Pierre Lapointe aux Francos de Montréal

Pierre Lapointe, Francofolies de Montréal 2017 © M.-H.Mello

L’artiste multidisciplinaire québécois Pierre Lapointe est un habitué des Francofolies de Montréal, et la réputation de ses concerts créés avec carte blanche n’est plus à faire au Québec. Retour sur son dernier "ovni", le spectacle concept Amours, délices et orgues, qui vient d’être présenté quatre soirs consécutifs à la Maison symphonique de Montréal.

 

Plutôt que de multiplier les entrevues à l’occasion du lancement montréalais de son tout dernier concert à grand déploiement, Pierre Lapointe a opté pour une conférence de presse à l’image du caractère collectif de sa récente création. C’est entouré de ses collaborateurs de toutes disciplines, qu’il a révélé mardi des détails sur son événement présenté pour la première fois à Montréal, après deux représentations au Palais Montcalm de Québec.

D’abord, pourquoi ce titre, Amour, délices et orgues ? Lapointe a d’abord souligné que ce sont trois mots bien particuliers de la langue française, car ils sont masculins au singulier, mais féminins au pluriel, avant d’expliquer l’idée de départ de son spectacle, pince-sans-rire : "On voulait mettre en valeur l’orgue de la Maison symphonique, la plupart des chansons parlent d’amour, et le show est délicieux !"

Jean-Willy Kunz (organiste), Sophie Cadieux (metteure en scène), Étienne Lepage (auteur), Matali Crasset (designer industrielle), Frederick Gravel (chorégraphe et danseur) et Florence Blain-Mbaye (actrice) ont présenté tour à tour la nature de leur collaboration avec Pierre Lapointe sur ce spectacle, dont l’objectif était de "se mettre en danger", pour reprendre l’expression de Cadieux.

"C’est très convivial et on est tous en train de faire des choses qu’on ne fait pas habituellement. C’est ce qui rend ce show aussi intéressant. On a créé une zone qui a fini par être confortable, mais au début on ne savait pas trop où se mettre !" admet Pierre Lapointe, en regardant avec fierté son équipe.

Reconnu pour les mariages artistiques inhabituels qu’il aime proposer, le chanteur a donc à nouveau "sauté dans le vide" en s’associant à des experts d’autres secteurs. Cette fois, il a même basé son spectacle sur les mots de quelqu’un d’autre : Étienne Lepage, découvert grâce à la pièce de théâtre Rouge Gueule. "J’ai senti une grande parenté entre sa façon aigre-douce de voir la vie et la politique, son sens du morbide bien placé… J’avais envie de dire ces mots-là", explique le chanteur, qui se fait aussi humoriste, acteur et danseur dans Amours, délices et orgues.

"Merci d’oser avec nous"

Vendredi 16 juin, à la Maison symphonique de Montréal, les spectateurs s’installaient et discutaient en attendant le début du show de Pierre Lapointe. Ils ne réalisaient pas que la performance était déjà commencée : les "techniciens" qui se parlaient et déplaçaient les décors et équipements sur scène n’étaient autres que les artistes multidisciplinaires en train de livrer le premier des nombreux tableaux qui composent Amours, délices et orgues.

Ce n’est que quand la voix de Sophie Cadieux s’est fait entendre, et que les lumières de la salle se sont éteintes pour qu’un projecteur révèle clairement Pierre Lapointe que la foule a compris et applaudi.

Pierre Lapointe, Francos de Montreal 2017 © F.Menardaubin/Francos de Montréal

 

Ceux qui pensaient être venus entendre les chansons de leur artiste préféré ont certainement été surpris. Pendant les 90 minutes du spectacle (sans compter un généreux rappel), bien peu de tubes de Pierre Lapointe ont été interprétés. Il y avait bien sûr L’étrange route des amoureux, chanson tirée de l’album Punkt, et une superbe version minimaliste de Tel un seul homme, une surprise tirée de son répertoire plus ancien. Mais ce à quoi les festivaliers étaient conviés ressemblait davantage à un croisement parfois déroutant entre pièce de théâtre expérimentale, performance de danse et monologue humoristique.

Ceci ne signifie pas, toutefois, que le public était déçu. Les éclats de rire fusaient quand Pierre Lapointe se faisait comédien, et l’émotion était palpable lorsque résonnait l’orgue grandiose du lieu hébergeant habituellement l’Orchestre symphonique de Montréal. C’était sans doute la première fois, dans cette salle bien sérieuse, qu’un chanteur, après un discours sur son homosexualité, s’amusait à demander à tous les hommes hétéros dans la salle de fermer les yeux pour s’imaginer en train de coucher avec un autre mâle ("Imaginez comme ce serait beau, d’avoir un homme dans votre dos !"). Le tout, avant d’interpréter une version traduite en français de l’hymne britannique Glad To Be Gay ("Fier d’être gay").

D’un tableau à l’autre, les décors modulaires étaient sans cesse déplacés, déconstruits puis réassemblés par les artistes sur scène, qui comme Pierre Lapointe, portaient tous plusieurs chapeaux. L’auteur jouait de la guitare, le danseur faisait la comédie, l’actrice jouait du hautbois… Tous les spectateurs n’ont peut-être pas compris que chaque "performer" baignait dans plusieurs disciplines qui n’étaient pas les siennes.

Mais qu’à cela ne tienne, Pierre Lapointe avait réussi à brouiller les frontières entre tous les types de spectacles. Danse contemporaine, théâtre expérimental, stand-up ou musique en tous genres, Amours, délices et orgues était un peu de tout, mais rien de tout ça non plus. Une chose est certaine, après cet intrigant avant-goût, de nombreux fans attendent avec impatience le prochain album, La Science du cœur, qui paraîtra en octobre prochain.

Site officiel de Pierre Lapointe