Patricia Kaas, la force de la vérité

Patricia Kaas. © Yann Orhan

Déjà treize ans qu’elle ne nous avait plus offert d’album de chansons inédites. Pour son album éponyme, le dixième, Patricia Kaas s’est entourée d’auteurs aussi variés que Rose, Hyphen Hyphen, Ben Mazué ou Arno. Le résultat, mélancolique et beau, culmine avec Ma météo personnelle, Ne l’oublie jamais ou encore La langue que je parle. Revue de détail.

"C’est ma plus belle cicatrice, cet album…" Patricia Kaas le proclame fièrement : ce dixième album en trente ans de carrière est celui de la vérité. La vérité d’une jeune fille devenue star en trop peu de temps. La vérité d’une femme frappée par la mort de trop de proches. La vérité d’une artiste trop sensible.

Depuis Sexe Fort en 2003, avec des titres signés Renaud, Francis Cabrel ou Jean-Jacques Goldman, Patricia Kaas n’avait pas sorti d’album de chansons inédites. Cela ne l’a pas empêchée d’être fort active : trois tournées internationales, un concours de l’Eurovision, une autobiographie, deux albums de reprises (Kabaret en 2009, hommage électro jazz aux héroïnes des années 1930, et Kaas chante Piaf en 2012) – et un burn out

Patricia Kaas avait donc besoin de ce dixième album. Non pas comme un "nouveau départ" (elle récuse ce terme). Mais comme l’expression nécessaire de chagrins trop longtemps contenus par une vie trépidante.

Certains, avec une élégance discutable, lors des longues soirées de France 2, sont allés jusqu’à proclamer que cet album leur donnait "envie de [se] pendre"… En face, Patricia Kaas, crânement souriante, a répliqué : "La tristesse, c’est aussi une beauté…" Tout est là : ne pas oublier que ce nouvel album a pour simple titre Patricia Kaas. Tous ses morceaux sont donc soigneusement choisis pour dévoiler le point de vue d’une femme sur le monde et les gens qui y passent.

Ce point de vue peut être parfois souriant – et cela donne Madame tout le monde, à la fois hymne féministe coécrit par Aurélie Saada (la moitié du groupe Brigitte) et entrainant hommage à l’héroïne d’Eric-Emmanuel Schmitt. Ce point de vue peut aussi être nonsensique, comme dans Marre de mon amant, écrit par l’irremplaçable Arno

Aux côtés d’Arno et de la "demi-Brigitte", c’est toute une vague de paroliers rock que Patricia Kaas a invitée pour explorer son inspiration : Rose, Hyphen Hyphen, Ben Mazué… Ce dernier lui a donné le très accrocheur Adèle, blues féministe sur le "plafond de verre". Rose, quant à elle, a écrit les paroles du terriblement réaliste Cogne : la "vie" d’une femme battue. Les bouillants Niçois d’Hyphen Hyphen (Just Need Your Love, fin 2015) ont, eux, apporté leur savoir-faire à l’hypnotique Ne l’oublie jamais.

La voix même de Patricia Kaas, par sa sombre perfection, semble lui assigner un registre tragique. Certaines des chansons de ce dixième album portent, c’est inéluctable, un regard noir sur le monde : Cogne, déjà nommé, le puissant La maison en bord de mer sur une victime de l’inceste ou encore l’intense Le jour et l’heure pour articuler les attentats et les malheurs personnels. "Aucun sujet tabou ne me fait plus peur", souligne Patricia.

Il n’en reste pas moins que le titre le plus novateur de son album est le très malin Ma météo personnelle : parlé-chanté fort réussi et métaphore filée pour dire… eh oui… la douleur de la rupture. Mais une douleur sublimée par l’ironie et le free jazz. Cette voie et cette voix sont à creuser.

Patricia Kaas Patricia Kaas (Warner) 2016

Patricia Kaas en concert à Paris, à la salle Pleyel, les 26, 27 et 28 janvier 2017. En tournée à Genève, Zurich, Munich et Lucerne les 4, 5, 6 et 8 février. Ailleurs dans le monde jusqu’au 28 juin 2017.

Site officiel de Patricia Kaas
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