Thomas Fersen dans un jardin anglais

Thomas Fersen. © Jean-Baptiste Mondino

Le fabuliste Thomas Fersen publie à compte d’auteur Un coup de queue de vache. Largement axé autour des animaux de la ferme, ce dixième album semble avoir été enregistré dans un jardin anglais. On reprendra bien un peu de fantaisie, même si ce disque-là ne compte pas parmi les grands crus classés de monsieur.

Il y a toujours eu chez Thomas Fersen un côté vieille France, qui évoque les costumes trois-pièces, les nappes à carreaux et un vocabulaire truculent. C’est cette fantaisie qui fit écrire en d’autres temps au magazine les Inrockuptibles que ce grand bonhomme se situe entre Bourvil et le songwriter américain Randy Newman. Depuis près d’un quart de siècle, le monsieur a donc tracé un parcours unique au gré de disques francs et de concerts généreux.

Pour son dixième album, il retrouve son bestiaire et traite de la vie à la ferme. On sait depuis La Fontaine au moins que ce procédé est bien pratique pour parler de la nature humaine. C’est donc sans peine qu’on reliera ce premier disque publié à compte d’auteur, Un coup de queue de vache, à une rupture douloureuse avec le label Tôt ou Tard, dont Fersen fut l’une des figures emblématiques, avec Vincent Delerm, Mathieu Boogaerts, Dick Annegarn ou Yael Naim.

Mais une fois ce changement acté, c’est le même homme qu’on retrouve en son domaine. Il y a ce coq qui veille sur la basse-cour jusqu’à... un accident domestique, le voisin équivoque, ami (?),  amant (?), un homard cannibale, et puis des personnages comme La pachanga. Seule chanson signée par un autre, le Québécois Fred Fortin, Testament plane en majesté avec son histoire d’assassin de circonstance, qui "met le feu à sa famille" et s’en trouve hanté.

Grâce aux arrangements d'un vieux complice du chanteur, Joseph Racaille, autour d’un quatuor à cordes, Un coup de queue de vache donne l’impression d’avoir été fait dans un jardin anglais. Il évoque parfois l’imaginaire classique de certains titres des Beatles, puis de Paul Mc Cartney en solo. Mais cela ne suffit pas à le ranger parmi les grands crus classés comme Qu4tre ou Pièce montée des grands jours. Pas un Fersen plat, ni râpeux, non, simplement un millésime à hauteur des derniers en dates.

Thomas Fersen Un coup de queue de vache (Éditions Bucéphale) 2016

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