Un air, deux familles, retour à la fête

Un air, deux familles. © Marion Guérard

Plus de quinze ans après ses aventures sous chapiteau, Un air, deux familles reprend la route des festivals. Ces retrouvailles du groupe Les Ogres de Barback avec les Hurlements d’Léo, célèbrent l’héritage de la scène alternative avec un album live, Latcho Drom. Rencontre en début d’été, lors de leur voyage aux Francofolies de Montréal.

Sur le chemin de Montréal, la caravane d’Un air, deux familles ne passe pas inaperçue. Dès l’aéroport, il y a une bonne vingtaine de personnes à enregistrer pour le vol, des caisses d’instruments toutes plus imposantes les unes que les autres. Et puis au beau milieu du voyage, cette hôtesse de l’air qui leur offre un verre parce qu’elle est fan de la première heure. À l’époque, le collectif trimballait ses camions sur les routes d’Europe, il traverse en ce milieu du mois de juin, l’Atlantique en avion.

C’était à la fin du siècle dernier, les Ogres de Barback lançaient un appel afin de monter un chapiteau. Pour la famille de musiciens parisiens, il s’agissait d’organiser ses tournées le plus librement possible. Une quinzaine de groupes répondirent présents. Mais c’est finalement Les Hurlements d’Léo qui iront jusqu’au bout de l’idée. Il y aura une première tournée à deux formations en 1999, un disque live autoproduit, Un air, deux familles, et une tournée européenne trois ans plus tard. Ce tour d’Europe passera durant deux mois par la Belgique, l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie et la Suisse.

L’héritage de la scène alternative

En marge des grands circuits médiatiques, mais suivis par un public fidèle, ces "alternos" posent les bases d’un fonctionnement autonome. Les musiciens et l’équipe technique assurent, non seulement le concert du soir, mais ils conduisent aussi les camions, installent le chapiteau, le Latcho Drom, collent les affiches, et servent au bar. "L’idée d’un chapiteau, c’est de répondre aux questions : 'Pourquoi on ne peut pas organiser les soirées comme on le veut ? Avec qui on veut ?'", résume Laurent Kebous, le chanteur des Hurlements d’Léo.

Mais les deux groupes se confrontent aux limites de leur utopie. "On n’a pas fermé à 4 heures du mat’ en laissant les gens rouler sous la table, mais à 1 heure, à cause des arrêtés préfectoraux et des lois. Il y a plein de choses de notre système que je comprends mieux depuis cette aventure", constate Fred Burguière, le leader des Ogres de Barback. L’album live enregistré sur les bords du Canal de l’Ourcq, à Paris, se vend à 50 000 exemplaires. La chanson festive d’Un air, deux familles rejoint Tryo, La Rue Ketanou ou les Motivés dans les chambres d’étudiants et de lycéens baba cool.

La reprise du Salut à toi de Bérurier Noir devient un hymne. Quant aux Rues de Paname ? Elles riment désormais avec Amsterdam. Le mélange coloré entre la famille Burguière et la clique bordelaise est sans doute musical, mais pas seulement. "C’était l’action, avant la réflexion. Les Ogres et les Hurlements étaient des groupes foufous, poursuit Fred Burguière. Il y a des gens qui nous avaient fait rêver, la Mano Negra, les Négresses Vertes. En faisant des trucs avec des compagnies de cirque, ils ont cassé la frontière entre la musique et les arts de rue."

Se dire "au revoir sur scène"

En plus de quinze ans, le monde a connu plusieurs révolutions, comme Les Hurlements d’Léo.  Après une longue pause, ils ont changé de musiciens et enregistré notamment le départ de l’emblématique R-1 Wallace. Alors, pourquoi se retrouver ? "On a fait un album et une tournée hommage à Mano (Solo), contextualise Laurent Kebous. Les Ogres ont participé à l’album. Fredo est venu chanter avec nous, sur 30 concerts. On a reparlé de cette période, en se demandant si on n’avait pas laissé quelque chose en plan. Et vite, on s’est dit : 'Ce serait quand même bien cool de refaire quelque chose ensemble !'"

Cinq concerts ont été programmés au printemps pour "se quitter sur scène", puis le collectif s’est relancé pour tout l’été, malheureusement sans chapiteau. C’est désormais un nouvel album live qui porte le nom du mythique Latcho Drom -  traduire : "Bonne route" en tzigane. Au fil des quatorze chansons, c’est comme une photo de la famille festive et libertaire du tournant du siècle. Le répertoire des deux groupes, dont l’incontournable Jojo, se mêle à celui de La Rue Ketanou, de Debout sur le Zinc ou de Mano Solo.

Au Métropolis pour son premier concert en Amérique du Nord, Un air, deux familles n’a pas trouvé l’engouement qui entoure ce retour en France. La salle montréalaise de 2300 places était à moitié pleine, mais qu’à cela ne tienne. Les Ogres et les Hurlements ont vécu la ferveur d’un public québécois complètement délirant. Le concert s’est donc terminé comme avec une fanfare, la foule entourant les musiciens venus les rejoindre… et cela pourrait bien se passer de la même façon durant tout l'été.

Un air, deux familles Latcho drom (Irfan) 2017

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