moi-même : si c’était le cas, je serais dans une dépression totale…

En transformant ces moments en une œuvre qui s’adresse à des milliers de gens, on accomplit forcément quelque chose d’impudique…
Probablement. Au moins à ce niveau-là, je n’ai pas de pudeur : à partir du moment où la chanson sort de la chambre… Mais, au départ, c’est pour moi-même que je l’écris. Dans un concert, c’est encore plus net : nous clamons nos histoires devant un tas d’inconnus qui, en plus, nous applaudissent !

"Je cherche toujours un équilibre entre le facilement accessible et le plus subtil" disiez-vous à Sud-Ouest en octobre 2014. Est-ce la clé de ce nouvel album ?
J’aime bien l’idée que l’enveloppe de la chanson ne rebute pas : l’aspect premier, la mélodie, doit donc être accessible à qui veut y accéder. J’essaie ensuite d’apporter la consistance par le texte. C’est l’équilibre des deux qui m’intéresse. Quand j’écris, je connais tous les cas de figure : parfois c’est un mot ou une phrase qui va inspirer une mélodie, parfois c’est la mélodie seule qui va m’inspirer des mots, parfois les deux en même temps… C’est absolument aléatoire.

Par rapport à votre premier album, vous avez enrichi l’instrumentation : un orchestre à cordes, des cuivres… C’est évident dans Quand je serai père ou dans Le fils à papa.
Ce qui m’intéressait pour habiller ces onze morceaux, plutôt que des programmations, c’était quelque chose d’organique, avec de vrais instruments. La réalisation s’est faite en deux temps : j’ai enregistré tout seul, dans mon salon, les trois quarts de l’album. Puis, pour apporter une dernière dimension, je suis allé retrouver en studio Clément Ducol, qui travaille avec Camille, Vincent Delerm, Christophe… Il a réécrit les cordes, les cuivres, fait rejouer les percussions… Il a sublimé le tout.

Aux Victoires de la Musique 2016, vous avez été sacré Meilleur artiste masculin… Vous sembliez ne pas y croire…
Bien sûr ! Je ne sais pas si l’on se sent vraiment légitime au moment de recevoir des prix pareils… Pour moi, c’est complètement fou, encore aujourd’hui. Et dans la salle, mes parents étaient fiers comme des parents qui voient leur fils s’épanouir dans un domaine qu’il aime.

Pourquoi, en couverture de ce nouvel album, avoir renoncé au col de chemise blanche boutonné ?
(Rire) Celle-là, on ne me l’a jamais faite ! Pull ou chemise, je m’en fous au moment où je fais la photo… Ce n’est pas une volonté de changer d’image. Parmi d’autres, cette photo-là était la plus brute, la plus directe. Comment dire ? J’ai vingt-cinq ans. A vingt-trois ans, j’étais différent, à vingt, encore différent… Je pense devoir me donner cette liberté-là d’être comme je suis à un moment donné, sans que les bases ne changent.

Vianney Vianney (Tôt Ou tard), 2016

Site officiel de Vianney
Page Facebook de Vianney