Mokaiesh, à l’heure du bilan

Cyril Mokaiesh. © Léonce Barbezieux

Dans Clôture, le chanteur dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute. On a entendu des constats plus optimistes, mais avec ce troisième album, Cyril Mokaiesh a le mérite de mettre des mots justes sur tout ce qui flotte dans l’air : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… 

Ce n’est pas un départ en campagne, mais plutôt un constat cruellement réaliste. En cette année d’élections présidentielles françaises, Mokaiesh fait paraître un troisième disque très politique qui trace le portrait parallèle d’un père en pleine crise existentielle après une rupture amoureuse et celui d’un pays qui doute. Il y a dans Clôture tout ce qui fâche dans la France de 2017 et, bien sûr, cela ne fait pas toujours plaisir à entendre.

En duo avec un Bernard Lavilliers toujours épatant, La loi du marché pointe du doigt la société libérale des "hyper, surperprofits" et la pauvreté rampante, tandis que son clip montre les camps de migrants. Au cœur de cette introduction pour le moins explicite, le discours donné par Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, lors de son intronisation comme président de l’Assemblée parlementaire européenne le 19 mars 1958, résonne comme un contrepoint cinglant à l’actualité récente.

Puis de l’intime à une vue d’ensemble assez noire, le chanteur révélé par le titre Communiste alterne entre ce constat sociétal et un autre plus introspectif (Blanc Cassé, Ostende, 32 rue Buffault). Une vie qui sert de respiration en piano/voix à ce disque de chanson rock. Pour cette contemplation élégante, Cyril Mokaiesh retrouve le pianiste italien Giovanni Mirabassi, complice il y a un peu plus d’un an de son disque de reprises consacré aux perdants magnifiques de la chanson française.

Qu’il évoque la crainte de voir l’extrême droite accéder au pouvoir (Ici en France), la solitude d’une société connectée (Seul) ou regarde le monde sans grands espoirs (Clôture), Mokaiesh a souvent cette posture exaltée héritée de Léo Ferré. Ce qui agace, parfois… Néanmoins, avec Novembre à Paris, il signe sans doute la chanson la plus juste au sujet de l’après 13 novembre, date des attentats terroristes. 

Cyril Mokaiesh Clôture (Un plan simple / Sony music) 2017

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