Peter Peter, un Québécois à Paris

Peter Peter. © Shayne Laverdière

Le chanteur québécois Peter Peter a été adopté par la France avant même d’être reconnu dans son pays. Installé à Paris à la faveur de son deuxième album, Une version améliorée de la tristesse, il a séduit grâce à sa pop androgyne le public féru des années 80 comme celui des radios pop rock. Alors qu’il publie Noir Éden, rencontre avec un garçon franchement sympathique, qui parle sans détour de sa solitude comme de son image.

RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a amené à Paris à la fin de l’année 2013 ?
Peter Peter :
La nouveauté. La grandeur. Je viens d’une petite ville. J’ai été à Québec, puis je me suis installé à Montréal. J’ai toujours bien vécu ces transitions vers de plus grandes métropoles. Pour moi, ça a toujours été comme des épiphanies. C’est l’aventure et puis, cette fois-ci, c’est un autre pays. Adolescent, j’ai toujours rêvé de faire des fugues, ce que je n’ai jamais fait. Même si je m’entendais bien avec ma mère, j’avais ce fantasme d’aller dans un autre endroit. J’imaginais Toronto quand j’étais plus jeune parce qu’on y parlait anglais. Après, je ne l’ai pas vécu rapidement dans ma vie. Quand j’ai commencé à faire de la musique, l’idée était que les choses s’enchaînent. Mais quand la carrière l’a permis, j’ai fait ce choix. Pour moi, c’était : "Waouw", je vais arriver en France, je ne vais connaître personne, je n’aurai pas d’amis, je vais avoir de grands moments de solitude. C’était le rêve que j’avais depuis longtemps qui s’accomplissait.

Il paraît que vous aimez beaucoup flâner seul dans les villes où vous vivez…
Oui, c’est ancré en moi maintenant, c’est presque une pathologie. J’ai besoin de beaucoup de temps seul. Quand je suis arrivé à Paris, je suis allé au bout de la solitude. C'était bien pour moi de me déconnecter, d’aller au fond de ma tête. Il n’y a pas vraiment de fond parfois à tout ça, mais c’est ce que j’aime. Plus la ville est grande, plus cette aventure se passe. J’idéalisais les solitaires et la solitude depuis longtemps. Mais je prends désormais le concept avec un bémol. Ça peut être pernicieux, il y a quelque chose de dévorant. Avec Noir Éden, je suis allé très loin dans l’introspection, je me suis coupé de mes amis, et j’ai eu peur de ne pas revenir. C’est l’album qui s’est le plus passé dans ma tête, avec mon ordinateur. Ça a été une belle aventure, mais maintenant, j’essaie d’intégrer des gens dans ma vie sinon après, j’ai de la difficulté à communiquer.

C’est un album nocturne avec des parties électroniques assez dansantes. Comment l’avez-vous écrit ?
C’était assez différent de mes deux premiers disques – dont l’un n’est jamais paru en France. J’ai écrit parce j’en étais là : il fallait que j’écrive un album ! Un matin, je me suis levé, j’avais enfin un appartement stable à Montrouge (au sud de Paris.- NDLA). J’ai dit : "Ok, je commence." Je me perdais, ça durait des heures, il n’y avait rien qui sortait, j’étais anxieux avec ça ! (sourire) Il y a eu plus de pression avec cet album dans le sens où il fallait je réintègre l’écriture, car je l’avais un peu délaissée. Avant, j’écrivais systématiquement, c’était ma vie ! Le fait est que j’ai passé plus de temps à penser les chansons qu’à faire les choses. Et puis quand je me suis mis à le faire, je m’y suis dédié. Ma copine partait au travail le matin à cette époque. Moi, je faisais ma petite routine. Je commençais le travail vers midi / 13 heures et je terminais vers 20 heures environ. C’était la première fois que je vivais la routine de l’écriture et je trouvais ça cool ! J’apprenais aussi à produire. Il y a des collaborations et puis des gens sans lesquels l’album n’aurait pas été possible, mais il y a une empreinte plus identitaire que sur Une version améliorée de la tristesse. C’est la première fois que je sens qu’un album repose sur mes épaules.

Les textes de vos chansons sont cryptés, le sens n’est pas évident à comprendre de prime abord…
Cet album, j’avais envie qu’il soit fantastique. Je voulais qu’il y ait une trame assez simple : perdre la connexion avec la réalité. Parce que c’est la sensation que j’ai eu pendant son écriture. Dans l’esthétisme de la chose, je trouvais que c’était plus joli d’aborder ma vie de façon cryptée. Et surtout, je n’avais pas envie de refaire une étude sociale sur les jeunes qui cherchent leurs vies et l’amour. Ça s’est fait assez naturellement, surtout pour les textes. Je savais que les textes allaient tenir ensemble. En promenant l’album de Paris à Montréal, de studio en studio, des studios à chez moi, je savais que la production n’allait pas se faire en un jet. J’avais envie de garder des thèmes et que ce soit un périple.

Du fait de votre beauté physique, vous pouvez être catalogué "chanteur pop à minettes". Comment le vivez-vous ? Avez-vous conscience d’attirer les regards ?
(Rires) Oui, un peu, parfois ! Alors que je ne suis pas très bien dans ma peau. Avec le passage de la trentaine, je voulais que rien ne soit basé là-dessus. Je suis quelqu’un d’insomniaque et quand je fais des semaines d’insomnies, s’il y a bien quelque chose dont je n’ai pas envie, c’est d’être jugé sur mon physique. Comme tout le monde, j’aime bien séduire, mais ça n’a jamais été un fondement de ma personne. Socialement, je suis assez timide. Je ne veux pas véhiculer non plus quelque chose de trop sexy ou de sexuel, mais plutôt de séduire parce que je suis quelqu’un de sympathique. Après, si les gens sont attirés, je ne peux pas jouer contre ça non plus parce que ça deviendrait ridicule. J’aime plaire parce que je suis "cool", comme il y a des acteurs dont je me dis que, sans être "hype", ce sont des gens cool. Je préfère que les gens aiment la personne qui est un peu angoissée plutôt que la photo du gars figé, un peu sûr de lui.

Peter Peter Noir Éden (Arista / Sony Music) 2017

Site officiel de Peter Peter
Page Facebook de Peter Peter

En concert le 27 février à L’Ancienne Belgique à Bruxelles, le 28 au Café de la Danse à Paris, le 8 mars au Club Soda à Montréal.