Iaross, exaltante liberté

Nicolas Iarossi, chanteur-violoncelliste. © Nicolas Blanchard

Depuis les débuts, les forces vives de ce groupe montpelliérain n'ont pas changé d'un iota. Mais elles ont pris la décision d'affûter davantage leur lame, le live ayant joué un rôle prédominant dans cet aiguisage. Et cela s'entend brillamment dans le troisième album Le Cri des fourmis. Rencontre avec Iaross lors du Printival à Pézenas dans le sud de la France dont l'éclatante 18ème édition s'est achevée samedi 15 avril.

Au Printival, festival à taille humaine, précieux et à la belle réputation galopante (dirigée aussi amoureusement par Dany Lapointe, la petite-fille du bel épris des jeux d'esprit), il y a de l'audace et de la conquête dans la programmation. Là-bas, on n'enquille pas aveuglément de la tête d'affiche ni use du copier-coller, mais on emprunte les voies défricheuses.

De l'harmonie et de la diversité dans lesquelles sont venus se dresser des filles de caractère qui ne chantent pas pour passer le temps (Barbara Weldens, Flow, Camille Hardouin, Melissmell, Sarah Olivier), des Belges attirés par les grands espaces (Dalton Telegramme), un druide acadien en robe rouge (Les Hôtesses d'Hilaire), une formation décapante à l'esthétique bouillonnante (Bancal Chéri). Là-bas toujours, on se prend des claques foudroyantes (le duo Dimoné-Giedré renversant sur Ces gens-là lors de la création collective Muses) et on y remet pour la seconde année consécutive les Coups de cœur de l'Académie Charles Cros. Parmi les lauréats, Iaross, trio montpelliérain également à l'affiche de la manifestation.

Les mots se bousculent, cognent aux gencives, finissent hachés menus au bout des lèvres. "On va brûler", entend-on à mi-parcours. Iaross met le feu aux poudres. La guitare file la dentelle sous le verbe en charpie, la batterie folâtre avec le ternaire, le violoncelle se veut à la fois intimiste et bravache. Trois types normaux, la révolte chevillée à leur corps volcan, qui jouent ensemble sans anicroche depuis maintenant sept ans et qui mettent à profit cette complicité pour laisser grandir un peu plus librement leurs idées. "On est arrivés désormais à une vraie forme de cohésion musicale. Il n'y a pas de guerre d'ego entre nous. Notre chemin n'est balisé que par l'instinct, on ne fait que ce que l'on ressent, tout le temps", affirme Nicolas Iarossi, chanteur-violoncelliste. Celui-ci rejoint cette scène d'artistes égratignés, écorchés, sincères et donc forcément intéressants.

Pour s'en convaincre, il suffit de l'écouter deviser quelques minutes sur le vide contestataire du système actuel ou sur l'absence de prise de risque culturel. Il cite dans le même élan Pasolini, Paul Nizan et Ferré. Assume l'étiquette d'anar mais "sans drapeau". Ne vote pas, malgré une affection pour Mélenchon. "Je suis déçu par ce cirque sans fin. Pour moi, il y a d'autres manières de se battre que d'aller voter. L'acte militant, cela va au-delà de ça"Le Cri des fourmis. Comme s'il nous était devenu impossible de faire entendre cette indignation grondante. Le titre de ce troisième album ne dit rien d'autre. La formation ne s'impose aucun cadre formel, refuse toute idée de hiérarchie. Elle a écouté autant Mano Solo que Sigur Ros. Il y a dans cette musique de la tension, de l'urgence, des inflexions jazzy, du rock progressif. Un champ d'action extensible, ouvert, sensitif et qui interdit de ranger le groupe  dans une case prédéfinie. Cette évasion hors limites ne tombe jamais dans l'excès ou l'artifice. De toute façon, c'est dans son paradoxe revendiqué qu'Iaross trouve son épanouissement. Il articule ses axes autour de chansons saisissantes (Jamais rien ne revient, Courir) et de longues diversions atmosphériques basées sur de brûlantes ou planantes déclinaisons instrumentales (14/14, Nous nous sommes oubliés). "Sur les disques précédents, on avait du mal à trouver l'équilibre entre le texte et la musique. Je pense qu'on a trouvé la bonne combinaison là. La voix prend le dessus sur la musique quand elle doit le prendre et inversement". Avec son sens de l'inhibition et son sens de la pulsion étirée, Iaross se jette aux lions sans filtre ni doublure ni filet. Qu'on se le dise : ces gars-là ne sont pas prêts à policer quoi que ce soit. Pas de séduction facile ou au rabais. "Si on fait un jour un tube, ce sera par accident". Turbulent, expressif, impressionniste, furieux et raffiné, voilà ainsi un groupe capable de réconcilier les amateurs de montagnes russes et les obsessionnels du manège de mots. Presque un tour de force.

Iaross Le Cri des fourmis (Label Folie) 2017

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