Barbara, célébration féminine

La compilation "Elles et Barabara". © Stéphane Manel

Inoubliable Barbara, le piano en majesté, la gestuelle gracieuse, l'interprétation intense et unique. Pour le vingtième anniversaire de sa disparition, la tentation de se plonger dans son répertoire se poursuit avec cet album hommage intitulé Elles et Barbara. Celui-ci, brillamment réalisé par Édith Fambuena, jouit d'une distribution intégralement féminine. Il sort ce 9 juin, jour de la naissance de la Dame en noir.

Dans l'industrie du disque, c'est devenu un marronnier : qui dit date(s) d'anniversaire(s) d'une figure majeure de la chanson, dit presque systématiquement la publication d'un album "tribute" (bien qu'on ne rechigne pas non plus à s'attaquer aux vivants). Et c'est donc le cas de Barbara dont les hommages s'empilent d'une manière presque frénétique, allant même jusqu'à s'étendre à une montée des marches - le film de Mathieu Almaric avec Jeanne Balibar - lors du dernier Festival de Cannes.

C'est aussi sur scène où se sont succédé récemment un Bruel anecdotique, une création "masculine" à Bourges trop sage, un Gérard Depardieu colossal et à l'émotion magnétique aux Bouffes du Nord, qui rend difficile de s'extirper du souvenir encore vivace de la prestation stratosphérique du comédien.

Place désormais à un casting exclusivement féminin, y compris chez les musiciennes avec notamment la présence de Katel à la guitare. À la réalisation de ce Elles et Barbara, Édith Fambuena, toujours aussi inspirée et dont on ne finit plus de louer le travail. L'ex-moitié des Valentins ne se vautre ni dans le mauvais goût ni dans la surenchère. Du respect, du désir et de l'audace.

On sait que les générations successives n'ont pas économisé leur déclaration d'amour pour la Dame en noir. On sait aussi que s'emparer de ce répertoire en majuscule n'a rien d'une sinécure. N'est-ce pas prématuré que d'offrir à Louane le vertigineux Mon enfance ? Pourquoi Jeanne Cherhal bascule dans une interprétation très maniérée de Nantes ? Pourquoi Nolwenn Leroy ne sort elle pas de sa zone de confort malgré le parti-pris folk du classique Dis, quand reviendras-tu ?

Entre détournement et révérence, les autres filles de cette promotion font belle impression. Rock tout en tension contenue pour Zazie (La Solitude), souffle énergique du côté d'Olivia Ruiz (Gueule de nuit), élégance racée chez Juliette Armanet (L'Aigle noir), habillage en nuances de la part de la soprano Julie Fuchs (Göttingen), version très digne de l'actrice Virginie Ledoyen (Cet-enfant là).

Dani retaille Si la photo est bonne avec sa nonchalance éraillée tandis que l'Américaine Melody Gardot emmène le déchirant C'est trop tard sur un nuage mélancolique. Il y aussi des percées aventureuses comme celle d'Angélique Kidjo qui joue sur le contraste couplet-refrain et livre un emballant Soleil noir.

Après avoir consacré un disque entier à Barbara il y a cinq ans, Daphné reste fidèle au poste pour un Marienbad joliment hanté. Enfin, Élodie Frégé est, comme souvent, sensuelle et conquérante (Parce que je t'aime). Et on ne comprend toujours pas pourquoi cet artiste-là n'évolue pas encore en première division.

Compilation Elles et Barbara (Mercury/Universal) 2017