Klô Pelgag, l’alchimie des mots

Klô Pelgag. © Étienne Dufresne

Des deux côtés de l’Atlantique, cette jeune femme à l’imaginaire débridé est l’une des plus belles révélations de la chanson en français. Son deuxième album très orchestré, L’Étoile thoracique, parle du corps de façon clinique et poétique. Joyeusement hors normes, Klô Pelgag témoigne d’une scène québécoise qui s’affranchit avec bonheur des genres musicaux.

Certaines personnes sont tellement à l’aise sur scène qu’elles donnent l’impression d’être à la maison. C’est le cas de Klô Pelgag qui semble nous inviter durant tout son nouveau spectacle dans sa chambre d’adolescente pour partager un jeu. Dans cette pièce, il y aurait donc des instruments partout, des musiciens auxquels on fait les pires misères, et tout un tas de trucs qui traînent, des Lego, des parts de pizza ou encore un autocollant du groupe de hard rock Metallica.

Ces pièces géantes qui tapent contre les micros quand elle les accroche à sa combinaison à scratch semblent être comme un autre jeu qui s’ajoute aux blagues absurdes de Klô entre les chansons. Du moins, c’est l’impression que cela donnait quand on l’a vu en novembre dernier à Montréal pour le lancement de son deuxième album, L’Étoile thoracique, lors du festival Coup de cœur francophone. Depuis ce jour où le Club Soda, une salle de 900 places débordait de monde, cette étoile a déjà commencé à briller fort dans le ciel québécois.

Des influences psychédéliques

C’est tout bête mais le disque paru à l’automne était plébiscité en fin d’année dans les classements de la presse et des réseaux sociaux. Déjà révélation en 2014 au Gala de l’Adisq, l’équivalent des Victoires de la musique françaises, il y a fort à parier que la jeune femme va élargir encore le cercle de ses turbulents adeptes, qui connaissent déjà ses chansons par cœur. Ce serait justice car disons-le, L’Étoile thoracique est l’une des meilleures choses entendues récemment tous horizons confondus.

Plus encore que dans son premier essai, L’Alchimie des monstres, cette chanson qui saute à pieds joints sur les genres, est très orchestrée. "Mon premier album était déjà foisonnant en arrangements, mais j’ai eu envie d’amener ça à une plus grande échelle. Mon avis est que le deuxième album est plus dépouillé que le premier mais le son est plus gros", dit la timide Chloë Pelletier-Gagnon, de son vrai nom. Pour ce disque qui s’est "fait intuitivement", elle a une fois de plus fait appel à son frère pour les orchestrations et à un orchestre d’une trentaine de musiciens.

Soufflé par l’ambition d’une musique traversée d’influences psychédéliques, on l’est aussi par des textes à l’imaginaire débridé. La pochette aux tons pastel représente bien cet univers magique qui pourrait être celui des romans de Boris Vian ou des surréalistes. Comme eux, Klô Pelgag n’invente pas un monde dans l’espace mais elle tord plutôt la réalité à sa façon. "Édelweiss, tu es tombé dans les puits / Ce matin, tu dis que tu y habites / Édelweiss, tu dis que c’est sous la terre / Que tu peux voir les vers des poètes", dit-elle dans Les mains d’Édelweiss, décrivant un héros aveugle.

La jeune femme de 26 ans qui assure "parler au corps" suggère avec ses images plus qu’elle ne raconte les choses. Et même quand elle se fait plus prosaïque, elle refuse d’être tout à fait terre-à-terre. "Tes doigts me taisent / Je ne peux plus parler / Tes bras m’apaisent / Je peux respirer / Mon corps est lourd / Tu sais le porter / Tu me demandes la vérité / Je t’aime toujours même quand je dors", dit Incendie. Le handicap, la vie avec les gens qu’on aime et leur deuil passent ; au lieu d’en être déprimé, on ressort de ces montagnes russes émotionnelles tout chose.

De la première note de Samedi soir à la violence à l’enregistrement final de l’Apparition de la Sainte-Étoile thoracique, qui "met en vedette" sa "Grand-mom" (1935-2015), on a ressenti cette liberté de ton à laquelle Klô Pelgag tient fermement. La chanteuse qui envisageait plutôt une carrière "dans le travail social" et n’imaginait "pas une seconde monter sur scène, enfant" conclut : "C’est vraiment important de ne pas abandonner, de croire en l’intelligence des gens et pis, de rester vivant à l’intérieur. Je souhaite donc à tout le monde d’être très vivant et heureux !"

Klô Pelgag L’Étoile thoracique (Zamora label) 2017

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