Les précieuses et essentielles Rencontres d'Astaffort

Vianney. © DR

Imaginées et initiées par Francis Cabrel il y a plus de vingt ans dans son antre du Lot-et-Garonne, les Rencontres d'Astaffort continuent de carburer au super. Plongée au cours de cette 44ème édition, parrainée par Vianney, et où des stagiaires aux univers éclectiques se sont réunis pour écrire, composer et interpréter des chansons.

"Sois dans les images et ne te pose pas de questions !". Le discours de l'énergique Philippe Prohom, intervenant à la mise en scène et à l'interprétation, est à la fois musclé, précis et bienveillant. Le slameur Jérôme Pinel opine de la tête, reprend le micro et effectue une nouvelle tentative.

Directives immédiatement digérées puisque le résultat se révèle d'un tout autre acabit. À ses côtés, guitares en bandoulière, le prometteur Eric Charland et le plus expérimenté Nilem. Sa chanson Les avions est née le premier jour à la suite d'un exercice d'écriture à la thématique imposée, en l'occurrence la phrase d'accroche "De loin, je suis petit".

J-2 avant le concert final, en ouverture de Vianney. L'excitation, la fierté du travail accompli et les ultimes doutes s'affrontent dans le même élan. Allongé sur le hamac de la désormais célèbre "cour de création", au milieu des tables en bois, du préau et des platanes, un stagiaire s'évertue à mémoriser son texte.

Dans une des salles attenantes de cette ancienne école d'Astaffort, d'autres argumentent sur le choix des arrangements. Juste un piano-voix ou l'ajout d'une batterie ? Dilemme cornélien. Francis Cabrel déambule discrètement ici et là. Il a la tape amicale, le mot obligeant et le regard protecteur. Même dynamique efficiente chez Vianney, parrain disponible et accommodant de ces 44es Rencontres d'Astaffort.

Professionnalisation des stagiaires

Donc quatorze stagiaires - dont trois en provenance du Québec - pour cette session de neuf jours avec des profils aussi distincts que complémentaires. Des velléités artistiques bigarrées. L'une est vierge de scène, l'un vient de sortir son deuxième album, plusieurs en sont au stade de l'EP. Tous ont comme point commun de ne pas chanter pour passer le temps.

Il y a évidemment des parcours de vie confondants. Comme celui de Sylvain Cazalbou, 56 ans au compteur et qui est sorti de sa zone de confort voilà deux ans. "J'étais juste guitariste amateur, mais je n'avais jamais écrit ou composé de ma vie. Un jour, je suis allé au chevet de mon oncle mourant. Comme il était ancien déporté, il avait un numéro de tatouage. En rentrant, j'ai spontanément accouché d'un texte intitulé Presque effacé. J'ai ensuite envoyé la chanson à Simone Veil, qui a aussi un numéro de tatouage. Le fait qu'elle me réponde et me dise son émotion m'a donné confiance". Depuis, ce Toulousain est passé par les labos d'Astaffort (des stages de courte durée) l'été dernier et dispose désormais d'un disque dans son escarcelle.

Pas de place ici pour les ego démesurés ou les ambitions uniquement individuelles. Au sein de cette pépinière créative, on fonctionne sur le mode du collectif. "Dès le départ, on leur donne les règles du jeu. Cela relève de la formation professionnelle et du lieu de vie où des artistes apprennent à mieux à se connaître en travaillant et en se confrontant avec d'autres", glisse Pascal Bagnara, directeur de Voix du Sud, l'association locomotive. Et ça débouche souvent sur des connexions immédiates, annonciatrices de collaborations futures. Entre Carole Masseport et la Québécoise Amélie Larocque, c'est presque déjà acté. "Je me suis retrouvée dans son univers et son approche de la chanson. Cela m'a nourrie et je sais qu'on ne va pas en rester là", confie la première.

Sur les trente-six chansons écrites, seize ont été sélectionnées par un jury pour figurer ce soir dans la "set list" du concert. Une chanson collégiale (Le cri) pour lancer les hostilités et une autre au titre significatif (Le blues d'Astaffort) pour fermer le ban. Parce qu'une immersion artistique dans ce bourg lot-et-garonnais vous plonge dans une bulle hors du temps et provoque une accoutumance tenace. "Cela dépasse toutes mes attentes. On est dans un monde dans lequel le quotidien n'existe plus. Tu penses musique et mots jour et nuit, tu ne regardes même plus ton portable. Pour moi, il y aura un avant et un après-Astaffort", indique Nilem. Le blues d'Astaffort définitivement, des lendemains qui chantent assurément.

Atelier de création. © Rencontres d'Astaffort

 

Trois questions à Vianney
RFI Musique : Qu'est-ce qui vous a poussé à endosser le rôle de parrain de ces Rencontres d'Astaffort ?
Vianney :
Déjà simplement parce que c'était une invitation de Francis Cabrel. Je suis absolument fan de l'artiste qu'il est ainsi que de l'être humain. Il m'avait proposé cela l'année dernière et je ne pouvais pas pour que des questions de planning. Cette fois-ci, je ne pouvais toujours pas, mais je me suis arrangé pour déplacer des choses et être présent trois jours. Le projet en lui-même me parlait parce que des artistes m'en avaient vanté le charme et les bénéfices. L'idée d'être avec des gens qui ont une fraîcheur d'écriture ainsi qu'une démarche innocente et exclusivement artistique, ça me fait beaucoup de bien. Cette approche-là, c'est quelque chose que j'essaie moi-même d'avoir et de maintenir.

Qu'estimez-vous pouvoir apporter aux stagiaires ?
Ce qui est formidable, c'est qu'on échange de façon très naturelle sur la manière dont nous faisons les choses, sur comment nous écrivons. Puisque le deuxième jour de ma présence il était question du travail scénique, je me suis permis de leur dire ce que j'appréciais. Et je constate modestement que ça les intéresse. Ils sont totalement à l'écoute, on sent qu'ils sont là pour ça. Ma parole et celle des autres encadrants comptent énormément pour eux, mais à valeurs égales. On a le même âge ou presque, on fait la même chose au quotidien donc on est dans le même bateau.

Ils écrivent dans une certaine forme d'urgence. Avez-vous ce rapport-là à l'écriture et à la composition ?
Je suis assez admiratif de ça, car je suis assez lent au niveau des textes. Concernant la musique, c'est beaucoup plus rapide. Ici en effet, il y a une dimension d'urgence. C'est un peu comme un exercice et c'est adopté à leur format, recentré sur une semaine. Moi j'ai besoin de temps, mais il n'y a pas de règles. On sait bien que d'immenses chansons ont été écrites d'une traite. Cela dépend du sujet, des chansons, des personnalités.

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