Olivia Ruiz, à son corps défendu

Olivia Ruiz. © Christophe Acker

En ce début d’année, Olivia Ruiz va défendre sur scène son cinquième album, À nos corps-aimants. La jeune maman y évoque ses doutes, le corps dans ce qu’il a de charnel et les chamboulements après l’arrivée de "son p’tit gars". Elle qu’on a vu danser dans une comédie musicale écrite par le chorégraphe Jean-Claude Gallotta autour de ses chansons, Volver, revendique toujours fièrement ses origines espagnoles et le fait d’imaginer, en 2017, un "spectacle interactif". Rencontre.

RFI Musique : On a l’impression que ce disque est celui où votre côté Carmen ressort le plus, qu'en pensez-vous ?
Olivia Ruiz
: Ah bon ? Ça ne faisait pas partie de ce qu’on s’était dit au départ en tout cas ! Quand j’amène la chanson Mon corps, mon amour, j’ai juste le motif de clavier qui marquait ce rythme "ca ca tch – ca ca tch". Mais effectivement, j’écoute énormément de cumbia depuis ma dernière escapade à Bogotá, en Colombie, dont j’ai ramené beaucoup de disques.

Vous reprenez aussi Duerme negrito, qui est une chanson traditionnelle latino-américaine. Qu’est-ce qui vous touche dans ce répertoire ?
Le fait de raconter l’Histoire par la musique. Souvent les gens ont une image un peu chiante de l’Histoire à cause de l’école : il faut retenir les dates. Alors qu’apprendre l’esclavage par Duerme negrito, qui raconte le lien d’une femme à son petit garçon, ou les traditions mortuaires mexicaines avec La llorona, c’est la meilleure façon de mettre un pied dans une communauté. Les chanteurs, nous sommes un peu des griots modernes. Mais lorsque je reprends cette chanson avec mon père et mon frère, c’est aussi que ce répertoire fait partie de notre histoire familiale. Ce sont les chansons de nos grands-mères.

Nino mi niño, elle aussi écrite en espagnol, parle de votre récente maternité. Vous semblait-il important qu’elle figure sur ce disque ?
Au départ, je ne souhaitais pas la mettre, car je ne voulais ni parler de mon fils ni faire connaitre son prénom. J’avais envie de le protéger, car j’ai été très embêtée pendant ma grossesse par les paparazzis, ce qui a été une vraie source de souffrance pour moi. Mais je n’arrêtais pas de fredonner cet air, que tout le monde chantait ensuite. C’est en studio qu’on m’a convaincue de l’enregistrer, en me disant : "Toi, tu vas faire tes choix en fonction des paparazzis ? T’es sûre ?" Effectivement, je n’allais pas adapter en plus mes envies à ces enfoirés ! Donc, j’étais dans ce dilemme. Mais j’ai eu envie qu’un jour, mon p’tit gars puisse l’écouter. Et puis, pour toutes les mamans, ce sera peut-être réconfortant. Parce que cette chanson porte sur le vertige du trop d’amour comme sur celui d’avoir en face de soi un petit être qui pleure et de ne pas savoir comment le consoler.

Comme l’indique le titre de cet album, c’est bien le corps qui est au centre des choses. Qu’est-ce qui a amené ce thème du corps dans l’amour ? Parce que c’est un lien qu’on fait assez peu, paradoxalement.
Eh oui ! Mais sur le moment, je ne sais jamais trop pourquoi j’écris sur un sujet. C’est parfois cinq ans après que je me rends compte qu’une chose m’a obsédée. Est-ce que j’en avais juste marre d’entendre le cliché : "Oui, ma femme n’a jamais envie, et moi, pauvre bonhomme que je suis, seul avec mon désir inassouvi, ben, je suis allé voir ailleurs" ? Il y avait souvent chez mes potes cette facilité : alors qu’on n’a même pas combattu, on baisse déjà les bras. Plein de fois, je me suis dit "Mais ta femme, elle n’a pas mal à la tête du tout !" Souvent, c’était le manque de communication qui était à l’origine de ces nœuds-là. Donc, j’avais envie que le personnage de Mon corps, mon amour ne soit pas une amoureuse délaissée suppliant l’homme qu’elle aime. Il fallait qu’elle affirme les choses, qu’elle se donne une chance que tout ça bouge, même si à la fin, elle fait pareil. Elle se console "contre un autre velours".

Vous avez écrit et composé en bonne partie À nos corps-aimants. Mais vous avez aussi fait appel aux sœurs d’Ibeyi, aux producteurs américains de votre précédent disque et surtout à Édith Fambuena (Étienne Daho, Alain Bashung, Zazie, etc.). Dans quelle direction vous a mené cette collaboration avec elle ?
Vers moi, j’allais dire. Édith m’a simplement aidée à me faire confiance, à ne pas renier mes idées avant de les avoir essayées. Et elle a été comme ça pour tout ! Dès le début de notre travail ensemble, je lui ai dit que j’utilise des instruments très spécifiques dont j’ai besoin pour le côté musiques de film. Le tiple, le charango, le dulcimer, le nyckelharpa, l’orgue de verre… Elle a été très curieuse, elle est venue avec moi dans le Sud chez mon acolyte Frank (Marty), avec lequel je joue depuis mes 17 ans et avec qui on est toujours en recherche de nouveaux sons. On a écouté tous les instruments de Frank. Elle a proposé à chaque fois des moyens de triturer les sonorités, il y a aussi eu les musiciens qui ont apporté leurs idées. Ça a vraiment été un travail de bande !

Pour la tournée qui commence, vous avez été jusqu’à créer une application pour téléphone portable permettant de mettre en contact les gens célibataires de votre public !
(Pestant, somme toute très gentiment) Rrrraaah non, mais ils m’embêtent les journalistes à ne retenir que ce qu’ils veulent ! Évidemment, j’ai expliqué toute l’application et les gens n’ont écrit que sur cette mini fonction, qui est anecdotique. En fait, ce sera un concert interactif. Quand vous allez arriver sur place, vous pourrez télécharger une appli et décider de ce qui va se passer dans la soirée. Et moi, quinze minutes avant de monter sur scène, je serai informée de quelle robe vous voulez que je mette, ce que vous voulez que les musiciens portent ou quels titres seront joués. C’est le public qui va décider de tout avant le concert, de tout !

Olivia Ruiz À nos corps-aimants (Polydor) 2016

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Début de la tournée française, le 13 janvier à Nîmes